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La Guerre des cartables 1914-1919

La Guerre des cartables 1914-1919
Septentrion 500 pages
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Avis de Ernest : "Les enfants qui ne vont pas à l’école sont des déserteurs pour les Français et des délinquants pour les Allemands"

Jean-François Condette avait dirigé, toujours chez Septentrion, le livre Les Écoles dans la guerre où la moitié des articles, et pas parmi les moins intéressants de l’ouvrage, concernaient l’enseignement durant la Première Guerre mondiale ou les changements qui s’étaient dessinés dans l’instruction au sortir du conflit, ceci essentiellement pour des départements de l’académie de Lille mais pas uniquement.

Cette dernière comprenait alors cinq départements et dans l’ouvrage La Guerre des cartables 1914-1919, l’espace géographique est réduit à deux d’entre eux puisque l’ouvrage est sous-titré Élèves, étudiants et enseignants dans la Grande Guerre en Nord-Pas-de-Calais. On apprécie que six pages soient consacrées à un index des noms de personnes citées dans l’ensemble des vingt articles qui suivent la préface de l’inspectrice Christine Dalbert. L’École et la vie du 3 novembre 1917 avait en couverture un dessin de Lucien Métivet où un poilu s’adressait à deux enfants faisant l’école buissonnière pour leur que « les petits Français qui ne vont pas à l’école sont des déserteurs ». Ceci renvoie à la reprise, en titre de la mise en perspective rédigée par Jean-François Condette, d’une phrase d’André Lichtenberger donnée dans Le Moniteur scolaire de l’Aube n°10 d’octobre 1916, à savoir « votre tranchée est votre banc scolaire ».

Ce n’est pas parce que l’école devient un lieu de mobilisation idéologique fort en France que la fréquentation scolaire et la qualité de l’enseignement s’améliore pour autant. Les classes sont surchargées et confiées à des débutantes détentrices du seul brevet élémentaire ; l’absentéisme, déjà très fort au printemps dans les campagnes sous le Belle Époque, monte en flèche durant le conflit. Le ministre de l’Instruction publique Viviani lance en janvier 1917 le mouvement des lopins scolaires ; cette fois c’est sur le temps scolaire qu’un professeur ou un instituteur amène ses élèves à réaliser des travaux agricoles. D’ailleurs, j’ajoute personnellement que Pierre Lavarenne page 83 de La Véridique Odyssée d'un professeur paru en 1948, donne un dessin représentant le professeur M. Lavarenne entraînant ses élèves d'une quinzaine d'années de Sceaux vers les jardins que le lycée propose de cultiver durant la Grande Guerre. Spécificité dans les zones près du front de nos deux départements, des jeunes se font embaucher ponctuellement par les Anglais pour réaliser des travaux qui permettent d’améliorer le budget familial. De plus comme le rappelle le texte sur la scolarisation dans le Valentinois en zone occupée les élèves sont contraints par les Allemands à des travaux aux champs.  

Un texte revient sur l’enquête du recteur Georges Lyon qui consista en 1920 à demander aux instituteurs et professeurs comment s’était déroulée la vie de leur commune durant la Grande Guerre. Ce sont dans les deux départements les plus largement occupés que l’on eut le plus de réponses à savoir les Ardennes et le Nord, des documents iconographiques furent joints. Un article évoque les activités à la faculté des sciences de Lille (ville occupée quasiment pendant toute la durée de la guerre), il est suivi d’un texte sur la bibliothèque universitaire de Lille, puis un autre sur la faculté catholique où les positions du pape par rapport au conflit font débat. Les conditions de scolarisation sont évoquées dans divers textes pour ce qui concerne une région occupée précise ou l’ensemble des établissements de l’enseignement secondaire et technique dans les villes contrôlées par l’ennemi.

En zone non occupée, on a les troupes anglaises voire très marginalement belges ; toutefois ces troupes sous commandement britannique sont en partie issues des colonies et en particulier de l’Inde, de plus le gouvernement de Londres a embauché des travailleurs civils issus de divers pays et massivement en l’occurrence des Chinois. Les relations que les élèves entretiennent avec toute cette population étrangère sont variées, on va (d’une manière générale) de la quasi fascination pour les Anglais à la répulsion pour les Chinois. Des modes de vie anglais passent dans la culture locale, et en particulier le sapin de Noël.

On évoque la composition du corps enseignement, dans le primaire le tournant de la féminisation est pris à cette époque et les difficultés matérielles diverses dans les parties non envahies de ces deux départements. L’enseignement privé reprend du poil de la bête, ceci n’est pas expliqué pourquoi ; en fait il y a pression morale et financière sur les mères car l’Église accorde des secours aux familles de mobilisés. La place de l’endoctrinement dans les devoirs scolaires est développée dans sa diversité : appel à la souscription aux emprunts, récits héroïques, discours sur les Alliés... Pour le département du Nord sont évalués les effectifs des enseignants Morts pour la France. La surmortalité enseignante dans le primaire, par rapport à d’autres catégories professionnelles, est pointée ; une des explications non données est qu’en 1915, 1916 et 1917 nombre d’instituteurs remplacent les officiers morts au combat en grand nombre. Or lorsqu’on est sous-lieutenant, lieutenant ou capitaine on passe devant ses hommes, de plus l’ennemi essaie d’identifier ces officiers et fait ses cartons en priorité dessus. Une place est faite au devenir des personnels et des établissements dans l’après-guerre. On apprécie l'importance et la diversité de l'illustration.   

Pour connaisseurs Beaucoup d'illustrations

Ernest

Note globale :

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