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Les États-Unis dans la Grande Guerre: Une approche française

Les États-Unis dans la Grande Guerre: Une approche française
SOTECA 348 pages
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Avis de Adam Craponne : "Les amis de nos amies sont les sammies"

Notre titre est tiré d’un jeu de mots paru dans un journal des tranchées en novembre 1917. En effet si les Anglais ont été surnommés "les tommies" (du fait de l’abondance du prénom Tommy chez eux), les Américains (par allusion à l’Oncle Sam) ont été dénommés "les sammies".  Ce jeu de mots servait de moralité (ou plutôt comme il est précisé d’"immoralité") à un petit texte qui mettait en avant la propension de nombre de Françaises à tomber dans les bras des Américains. Cette préoccupation des poilus était bien réelle et on trouve d’ailleurs dans le roman Les gardiennes d’Ernest Pérochon mention de femmes du village, qui mariées ou non, fréquentent des soldats américains casernés à La Rochelle.   

Par ailleurs dans la presse pédagogique, on propose des problèmes consistant à calculer combien de soldats américains arrivent dans les ports français et combien de kilos de blé ces mêmes bateaux auraient amené si au lieu de transporter des hommes, ils avaient livré de la farine. Un sujet de rédaction était de développer sur l’intérêt qu’il y avait à recevoir des soldats plutôt que des denrées, avec l’idée évidente que les soldats racourciraient la durée d’une guerre que l’on ne pouvait que gagner.  

L’ouvrage Les États-Unis dans la Grande Guerre : Une approche française commence à faire le point sur la puissance économique des USA en 1914, puis poursuit sur les modalités de la politique de neutralité que les Américains développèrent jusqu’au début 1917. Durant cette période, le gouvernement envoie certes en 1915 un télégramme de félicitations au Kaiser pour son anniversaire en 1915 mais surtout vend d’innombrables produits ou denrées principalement à la France mais aussi au Royaume-Uni.  Pour l’Allemagne, les achats se font par l’intermédiaire principalement des Pays-Bas et du Danemark.

On poursuit sur l’état de l’armée américaine fin 1916 et on relève que, pour ne pas nuire au principe de neutralité, aucun officier des USA ne s’était rendu sur les lieux de combat en Europe (ni ailleurs évidemment). Un chapitre fait le point sur l’aide humanitaire apportée par des œuvres américaines en France et sur la présence dans les services de santé français de plus de 2 000 Américains.  Dans l’escadrille La Fayette, basé à Luxeuil pas trop loin du front d’Alsace, et dans la Légion étrangère on a des volontaires américains dès le début ou milieu du conflit. Malheureusement, on ne fournit pas d’estimation chiffrée. On rappelle que le légionnaire Alan Seeger a écrit Rendez-vous avec la mort, un poème dont nous citerons personnellement la fin:   

« Mais j'ai un rendez-vous avec la Mort
A minuit, dans quelque ville en flammes,
Quand le printemps d'un pas léger revient vers le nord cette année
Et je suis fidèle à ma parole:
Je ne manquerai pas à ce rendez-vous-là. »

Un chapitre vient rappeler que les USA, bien que neutres, vont se sentir directement concernés par des affaires liées au blocus, à la guerre sous-marine et l’espionnage. Ceci est l’occasion de rappeler le retentissement qu’eut le coulage du Lusitania en mai 1915 et du renvoi, pour avoir mené des actions déstabilisatrices aux USA, de l’ambassadeur d’Autriche-Hongrie, de l’attaché naval allemand et de l’attaché militaire du Reich qui n’est autre que von Papen. Ce dernier a, entre autre, planifié le sabotage du pont international de Vanceboro qui relie la province du New-Brunswick au Canada à l’état américain du Maine, ceci afin d'interrompre le passage de munitions fabriquées aux USA.   

Suit un chapitre autour des efforts en faveur de la paix du président Wilson  en commençant par demander aux deux camps quels sont leurs buts de guerre. On passe après à l’affaire du télégramme Zimmermann qui demande à l’ambassadeur d’engager le Mexique dans une guerre contre les USA et de demander au président de ce dernier pays d’intervenir afin que le Japon bascule dans le camp de l’Allemagne. Rappelons que le Japon avait profité de s’emparer, au début de la Première Guerre mondiale, de la concession allemande de Qingdao en Chine, ainsi que des territoires très à l’ouest des Philippines que sont les îles Mariannes, Marshall et Carolines. Il avait envoyé aussi du personnel médical travaillant avec du personnel local dans les  trois hôpitaux qu’il avait ouvert à Paris, Londres et Saint-Pétersbourg.  

Accueil des Américains à Brieulles-sur-Bar dans les Ardennes (illustration absente de l'ouvrage)

Les conditions d’entrée en guerre puis le poids de l’engagement font l’objet de plusieurs chapitres, l’un étant spécifiquement consacré aux troupes noires combattantes sous commandement français (avec une citation, à leur propos, tirée du courrier de l’écrivain bourbonnais Émile Guillaumin qui par ailleurs entretient une correspondance de trente ans avec Ernest Pérochon), l’état-major américain les leur confiant car les estimant peu combatives et gardant d’autres hommes de couleurs pour la manutention dans les ports ou des aménagements de camps. La question de la montée en puissance de l’armée américaine et du fait que s’il y avait eu offensive en Allemagne, elle aurait été faite avec une part dominante de soldats américains parmi les Alliés aurait pu être évoquée, elle joue incontestablement dans l’attitude de Clemenceau d’acceptation d’exploiter la signature de l’Armistice et de refuser la perspective d’entrée en Allemagne qui lui est demandée par certains militaires et hommes politiques.

On termine avec en particulier trois sujets fort intéressants : la présence de l’armée américaine en Allemagne jusqu’au début juin 1919, les opérations en Russie où on voit des troupes américaines tant en Sibérie extrême-orientale qu’à Mourmansk pour soutenir les armées blanches dans le cadre de la guerre civile et le poids du président Wilson dans le contenu du Traité de Versailles.  On a là un excellent travail de synthèse avec un regard critique qui ne néglige pas de remettre en cause certains discours convenus.

Pour tous publics Aucune illustration

Adam Craponne

Note globale :

Par - 433 avis déposés - lecteur régulier

274 critiques
12/09/17
Le château de Blérancourt dans l'Aisne, mais à la limite de l'Oise, fait place au musée franco-américain. Ces bâtiments abritèrent le quartier général du Comité américain pour les régions dévastées, fondé par la philanthrope Anne Morgan. Il a réouvert, après travaux, en juillet 20
274 critiques
14/09/17
Parution prévue en 2018 d’un ouvrage sur la base américaine d’hydravion sur l’île de Noirmoutier. Un film a été réalisé également par des étudiants du BTS audiovisuel du lycée Léonard de Vinci de Montaigu (en Vendée)
Film documentaire produit par l'association RICMB (www.facebook.com/ricmbarbatre)
433 critiques
15/09/17
Pérochon parle des Américains dans Les Gardiennes, voir
http://centenaire.org/fr/autour-de-la-grande-guerre/litterature/les-soldats-americains-dans-les-gardiennes-de-perochon
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