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La Chine et le traité de Versailles (1919): une trahison occidentale

La Chine et le traité de Versailles (1919): une trahison occidentale
L’Harmattan276 pages
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Avis de Adam Craponne : "Tchin, tchin, au traité de Versailles la Chine trinque avec la bière Tsingtao"

Pour cette fois, je suis à peu près d’accord avec l’explication qui suit trouvée sur Wikipédia: « L'expression chinoise "qing qing" (ou "tchin tchin", « je vous en prie ») était utilisée pour inviter quelqu'un à boire. Les soldats revenus de la campagne de Chine ont introduit l'expression en France » En fait en chinois, pour trinquer on dit "gānbēi" qui signifie littéralement « cul-sec » en français, "qing qing" est donc dit pour inviter quelqu’un à faire quelque chose avant vous. Plus sérieusement, on ne fixe pas l’entrée dans la modernité de la Chine avec la chute de l’empire mandchou le 12 février 1912 (il y eût d’ailleurs deux tentatives très diverses de retour à l’empire), mais de la réaction d’étudiants chinois en 1919 au contenu du traité de Versailles qui donne naissance au Mouvement du quatre mai.

Aussi bien en 1989 sur la place Tian An Men qu’aujourd’hui toute contestation d’un pouvoir chinois en place et tout gouvernement de Pékin ou Taipei se réclament de cette vague nationaliste. Si la Chine est si fière aujourd’hui de sa réussite économique et si peu amène à répondre positivement à certaines demandes occidentales, c’est parce qu’elle fut une semi-colonie durant près d’un siècle, et la question qui suit est née de cet état de fait. Durant le mouvement du 4-Mai 1919, à Pékin on crie (contre le fait que la concession allemande de Qingdao doive revenir au Japon) : « Le territoire de la Chine peut être conquis, mais il ne peut être donné ! Les Chinois peuvent être tués, mais ils ne veulent pas être soumis ! Notre pays risque sa perte ! Citoyens, mobilisez-vous ! ». De plus la Chine a considérablement aidé les Alliés par l’envoi d’environ 140 000 travailleurs chinois sur le front occidental, et elle avait déclaré la guerre le 4 août 1917 en prenant prétexte de la guerre sous-marine intensive menée par Berlin.

Trois remarques, tout d’abord on a comme combattants chinois quelques légionnaires comme Yipiao Ma (nom mis dans l’ordre occidental) venu du Yunnan par l’Indochine, mort à Jaulzy dans l’Oise. Ensuite si la proportion des travailleurs chinois est de 2 pour 1 pour les armées anglaises et françaises (dans la zone des armées, mais aussi dans les ports), c’est que les autorités françaises de Tianjin (ou Tien-Tsin) en 1917 décident de réunir le quartier l’église du quartier de Laoxidai au territoire de leur concession, prenant prétexte de leur mission de protection des missions et communautés catholiques. Des nationalistes chinois demandent à la population de boycotter divers produits français et à ne pas s’engager auprès des entreprises de recrutement sous tutelle française pour aller travailler outre-mer afin de soutenir l’effort de guerre français. La France n’a d’ailleurs pas le soutien des catholiques chinois dans cette affaire. Enfin dernier point les retours dans l’Empire du milieu se font de 1918 à 1922, mais selon différentes estimations, 3.000 à 8.000 travailleurs réussissent à s'établir en France et peut-être autant en Angleterre. Ces trois explications sont aimablement fournies par nous-mêmes mais ne figurent pas dans l’ouvrage "La Chine et le traité de Versailles (1919) : une trahison occidentale".

Les concessions étrangères en Chine sont des territoires chinois sous contrôle étranger aux XIXe et jusqu’au milieu du XXe siècle, ce sont les lieux de tous les trafics et on se reportera pour en savoir plus en particulier à "Fort Bayard : Quand la France vendait son opium" de Bertrand Matot. Au sujet des concessions étrangères en Chine en 1914, il faut savoir qu’on trouve de petites concessions allemande et austro-hongroise à Tianjin, une concession allemande à Hankou (Wuhan aujourd'hui) et surtout celle que nous appellerons (pour faire simple) Qingdao (ou Tsingtao) dans le Shandong (ou Shantung) qui couvre environ 500 km2 en bord de mer.

Le Japon s’est emparé de cette dernière dès l’été 1914, alors qu’il était en guerre contre l’Allemagne et que la Chine était neutre. Qu’en faire après la Victoire ? Le Japon entend la conserver mais c’est un territoire cédé à bail à un pays précis, de plus donner Qingdao aux Nippons c’est sérieusement faire fi des principes énoncés par le président Wilson. Un détail amusant au sujet de cette fameuse bière Tsingtao c'est que ce sont les Allemands qui, dans le but de pourvoir à leur consommation personnelle, ont établi la brasserie sur la concession en 1903. Initialement la bière portait le nom (allemand) de Tsing Tau. Plusieurs pages nous expliquent fort bien comment l’Allemagne fit de morceau de Chine, une colonie modèle à ses yeux. Cet ouvrage est très intéressant car il donne une vision globale des négociateurs et des négociations lors du Traité de Versailles.

On notera que ce dernier est qualifié de "paix carthaginoise" ce qui est une allusion aux nombreuses guerres puniques et sous-entend que cette paix annonce un nouveau conflit. Ce n’est peut-être pas son contenu mais le fait, que ni les USA, ni la Chine ne la signent et que la crise économique de l’Entre-deux-guerres, qui facilitèrent le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. Pour en savoir un peu plus sur d’autres dessous des décisions du Traité de Versailles, on lira d’Olivier Lowczyk "La Fabrique de la paix" et "Un géographe français et la Roumanie : Emmanuel de Martonne (1873-1935)" de Gavin Bowd. Un point m’a beaucoup gêné dans "La Chine et le traité de Versailles (1919) : une trahison occidentale", c’est le choix de la couverture qui laisse penser que Clemenceau et Wilson sont les responsables de cette trahison. Or le moteur de cette trahison c'est Llyod George (Japon et Royaume-Uni sont alors de solides alliés) et je ne vois rapporter aucune position précise de Clemenceau sur cette question. J’ajouterai que les traîtres les plus manifestes et précoces sont certains dirigeants chinois qui ont sacrifié les intérêts nationaux car ils avaient été auparavant "arrosés" par le Japon pour se maintenir au pouvoir dans une Chine en proie à une quasi guerre civile.

Pour connaisseurs Quelques illustrations Plan chronologique

Adam Craponne

Note globale :

Par - 605 avis déposés - lecteur régulier

385 critiques
27/11/18
De Paris à Lausanne : négociations et traités de paix, 1918-1923 - sources inédites, patrimoine en questions.
Journées d'étude des 4 et 5 décembre 2018
http://www.musee-armee.fr/fileadmin-cru-1536762903/user_upload/Documents/Colloques___conferences/prog-cycle-18-23.pdf
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