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Le Mythe du Sauveur américain 1917-1918: Essai sur une imposture historique

Le Mythe du Sauveur américain 1917-1918: Essai sur une imposture historique
Pierre de Taillac120 pages
1 critique de lecteur

Avis de Adam Craponne : "En fait, à part les Américains, qui croient que les soldats américains ont été plus vainqueurs que les poilus?"

On sait que l’on a assez reproché à Clemenceau de ne pas avoir poussé à l’invasion de l’Allemagne mais celui-ci avait deux raisons ; la première était que nos géniaux généraux avaient sacrifié déjà 1 400 000 Français (ce qui allait sévèrement peser sur le taux de natalité dans l’Entre-deux-guerres) et parce qu’au rythme où arrivaient les renforts américains, ce serait une armée alliée composée en très grande partie de soldats venus des USA qui auraient pris pied en Allemagne.

Par ailleurs, sans l’entrée en guerre de Washington en 1917, les Alliés n’auraient-ils pas perdu la guerre. Les Anglais et les Français contiennent certes, sans guère aide significative des Américains, les dernières offensives allemandes sur le front de l’ouest mais l’offensive de la fin de l’été et début de l’automne 1918 était-elle imaginable sans l’apport américain.

Il est vrai que les troupes américaines n’interviennent efficacement dans les opérations sur le terrain qu’à partir de l’été 1918, leur temps de préparation est considérable. La bataille du bois de Belleau (dans l’Aisne) avait été gagnée par les Américains début juin 1918 et le saillant de Saint-Mihiel est dégagé par ces derniers à la mi-septembre de la même année. On sait qu’à la fin des hostilités, le nombre de Sammies s'élève à 1 790 623 combattants. Ils ont 53 402 tués au combat  et 63.114 de leurs soldats meurent dans des circonstances diverses.

L’effet sur le moral de la population, des dirigeants et des militaires fut capital. On sait que Pétain déclara en décembre 1917 qu’il attendait les Américains et les chars. Les Américains ont peut-être peu de chars mais ils fournissent les crédits et les matériaux pour que les Alliés en construisent. Si les derniers emprunts de guerre en France et au Royaume-Uni ont du succès auprès des populations de ces deux pays, c’est parce qu’on croit que grâce aux Américains on gagnera la guerre. Notons qu’à l’été 1914, on pensait gagner la guerre grâce aux forces russes…  

Ceci dit l’ouvrage de Dominique Lormier est très intéressant car il pointe bien l’apport réel des armées américaines dans les combats de la fin de la Première Guerre mondiale. Il fait cela dans le cadre de quatre chapitres intitulés : Mars-avril 1918 : l’armée britannique est sauvée à deux reprises par l’allié français sans l’aide américaine, mai-juillet 1918 : l’armée française remporte quasiment seule la Seconde bataille de la Marne, les combats limités de l’armée américaine, l’armée française à son zénith et les dernières offensives alliés sur le front occidental, L’apport capital et méconnu de l’armée italienne. Il était nécessaire en effet de rappeler ces mots du  maréchal Hindenburg : « Beaucoup plus que l’engagement de quelques divisions américaines sur le front occidental, ce fut la défaite de notre allié austro-hongrois contre l’Italie qui nous poussa à conclure aussi rapidement un armistice avec les Alliés. La perte de 61 divisions austro-hongroises était pour nous un désastre irrémédiable ». Toutefois l’auteur passe un peu vite sur l’apport français pour redresser le front sur la Piave après la débâcle de Caporetto.

En fait pour appuyer sa démonstration, l’auteur nous a plus parlé des armées alliées européennes que de l’armée américaine. Nous rajouterons personnellement que manque un cinquième chapitre, celui de la prétendue armée des jardiniers de Salonique. En effet l’Armée d’Orient force Bulgares et Turcs à signer l’Armistice respectivement le 29 septembre et le 30 octobre, à partir de début octobre les Alliés peuvent remonter vers la frontière autrichienne et la demande d’armistice venue de la Double monarchie du 3 novembre s’explique aussi par là. 

L’ouvrage étant très grand public et l’auteur ne dévoilant rien qui ne soit déjà très connu l’absence de précision de ses sources n’est pas une grande gêne. Toutefois on a quand même l’impression qu’il se fiche du lecteur quand il ose mettre comme référence "Archives militaires italiennes, Rome"  (page 58) ou "Archives militaires, Vincennes"  (page 62). Ceci pour respectivement  une citation de Rudyard Kipling  et une du maréchal Foch ; on peut penser que ces auteurs ont  d’abord écrit ce qui est proposé là dans un article ou livre d’après-guerre  et ce n’est pas a priori des affirmations relevant des archives militaires. Cette façon de faire est si maladroite qu’on arrive à se demander si ces citations ne sont pas bidonnées.

On apprécie les très nombreuses illustrations de très bonne taille et sur des sujets variés, c’est le point fort de l’ouvrage; cela le sauve un peu à nos yeux. Très généralement nous apprécions tous beaucoup sur ce site les ouvrages de Pierre de Taillac, et il n’y a que ceux écrits par Dominique Lormier qui nous font émettre des réserves.   

Pour un autre discours, on pourra aller visister le musée de l'amitié franco-américaine de Blérancourt (en Picardie) qui réouvrira au début de l'été 2017.

    

Pour tous publics Beaucoup d'illustrations

Adam Craponne

Note globale :

Par - 617 avis déposés - lecteur régulier

333 critiques
22/01/18
Avril, mai et juillet 2018 cérémonies dans l'Aisne mettant en valeur la participation américaine à la Grande Guerre. Voir page 27 de Aisne’Mag 219 / Hiver 2018
http://aisne.com/-Magazine-l-Aisne-64-
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