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Les années interdites

Les années interdites
L’Archipel271 pages
1 critique de lecteur

Avis de Adam Craponne : "Mettre son talent au service de l’ennemi: Sartre en bonne place"

Ce livre porte en sous-titre Auteurs, journalistes et artistes dans la Collaboration. Comme le rappelle l’auteur c’est cette catégorie professionnelle qui paya le plus en proportion pour son soutien soit aux gouvernements de Vichy, soit pour ses prises de position ultra-collaborationniste. L’épuration économique se limita à quelques cas médiatisés.

La grande majorité des personnes présentées sont connues de l’honnête historien, même si on sera surpris d’y trouver à raison un personnage comme Fernandel. Sont évoqués, dans la catégorie "Ceux qui assument sans rien renier",  en particulier Abel Bonnard (dont on apprend la bisexualité, alors qu’il avait toujours été présenté comme homosexuel), Alphonse de Châteaubriant et Paul Chack un écrivain spécialisé dans les récits maritimes qui a adhéré au PPF de Doriot en 1937.

Nos deux point de divergence avec l’auteur, sur l’ensemble de l’ouvrage,  sont d'abord d’y avoir classé là Marcel Déat là, car sa conversion ultérieure au catholicisme laisse penser que cet ultra laïc, y compris sous L’Occupation, a quand même dû réviser pas mal son itinéraire intellectuel et il n’est pas exclu qu’il ait porté un regard critique sur le régime nazi, lui qui passa quatre ans à critiquer les actions du gouvernement de Vichy. Par ailleurs, l’échec de Déat aux législatives de 1928 est dû en particulier à l’absence de soutien que lui apportèrent volontairement Léon Blum et Vincent Auriol (voir à ce sujet sa notice dans le Maitron), donc écrire qu’en 1928 Léon Blum voit en lui son dauphin nous semble très hasardeux.  Notons qu’en 1936, s’il n’avait eu contre lui un candidat SFIO, Marcel Déat alors socialiste réformiste à l’USR, aurait devancé le candidat communiste dans sa circonscription parisienne.   

La deuxième catégorie est celle de "Ceux qui étaient pétainistes", on trouve François Brignaud passé du frontisme pacifique de Gaston Bergery (soutien du Front populaire) au RNP de Déat qui sera un des fondateurs du Front national avec Jean-Marie Le Pen et journaliste à National Hebdo ainsi qu’à Présent. Il côtoie là Henri Béraud, Georges Blond qui, par ses écrits historiques d’après-guerre, montre une certaine sympathie pour le combat des Anglo-américains contre les Allemands ce qui ne l’empêche pas de vénérer le maréchal Pétain jusqu’à la fin de sa vie.

Fernandel, dont nous avons déjà parlé, est classé parmi "Ceux qui minorent et parfois regrettent". Il a rencontré Goebbels lors du tournage en Allemagne de L’Héritier des Mondésir, en mai et juin 1939 car c’est une coproduction Alliance Cinématographique Européenne (Allemagne) et Films Raoul Ploquin (France). Il tourne trois films pour La Continental-Films, dite Continental, est une société de production cinématographique française, financée par des capitaux allemands et crée par Goebbels. De plus il est admis au Cercle européen financé par la Propagandastaffel et fréquente les soirées organisées par Otto Abbetz. Sacha Guitry, évoqué ici, en fit beaucoup moins et intervint en faveur de juifs comme Tristan Bernard et Maurice Goudeket (mari de Colette) ; pourtant il a eu bien des ennuis à la Libération alors que Fernandel ne fut pas sanctionné. Les actions de Colette comme Danielle Darrieux semblent justifier pour éviter à l’homme qu’elles aiment de plus gros ennuis que ceux qu’ils avaient déjà connus.

Dans "Ceux qui dissimulent", on découvrira Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre, ce dernier est certainement libéré de son camp de prisonniers par l’intervention de Drieu La Rochelle. Non seulement il écrit dans la revue Comedia antisémite et ulracollabo, mais en plus ces pièces sont encensées dans la presse en eone nord, y compris par un périodique en langue allemande destiné à mettre en valeur l’activité culturelle à Paris. En outre, il a avancé qu’avec sa compagne, il avait fondé un mouvement de résistance dont on n’a jamais connu le moindre des cinquante activistes revendiqués par Sartre. On n’a pas grand-chose par contre à reprocher à Charles Trénet mais il est condamné à trois mois de suspension professionnelle.  Dans ce dernier groupe, on parle aussi de Jean-Marie Blestre, Marguerite Duras, Maurice Duverger, René Barjavel, François Chalais…

Ce sont en tout une cinquantaine de personnalités qui se voient consacrer en moyenne une demi-douzaine de pages. À noter, qu’il est suggéré qu’un réseau de Résistance a fourni, contre le l’argent, des certificats de Résistance, à des gens qui avaient collaboré ; sur les trois personnes en question, il y aurait Henri Amouroux, auteur d’ouvrages historiques, largement bienveillant avec le Maréchal Pétain,  sur L’Occupation.  

On termine par une présentation des principaux mouvements collaborateurs (dont évidemment la Milice et le PPF) et ceci est l’occasion d’évoquer l’autonomisme breton et la Phalange africaine qui combat, sous les ordres du capitaine Henry Charbonneau, en Tunisie aux côtés des Allemands et donc contre les troupes anglo-américaines et les Forces françaises libres.   

Pour connaisseurs

Adam Craponne

Note globale :

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