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17 août 1944, il est grand temps de faire ses paquets

17 août 1944, il est grand temps de faire ses paquets
Pierre de Taillac192 pages
1 critique de lecteur

Avis de Adam Craponne : "Je fuis partout"

 

Notre titre "Je fuis partout" est une allusion au journal ultra-collaborateur "Je suis partout", certains journalistes travaillaient à la fois dans ce journal et à "La gerbe" dirigé par Alphonse de Châteaubriant, c’était le cas pour Jean Héritier. Alphonse de Châteaubriant emporte le prix Goncourt en 1911 avec "Monsieur des Lourdines", un roman porté par l'attachement à la terre, qui sera adapté en film justement en 1943. Comme Jean Héritier il voit dans l’idéologie nazie un moyen de redynamiser le catholicisme menacé par le communisme athée. Tous les deux sont terriblement antisémites, mais Jean Héritier prend des options royalistes en plus.

Durant l’Occupation, ils sont proche tous les deux du Rassemblement national populaire de Marcel Déat, agrégé de philosophie et ancien député socialiste puis néo-socialiste, à qui on doit "Mourir pour Dantzig ?". D’ailleurs Jean Héritier enseigne la philosophie et le grec au collège (à l’époque les collèges ont des classes primaires et préparent au baccalauréat) Rémy Belleau de Nogent-le-Rotrou  en Eure-et-Loir dans les années 1930 (aux effectifs très légers : 150 en secondaire et la moitié de ce chiffre en primaire)  sous l’Occupation (voir à ce propos http://www.archives28.fr/article.php?laref=132&titre=chapitre-5-janvier-1942-mai-1944-la-guerre-totale). Contrairement à ce qu’avance wikipédia, ce dernier est né le 19 février 1942 chez son grand-père maternel au Vésinet, d’un père dreyfusard employé de banque à Paris. Il s’est marié en 1918 avec Germaine Mugier et il est décédé en 1969 à Versailles.

Voici de notre part, quelques compléments à la présentation que François de Lannoy fait au début de l’ouvrage de Jean Héritier, n’oubliant pas son aspect antisémite mais il fut aussi contre la franc-maçonnerie ; il est fort dommage qu’il ne nous dise pas qu’il eût un procès, quel en fut le verdict et ce qui se passa après pour lui. Par ailleurs François de Lannoy donne à la fin du livre une brève présentation de quelques personnages phares de la Collaboration qui vécurent comme réfugiés entre août 1944 et cachés plus ou moins longtemps après le 8 mai 1945 (Déat meurt en Italie en 1955 et Alphonse de Châteaubriand en Autriche en 1951).      

Dans ce livre présenté comme "Une adolescente française dans la tourmente de l’histoire : Allemagne 1944-1945" la fille de Jean Héritier, âgée de dix-sept ans, nous raconte la fuite de sa famille en Allemagne (en fait pays de Bade, Bavière et Autriche alors rattachée au IIIe Reich) et le retour en France d’elle, de son père et de sa mère depuis Paris à la mi-août 1944 jusqu’à une date imprécise qui doit être le tout début de l’été 1945. Et c’est là où on pointe un manque à la fois de dates et de noms de personnes volontairement masqués. De plus, si on ne se rappelle pas qu’une note de la page 28 signale que  "U." désigne Untergrainau près de Garnish, on est assez perdu.

Ce texte n’est pas bâti sur une philosophie de solidarité avec les idées de Jean Héritier et ce récit, qui tient de l’aventure vécue, est captivant. Toutefois si ce livre a une bien belle gueule d’atmosphère (pour reprendre un mot d’Arletty, elle aussi largement compromise dans la Collaboration), il est fort d’hommage qu’il est aussi peu le visage net de l’histoire. Il semblerait que le texte ait été écrit autour de 1955, on comprend que si le livre était alors sorti, on ait pris des précautions, mais aujourd'hui...

J’aurais bien aimé connaître le nom au début du récit de ce critique (de je ne sais quel art) qui parle italien, a un orgueil des plus conséquents et est un séducteur impénitent ou de cet avocat masqué sous le nom de "Jovis", et à la fin de l’histoire celui de l’inspecteur primaire passé entre les mains de la gestapo, s’étant échappé d’un convoi et devenu capitaine à la fin de la guerre. Car en fait de qui nous parle-t-elle vraiment à part de Châteaubriant (qui fait preuve d'un esprit de responsabilité vis-à-vis de ses camarades et de leur famille) et de son entourage proche, à savoir la petite famille Héritier et la petite famille du futur historien André Castelot ?  Certes on a quelques mots aussi sur les écrivains Marc Augier et Lucie Rebatet, mais sinon on n’apprend strictement rien sur la fine fleur de la Collaboration réunie là, même si sont cités incidemment quelques noms de collaborateurs. Sur Lucien Rebatet on note ceci:

« Je n'aurais pas garde d'oublier Rebatet et sa femme Véronique. Véronique, brune au regard d flamme, rrroulait les "r" comme une bonne Rrroumaine qu'elle était et avait le verbe haut. Rien ne lui résistait. elle avait une tête de plus que Rebatet qui était, lui, petit et maigrichon. Cette différence de taille explique peut-être l'ascendant qu'elle exerçait sur son mari. Il était on ne peut plus drôle de voir Rebatet, qu'on aurait pu croire intrépide, d'après ses écrits, et capable de braver n'importe quoi et n'importe qui, filer doux devant la redoutable Véronique. »

L’auteure  parle page 47 d’un manuscrit qu’a caché Alphonse de Châteaubriant, elle l’intitule "Les chroniques de l'homme", alors qu’il s’agit de l’ouvrage "Les chroniques de l'âme", une petite rectification de François de Lannoy n’aurait pas été inutile, avec en plus en note que l’ouvrage est paru en 1999 chez Perrin. Nous en citerons personnellement un extrait pour terminer ce texte :

« J'écoute le son de la vie des simples, des laborieux, des paisibles, de ceux qui gravissent la côte en fixant la route, qui, le matin, ne sont pas impatients du soir et, le soir venu, reposent leur journée dans le silence. La vie n'a de prix que par le cœur des hommes. »

Pour connaisseurs Aucune illustration

Adam Craponne

Note globale :

Par - 690 avis déposés - lecteur régulier

690 critiques
07/08/15
Certainement le seul ouvrage de véritable historien de Jean Héritier, d'ailleurs plusieurs fois réédité, portant sur Catherine de Médicis, présenté ici
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rhef_0300-9505_1941_num_27_112_2924_t1_0243_0000_4
340 critiques
08/08/15
Bien que Jean Héritier n'ait jamais été deyfusard et qu'Alphonse de Châteaubriant le fut vraisemblablement quelque peu, les deux se voient consacrés des pages conséquentes dans "Les dreyfusards sous l'Occupation".
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