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Les civils de l’Aisne dans la guerre, Mémoires tome LIX

Les civils de l’Aisne dans la guerre, Mémoires tome LIX
Fédération des Sociétés d’histoire et d’archéologie de l’Aisne 304 pages
1 critique de lecteur

Avis de Adam Craponne : "Une soldatesque si vile face à des civils?"

On peut se procurer cet ouvrage en contactant la Fédération des Sociétés d’histoire et d’archéologie de l’Aisne ici http://www.histoireaisne.fr/.  En fait  il y a deux parties dans cet ouvrage, la première traite de la période de la Première Guerre mondiale et la seconde des autres périodes à savoir du XVe siècle à 1871, puis durant la Seconde Guerre mondiale.  Pour cette seconde moitié de l’ouvrage on peut voir que l’occupant pris des visages bien différents : bourguignon durant la Guerre de cent ans, protestant en 1567 et 1568 (venus en particulier de Sedan), autrichien en 1793, prussien en 1815 et de nouveau prussien en 1871.

Dans l’introduction Yohann Chanoir rappelle que ce n’est que depuis les années 1990 qu’avec le développement de l’histoire culturelle que l’on a vraiment commencé à s’intéresser au sort des civils durant la Première Guerre mondiale dans les milieux universitaires. Le premier texte est de Sidonie Tafflet, il évoque un sujet intéressant mais très rarement étudié à savoir celui de la scolarisation en territoires occupés. Rappelons qu’après la contre-offensive de la Première bataille de la Marne, qui permet de libérer le tiers sud du département, ce sont les deux-tiers des communes de l’Aisne qui vont passer quatre années scolaires en totalité ou en partie sur la botte allemande. En effet le front évolue considérablement puisqu’à la mi-mars 1917 les armées du Reich reculent derrière la ligne Hindenburg et qu’en mai 1918 une dernière offensive allemande perce jusqu’à Château-Thierry. 

L’auteure du texte sur les conditions de fonctionnement de l’école a travaillé à partir des résultats d’une enquête du Ministère de l’Instruction publique envoyée au printemps 1920 qui demandait aux enseignants restés en fonction sous l’Occupation, de répondre à des questions regroupés en six points. Les réponses sont archivées à la BDIC. On ne s’étonnera pas que les autorités allemandes interdisent les livres d’histoire (quasiment tous au ton cocardier) et exigent que le 14 juillet soit un jour de classe. Une fois l’école réouverte les autorités allemandes exigent très souvent sa fréquentation régulière, au grand plaisir de nombre d’instituteurs qui sous la Belle Époque se plaignaient d’un très fort absentéisme de Pâques à août puis à la reprise des classes en octobre et novembre.  Si les jeunes d’une quinzaine d’années sont souvent embauchés de force par les autorités allemandes pour diverses tâches (souvent agricoles), les enfants du primaire ont été très rarement mobilisés pour cela. La difficulté principale a été de trouver à remplacer les maîtres qui avaient été mobilisés, on a fait appel à des retraités et à des jeunes femmes ayant le brevet élémentaire.

Sont abordés ensuite, par des auteurs divers, la question de l’accueil des réfugiés axonais en Bretagne, on sait qu’il y eût loin entre les discours officiels de solidarité repris par la presse et la manifestation d’une certaine animosité des populations locales envers ceux qu’elles surnomment les "boches du nord".  Philippe Salson essaie de recenser et caractériser les formes résistance qui ont pu se manifester à l’encontre de l’occupant entre 1914 et 1918Franck Viltrat parle du regard allemand sur les civils de la France occupée en utilisant des archives d’outre-Rhin. Michel Sartier compare, pour l'après-guerre, la situation du département du Nord où un certain nombre de personnes furent érigées en héros de la lutte contre les Allemands (le jeune Léon Trulin et Louise de Bettignies en particulier) et l’Aisne où ce phénomène n’a pas cours. Pourtant des Axonais furent condamnés pour avoir conservé des armes, caché des soldats alliés ou espionné. Le fait que le service de renseignement anglais était d’une efficacité certaine et agissait de la Mer du nord à la Somme alors que les communes occupées de l’Aisne les volontaires civils habitant en zone occupée devaient traiter avec le 2e ou 5e Bureau français aux pratiques bien plus artisanales a nettement pesé sur un développement à une autre échelle de l’espionnage dans le Nord et l’Aisne.

Illustration absente de l'ouvrage

Deux textes évoquent les premiers temps de guerre de l’année 1914. Le premier parle d’un village Juvicourt (comme d’autres en Belgique) où les Allemands prirent trois otages pour les fusiller après que ces derniers aient cru (à tort) que certains des leurs avaient été victimes de francs-tireurs. Le second article rappelle qu’à Chasseny un adjoint au maire ramena 400 soldats français de l’intérieur des lignes allemandes à l’emplacement où se trouvaient les premiers détachements français qui étaient en lien direct avec la zone des armées.     

Pour connaisseurs Quelques illustrations

Adam Craponne

Note globale :

Par - 617 avis déposés - lecteur régulier

466 critiques
23/02/17
Samedi 4 mars 15H à l'Historial de la Grande Guerre de Péronne conférence 1917 : Refus de combattre, grève ou simple protestation? par Denis ROLLAND Président de la Société Historique de Soissons
617 critiques
10/04/18
Colloque Aisne 1918 samedi 26 mai à l'hôtel de ville de Soissons. Organisation par la Société historique de Soissons http://www.sahs-soissons.org/
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