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Les travailleurs chinois en France dans la Première Guerre mondiale

Les travailleurs chinois en France dans la Première Guerre mondiale
CNRS éditions560 pages
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Avis de Octave : "Un travail pas cool pour les coolies"

Il s’agit d’un ensemble de communications produites lors d’un colloque tenu dans le Pas-de-Calais, le département français qui compte le plus de tombes de travailleurs chinois venus là dans la zone des armées britanniques afin d’apporter un appui pour des taches militaires qui excluaient le combat. La page 77 nous livre la carte d’implantation des nombreux camps de travailleurs chinois en France, qu’ils soient sous contrôle français, anglais ou américains. Deux pages auparavant ce sont les dessins des trajets suivis par ceux-ci qui nous ai proposé, si certains passent par le canal de Suez, d’autres contournent l’Afrique tandis qu’an autre ensemble se dirige soit vers Panama, soit vers San Francisco. Ce recrutement a commencé dès avant que la Chine ne rompt ses relations diplomatiques avec l’Allemagne (en échange d’un allégement du paiement des indemnités qui ont été décidés après la répression de la révolte des Boxers). Ceci se fait le 14 mars 1917 et c’est le 14 août de la même année que la jeune république déclare la guerre à l’Allemagne et à l’Autriche-Hongrie. Les Japonais se sont opposés à l’entrée en guerre du gouvernement de Pékin afin que la Chine ne puisse réclamer, lors des négociations de paix, les territoires des concessions allemandes (Tianjin, Hankou et Qingdao) et de la concession viennoise (Tianjin).

Un texte signale que le plus grand embaucheur de travailleurs chinois fut la Russie, ce sont 200 000 fils du dragon qui s’y rendirent et qui y restèrent pour une bonne part d’entre eux après les deux révolutions russes. Certains revinrent dans leur pays à travers la Sibérie, d’autres par Constantinople arrivèrent en Europe occidentale et l’on trouve par exemple la trace de l’un d’entre eux ferronnier chez Schneider à Harfleur dans les Années folles. Sur les 140 000 Chinois venus sur le sol français, on compte 3 000 morts dans l’hexagone, 1 800 parvenant à rester en France (dont 70 mariés à des Françaises avant 1920, vraisemblablement un peu plus de 1 000 s’installent au Royaume-Uni ou dans un autre pays de l’Europe occidentale. Parmi les 1 800, Liu Desheng qui fuit le dépôt de Marseille, étape ultime vers le rapatriement pour revenir à La Rochelle, afin d’y épouser la femme qu’il aime. Un très long texte est d’ailleurs consacré au camp chinois de La Rochelle – La Palice où les activités sont en relation directe avec le port.

On aurait gagné à mettre en évidence combien le fait rapporté à la page 70 contraria passagèrement la dynamique de recrutement, pour les armées françaises, des travailleurs chinois. La différence entre un contingent de 100 000 personnes pour le Royaume-Uni et de 40 000 pour l’hexagone, trouve là une de ses explications. En 1917 des nationalistes chinois demandent à la population de boycotter divers produits français et à ne pas s’engager auprès des entreprises de recrutement sous tutelle française pour aller travailler outre-mer afin de soutenir l’effort de guerre français. La France est en effet prise dans un engrenage (où elle n’a d’ailleurs pas le soutien des catholiques chinois) autour de l’église du quartier de Laoxidai construite à Tianjin; les autorités françaises décident de réunir ce quartier à celui de leur concession, prenant prétexte de leur mission de protection des missions et communautés catholiques.

Par ailleurs sur les rapports souvent conflictuels avec la population locale, on manque dans cet ouvrage d’exemples. Nous nous permettons d’en livrer un, fruit de nos propres recherches. L’auteur du texte, qui suit, Louis Herbelin est expert-syndic au tribunal de commerce de Belfort et il a des responsabilités dans diverses sociétés savantes locales. Catholique rallié à la République, il tient durant toute la Grande Guerre un journal personnel intitulé Éphémérides belfortaines. Guerre franco-allemande de 1914 dont on aura publication de pages choisies dans des revues d’histoire régionale. Cet homme très cultivé montre l’importance des préjugés dans la population vis-à-vis des populations jaunes et les confusions qui règnent dans son propre esprit entre Chinois (dits traditionnellement « fils du ciel ») et les Japonais (dits traditionnellement « fils du soleil levant »). Voici ce qu’il note à la date du 19/5/1918 : « C’est un spectacle vraiment curieux de voir un dimanche (aujourd’hui par exemple) les ouvriers chinois. À l’entrée du fort Hatry, il y en a tout un cantonnement ; isolés ou par groupes, ils sortent tous avec une serviette bariolée à la main ou autour du cou, quelques-unes la portent en ceinture. Ils se ressemblent presque tous de figure, mais il y en est qui font les élégants : culotte longue, veston bien boutonnés et chapeau melon sur une tête bien tendue. La Grande Guerre est passée de mode, elle ne ferait d’ailleurs que les gêner. On s’en souviendra longtemps, après la guerre des fils du soleil levant [sic], mais d’aucun disent qu’ils aiment encore mieux voir les nègres du Soudan ou encore les nègres et mulâtres de l’armée américaine. Et je suis bien prêt d’être de leur avis. Les jaunes sont aussi laids, si ce n’est plus que les noirs ».

On signale dans ce livre le cas de Yipao Ma, un Chinois ayant fait des études en France à la Belle Époque qui se rend depuis sa province en Indochine pour s’engager dans la légion étrangère. Il meurt au champ d’honneur ; un hommage lui a été rendu le 11 novembre 2008 et en février 2009 à partir de documents des archives du Ministère des Affaires étrangères (AE, E 37, folio 104). Nous avions par ailleurs relevé dans un texte précédent sur ce site, ce cas d’un officier sorti de l’école militaire de Nankin ; il signe à 23 ans son engagement à Hanoï en 1917, il est blessé à la tête en mars 1918, gazé en juin et décède en septembre 1918 à Jaulzy dans l’Oise comme un dossier du Secrétariat chargé des Anciens combattants et Victimes de guerre nous l’apprend. Le lecteur note un article centré sur la présence d’octobre 1914 à la mi- 1916 de 75 infirmières japonaises en compagnie de quelques docteurs et interprètes soit en Russie, Angleterre ou France.

Pour connaisseurs

Octave

Note globale :

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