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La dernière division sacrifiée à Soissons pour sauver Paris (27 mai 1918 - 5 juin 1918)

La dernière division sacrifiée à Soissons pour sauver Paris (27 mai 1918 - 5 juin 1918)
Grancher 252 pages
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Avis de Octave : "À Soissons il y avait déjà une affaire du temps des Francs, on la fit un peu renaître en faisant payer à certains les pots cassés pour les erreurs d’autres"

Le 15 mars 1917 la Russie soviétique et les puissances ennemies  (Allemagne, Autriche, Bulgarie et Turquie) signent un armistice, celui-ci prend fin le 15 février 1918. Après non un regain des combats  (car les armées soviétiques sont absentes) mais une reprise de l’offensive de l’armée allemande, les négociateurs russes acceptent les termes du traité de Brest-Litovsk le 3 mars 1918.

Durant le printemps 1918, Ludendorff peut ainsi lancer quatre offensives successives sur le front ouest : l’opération Michael en Picardie autour de Péronne, la bataille le Lys (vers Ypres), la bataille de l’Aisne (autour du Chemin des Dames, avec un soldat de première classe bavarois nommé Adolf Hitler) et la bataille du Matz (vers Amiens). Les troupes allemandes, durant cette seconde bataille de la Marne, vont atteindre Château-Thierry à quatre-vingt kilomètres à vol d’oiseau de Paris.

Fin mars 1918, le front passe entre Laon et Soissons. Ont pris cette direction de l’Aisne en particulier les 3e et 10e bataillons de chasseurs à pied plus les 17e et 116e RI, corps de la 170e division. Cette dernière est dans les Vosges au début des offensives, elle est envoyée fin mai dans le secteur du Chemin des Dames. Elle est composée de poilus en bonne partie originaire du département des Vosges ; on nous parle en particulier du lieutenant Emmanuel Geisler, du futur écrivain régionaliste Léon Fresse alors capitaine et du lieutenant Pierre Marque, ce dernier est né dans le sud de la France mais d’une famille aux origines de Liffol-le-Grand. Vu la composition de la XXIe région militaire, il faut selon nous rajouter à des soldats venus de la partie centrale et orientale des Vosges, des poilus provenant du sud de la Haute-Marne et du sud de la Haute-Saône.

Dans son avant-propos, l’auteur situe bien l’essentiel de ce qu’il faut retenir :

« Sans rien connaître de la situation et sans y être préparée, elle a débarqué à l’ouest de Soissons où, durant une semaine, elle a livré de rudes combats contre un adversaire numériquement supérieur qui disposait de la maîtrise du ciel et ne cessait d’alimenter la bataille en troupes fraîches. (…) Elle a affronté des formations d’élite comme la garde prussienne à laquelle elle infligea des pertes non négligeables. (…) Malgré son courage et sa ténacité, ses chefs ont été relevés de leur commandement, peut-être parce qu’il fallait des coupables pour justifier la panique qui s’étaient emparée de Paris et de la classe politique. Les divisions voisines, qui cédèrent et l’entraînèrent dans un modeste mouvement de repli inéluctable mais pas décisif, ne voulurent pas porter ou partager la responsabilité, comme celle du général Messimy » (page 8).

Patrick-Charles Renaud rappelle qu’Adolphe Messimy est le ministre de la Guerre qui à l’été 1914 est l’origine d’un article diffamatoire contre les soldats du Midi publié par le sénateur Auguste Gervais.  Adolphe Messimy n’est pas repris dans le second gouvernement de Viviani. Officier à l’origine,  Adolphe Messimy commande successivement le 229e Régiment d'infanterie territoriale, le groupe de bataillons de chasseurs de la Weiss (Vosges), la 213e Brigade d'infanterie territoriale, la 6e brigade de chasseurs, l'infanterie de la 46e Division de chasseurs puis la 162e Division d'infanterie. Adolphe Messimy est le seul député et le seul officier de réserve à terminer la guerre au grade de général de brigade de réserve à titre définitif. 

Il n’est pas impossible que l’on fit payer à la 170e division sa mutinerie du printemps 1917, à Cœuvres (justement au sud-ouest de Soissons) le 370e RI refusa de monter au Chemin des dames et il y eût 31 condamnations à mort, toutes commuées en travaux forcés sauf pour Joseph Ruffier (originaire du Rhône) exécuté le 6 juillet 1917. De plus le 17e RI avait refusé d’ouvrir le feu sur les vignerons en 1907.

Parmi les hommes de cette division, on trouve entre autres le général Rondeau, le colonel Pellenc, le chef de bataillon Jean Quillard,  l’aspirant Louis Jaurès (fils de Jean Jaurès) et le lieutenant Léon Forzinetti (dont le père fut un des avocats de Dreyfus). Par ailleurs on a, dans ce livre, quelques Poitevins (venus des trois départements de l’ancienne province) qui ne sont pas de la 170e division.

L’État-major français était prévenu que fin mai les armées allemandes allaient attaquer à l’ouest de Reims mais on n’y croit pas et le fils de Georges Clemenceau réfute totalement cette possibilité. Après le danger, Georges Clemenceau se rend lui à Soissons le 1er septembre 1918. L’ouvrage est composé de trois parties : "La rupture du Chemin des Dames (27 mai 1918)", "Combats autour de Soissons  (du 28 au 31 mai 1918)" et "Il faut barrer la route de Paris (du 1er juin au 5 juin 1918)". En fait on va suivre certains régiments de cette 170e division jusqu’en janvier 1919, où ils retrouveront leur caserne dans les Vosges.

L’auteur s’est appuyé en partie sur des courriers personnels et des textes non publiés comme celui de Lucien Glotz capitaine au 3e bataillon de chasseurs à pied, d’une famille ayant refusé de devenir allemande en 1871 ; ce dernier écrit son engagement militaire de fantassin du 27 mai au 3 juin 1918. On apprécie la soixantaine de photographies présentes dans cet ouvrage ainsi que l’offre d’un glossaire. Manque un index des noms de personnes citées.   

Pour connaisseurs Beaucoup d'illustrations

Octave

Note globale :

Par - 451 avis déposés - lecteur régulier

451 critiques
02/01/18
2 janvier 1918 : ce que retiennent les journaux de la situation sur les fronts

http://lhistoireenrafale.blogs.lunion.fr/2018/01/01/2-janvier-1918-retiennent-journaux-de-situation-fronts/
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