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L’Aisne occupée : les civils dans la Grande Guerre

L’Aisne occupée : les civils dans la Grande Guerre
Presses universitaires de Rennes 306 pages
1 critique de lecteur

Avis de Adam Craponne : "Des douleurs dans l'Aisne sans hernie"

Philippe Nivet avait publié "Les réfugiés français de la Grande Guerre (1914-1920) - Les Boches du Nord" chez Economica en 2004, et l’année suivante "La Picardie occupée du Moyen Âge au XXème siècle" avec Encrage. Après les Ardennes occupées totalement durant quasiment toute la guerre, l’Aisne est le département qui voit dans son espace l’armée allemande la plus présente. C’est le département qui compte le plus de destructions du fait que de 1914 à 1918 le front y évolue et le nombre des réfugiés venant de ce département est important. Ce département abrite le musée franco-américain du Château de Blérancourt, car des œuvres américaines, sous le houlette d'Anne Morgan, s’attachèrent à relever nombre de villages en ruine dans l’Aisne.

Philippe Nivet a d’ailleurs présidé fin septembre 2014 un colloque "Les civils de l’Aisne dans la guerre 1414-1944", organisé par la Société historique de Soissons et la Fédération des sociétés historiques de l’Aisne où Philippe Salson a présenté une communication intitulée "Peut-on parler de résistance dans l’Aisne en 1914-1918 ?" Arrivés devant Château-Thierry (à l’extrême-sud de département) début septembre 1914, les Allemands reculent au niveau d’une ligne entre Soissons et Laon, l’offensive Nivelle se joue en particulier autour de Saint-Quentin et Laon en avril 1917, alors que les dernières offensives allemandes du printemps 1918 ramènent les armées du kaiser jusqu’à Château-Thierry. "L’Aisne occupée : les civils dans la Grande Guerre" est le fruit d’un travail de recherche qui a donné lieu à la soutenance d’une thèse fin novembre 2013.

Dans son introduction, Philippe Salson indique que si les deux dernières années d’occupation furent beaucoup plus dures, c’est que sont réinvesties à l’ouest les expériences d’exploitation maximale, des terres et populations, menées par l’Ober Ost dans la région de 109 000 km2 occupée dès l’automne 1914 allant, en prenant les frontières actuelles depuis la moitié occidentale de la Lettonie au nord, jusqu’à des territoires biélorusses au sud en passant par la totalité de la Lituanie. "L’Aisne occupée : les civils dans la Grande Guerre" est un ouvrage qui propose une bonne quarantaine de graphiques, photographies ou cartes historiques. Un de ces premiers documents page 51 montre qu’aussi bien les Ière, IIe et VIIe armée ont leur quartier-général dans une ville de l’Aisne, respectivement Folembray, Saint-Quentin et Laon.

Les premiers chapitres posent la question des atrocités de début de guerre, certainement moins denses ici que dans d’autres départements occupés, celles de la recherche des soldats cachés et des contributions imposées. La seconde partie s’interroge sur les pénuries et des actions d’enrichissement de certains civils. La troisième division évoque les attitudes face à l’autorité occupante, à la fois des élus et des simples civils. Enfin la quatrième partie recherche les traces des rapports individuels entre Allemands et Français, le chapitre II est par exemple consacré aux amours franco-allemandes. La conclusion avance en particulier que la haine de l’ennemi n’est pas unanime et que des stratégies d’alliances individuelles se nouent entre Français et soldats allemands contre les ordres de l’autorité occupante.

Deux aspects anecdotiques viennent en complément à cette étude, ceux-ci ne sont pas évoqués par Philippe Salson. Le premier est qu’Hitler séjourna dans l’Aisne car on signale sa présence à Laon en février 1917, nous chroniquons fin mars "Les fils cachés d'Hitler: Sur les traces du caporal peintre en Flandres" et nous avons déjà présenté sur ce site " La Première Guerre mondiale d’Hitler", ceux qui veulent en savoir plus sur la présence du futur chancelier en France et Belgique, trouveront de précieux renseignements. Le second fait intéressant se déroule à Soissons avec la prise en charge du dialogue entre Allemands et civils français, durant les deux semaines où ils occupent la ville, par une femme, à un moment où les Françaises n’ont pas le droit de vote. Jeanne Macherez, de son nom de jeune fille, Jehanne Louise Virginie Wateau, veuve d’un député puis sénateur du département et en l’été 1914 directrice d’un hôpital auxiliaire en tant que responsable de la Croix-Rouge, gagne à cette occasion le surnom de "mairesse de Soissons". Pour savoir rapidement si l’auteur évoque ou non ces faits, on aurait aimé un index des noms de personnes, on doit se contenter d’un index des lieux.

Pour connaisseurs Beaucoup d'illustrations

Adam Craponne

Note globale :

Par - 438 avis déposés - lecteur régulier

52 critiques
30/03/15
Je découvre ce site intéressant où sont proposées des cartes précises des différentes batailles et positions des armées : http://www.carto1418.fr/
Il vous intéressera sûrement
274 critiques
30/03/15
Merci cela devrait être utile pour mieux comprendre certains témoignages où on manque d'informations.
438 critiques
31/03/15
Très intéressant en effet. Pour des informations individuelles sur les régiments entre 1914 et 1918, voir par ailleurs http://chtimiste.com/
274 critiques
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