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1914-1918 Mains d’œuvre en guerre

1914-1918 Mains d’œuvre en guerre
La documentation française 437 pages
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Avis de Octave : "Les conséquences de la guerre à l’arrière"

Il s’agit là des actes du Colloque international organisé par le CHATEFP (Comité d'histoire des administrations chargées du travail de l'emploi et de la formation professionnelle), avec le soutien du ministère du Travail, de l'Emploi et du Dialogue social, de l'IDHES Nanterre, du Cermes 3 et de la Mission du Centenaire de la Première Guerre mondiale. Il s’est tenu les 18 et 19 mai 2015 au Ministère des affaires sociales au 14 avenue Duquesne à Paris VIIe. 

On sait que la Grande Guerre fut à la fois un conflit militaire, culturel et industriel. L’ouvrage 1914-1918 Mains d'oeuvre en guerre propose près de trente communications ; celles-ci sont regroupées sous divers chapeaux : Politique de la main d’œuvre, La gestion interstatutaire de la main d’œuvre, Territoires et main d’œuvre.  De la préface, on retiendra « une crise de munitions, dont la consommation avait excédé toutes les prédictions (et les réserves) depuis le début du conflit, déclenche dans chacun des États belligérants une mobilisation intensive de la production industrielle en armes et munitions (sans  parler d’autres formes d’équipement). Celle-ci s’accompagne d’une mobilisation agricole afin d’assurer l’alimentation en nourriture des soldats comme la population civile. La question de la disposition du travail et la main d’œuvre entre les armées sur le front et l’effort économique à l’intérieur se pose enfin et sans ambages. Elle sera cruciale pour les deux camps dans la poursuite et la résolution d’usure d‘une guerre de longue haleine ».  (page 14)

En guise d’une apparente introduction, on a un texte intitulé "Les mains d’œuvre en guerre ou l’histoire d’une catégorisation administrative".  Les auteurs de cet article rappellent qu’on distingue alors huit catégories de main d’œuvre : mains d’œuvre civile (dont les réfugiés), féminine, militaire (mobilisés ou affectés spéciaux), exotique (chinoise), coloniale par origine géographique, étrangère par nationalité, mutilés et prisonniers de guerre. Ils décrivent l’organisation municipale (pour de grandes agglomérations) et départementale de la politique de main d’œuvre qui se met en place.

Dans la partie "Politique de la main d’œuvre", on ouvre avec un article intitulé "Entre le front et l’usine : France, Allemagne et la Grande-Bretagne".  Ensuite Dominique Guyot évoque "Le rôle de Charles Picquenard à la Direction du travail pendant la guerre  l’introduction" et c’est l’occasion de donner la liste des ministres du Travail de juin 1914 à janvier 1920, les actions de ce ministère sont d’ailleurs largement limitées par celles du ministère de l’Arment et des fabrications de guerre dont un des titulaires le socialiste Albert Thomas (né à Champigny-sur-Marne, dans une famille d’origine poitevine) est largement évoqué (son successeur sera le Nordiste Louis Loucheur). Laure Machu choisit de comparer la façon dont naissent et se résolvent les conflits sociaux en France et outre-rhin ; c’est évidemment l’occasion de reparler d’Albert Thomas. Ce dernier est encore présent dans une contributions sur le contrôle de main d’œuvre, proposée par Patrick Moral. Benjamin Jung communique sur les mains-d’œuvre à orienter et à affecter, en effet le placement est un enjeu de l’économie de guerre. Thierry Bonzon se penche sur la réorganisation du travail à Paris ; Catherine Pmnès s’interroge sur la façon dont s’est déroulée dans l’industrie la démobilisation, ce qui évidemment concerne les femmes ainsi que les travailleurs coloniaux et étrangers mais cela amène aussi le patronat à renforcer son organisation.

Des femmes, il en est assez longuement question, toujours pour la Grande Guerre, dans le deuxième volet avec particulièrement trois textes, rappelant plus particulièrement les premières études menées autour de l’évolution de l’emploi des femmes, le contrôle de leurs conditions de travail dans les usines et le rôle des viticultrices. Du fait de l’hécatombe chez les poilus, 13% de femmes se retrouvent en 1921 chefs d’exploitation agricole (page 200).  Le problème de leurs niveaux de salaire, bien plus bas que pour les hommes, se posent aussi pour les immigrés en général (issus des colonies françaises ou non). Les anglicismes continuent à frapper fort, et même les derniers qui devraient être atteints à imiter le langage journalistique, le sont. En effet Stéphane Kronenberg, au lieu de nous dire qu’il va parler des mains d’œuvre étrangère pour le Pays de Montbéliard (ce qui est précis et à une connotation culturelle certaine), préfère communiquer sur « le Nord Franche-Comté » (terme bien vague). Il parle si peu du Territoire-de-Belfort (tableau page 234 et une phrase page 232 et une à décrypter page 233), alors département du Haut-Rhin resté français, que le titre de rechange s’avérait d’autant justifié. Rendons-lui un hommage très mérité, celui de développer, sur un volume de deux pages et demi, le recours à la main d’œuvre grecque (pages 234-237).

Des textes s’intéressent spécifiquement aux travailleurs italiens, vietnamiens et chinois. Pour ces derniers, il est question de leur emploi dans l’ensemble minier de La Machine (une exposition avait d’ailleurs été montée là sur ce sujet il y a près de vingt ans). Ajoutons que le recrutement de travailleurs chinois se fit aussi chez les Anglais et dans une proportion bien plus importante. En effet les autorités françaises de la concession de Tianjin agrandirent à ce moment, au mépris des traités, le territoire de celle-ci ; cela entraîne des appels de nationalistes chinois à ne pas répondre aux offres françaises. Les questions de santé au travail apparaissent de façon plus visible (voir en particulier les reportages de Marcelle Capy sur la question), la réinsertion des mutilés est un problème important et un petit tour au Québec nous est offert.         

Pour la troisième partie, il est question de la main-d’œuvre en territoire occupé, du travail des permissionnaires, des ouvroirs dans la Seine (et entre autre à travers de celui de Pierrefitte), de diverses questions autour des relations sociales dans le bassin industriel stéphanois. Ronan Richard traite plus particulièrement de l’emploi des réfugiés et des prisonniers de guerre dans des départements bretons et en Vendée. Sur les premiers, il est confirmé que peu d’entre eux étaient aptes à occuper un emploi dans le secteur agricole où on avait besoin d’eux, vu la composition de cette population (vieillards, enfants, infirmes, jeunes femmes et quelques réformés totalement étrangers au secteur primaire). De ce fait les captifs allemands s’avéraient bien plus souhaitables et les maires des communes rurales les préféraient aux réfugiés. Toutefois la haine, entretenue par la presse à l’encontre des soldats allemands, limita le nombre de communes où on fit appel à eux. Des maires conservateurs se scandalisaient par ailleurs qu’on les paye. Ce ne sont que 50 000 prisonniers qui travaillaient dans l’agriculture en 1918 ; ils  devaient être beaucoup plus nombreux dans l’industrie, y compris dans les usines d’armement (voir sur la poudrerie de Bergerac, l’ouvrage de Marius Balmelle). Des lourdeurs dans leur emploi font que leur efficacité est peu probante. Au fur et à mesure qu’une souplesse s’installe dans leur emploi, les captifs deviennent objets de maintien ou d’envoi dans les villages. On notera la présence de quinze illustrations, dont une des ouvriers chinois présents à La Machine et d’un index des noms de personnes et de lieux qui ne sert à rien puisqu’il n’y a pas le moindre renvoi à une page.      

 

Pour connaisseurs Peu d'illustrations

Octave

Note globale :

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