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Les secrets de Vichy

Les secrets de Vichy
Perrin414 pages
1 critique de lecteur

Avis de Adam Craponne : "Laval est mort à Fresnes, on l’a retrouvé le ventre comme une baleine, en train de vomir son poison"

L’auteure traite de divers points souvent sensibles pour ceux qui s’intéressent à des aspects liés à la collaboration menée avec les Allemands sous le Gouvernement de Vichy ou ceux qui se passionnent pour les énigmes de cette période. Les deux premiers chapitres permettent sentir comment vivent Pétain et le petit monde qui gravitent autour du Maréchal à Vichy mais aussi d’approcher certains aspects du caractère du chef de l’État de l’époque.

Au sujet des persécutions à l’égard des juifs et de la manière dont les autorités vichyssoises réagissaient aux demandes d’otages des Allemands, on a trois chapitres. Dans l’un d’entre eux on reparle des documents qui prouvent que Pétain lui-même a durci le contenu sur le statut des juifs et cela deux ans après avoir une protestation, venue des milieux catholiques, contre les actions réalisées en Allemagne lors de la Nuit de cristal. Un point "Journées de dupes à Saint-Florentin" montre combien en décembre 1941 Pétain et son entourage se faisaient des illusions sur le désir des Allemands d’offrir quelque chose en échange de leurs nouvelles exigences (en particulier page 196  permettre par la Tunisie de ravitailler l’armée de Rommel y laisser entrer des troupes allemandes en éventuelle retraite sans les désarmer).

Les sept autres points sont destinés à éclairer des moments précis de la période de l’Occupation. Si souvent ces sujets ont été traités dans des articles de revues historiques, ici ils sont très bien contextualisés. Ainsi les conditions du retour des cendres de l’Aiglon (dont la facture est adressée par les Allemands au gouvernement français) s’éclairent par les subtils jeux destinés à faire revenir le gouvernement sinon à Paris du moins à Versailles, l’envie de Pétain de se débarrasser de Laval et l’idée des Allemands de pouvoir mieux contrôler un Pétain en zone occupée qu’en zone libre. On attendait d’ailleurs, et on est déçu de ne pas la trouver, la formule alors en usage : « Les Allemands nous piquent le charbon et nous rendent des cendres ».

Au sujet de l’attentat contre Laval, à l’été 1941, on comprend mieux à la fois que Deloncle ait pu téléguider le geste de l’assassin Colette contre Laval et que Déat ait pu au moins reprocher à Deloncle d’avoir voulu s’emparer de la direction de leur parti le RNP pendant le temps qu’il était hospitalisé.       

Au sujet de l’assassinat de Georges Mandel, il y a bien un renvoi à l’ouvrage de François Delpa "Qui a tué Georges Mandel ?" mais il aurait été bon de préciser que ce dernier auteur pense que cet assassinat fut téléguidé par les Allemands  afin de faire pression sur Pétain et Laval pour qu’ils ne négocient pas avec les Alliés (ce que d’ailleurs le début du chapitre 12 évoque).  Fort à propos cet assassinat est traité en prolongement de la mort d’Henriot alors ministre de l‘Information.

Les autres chapitres sont consacrés à diverses questions. Dans celle autour de Darnand en insiste sur le fait que ce dernier aurait pu faire le choix de faire basculer le Service d’ordre légionnaire dans le camp de la Résistance, voire même la Milice (qui en est son successeur), puisque jusqu’en juin 1943 Darnand fait passer le message à quelques résistants qu’il désire passer à Londres. Cette ambiguïté explique mieux comment un curé de Haute-Savoie pouvait dire qu’il avait réussi à convaincre d’anciens du SOL à passer dans la Résistance. Sur le personnage, on pourra lire notre compte-rendu de l’ouvrage "Un monstre à la française".

Autour de l’assassinat de Darnand à Alger, la figure du Comte de Paris (celui né en 1908) ne gagne pas en noblesse et encore moins celle de Giraud. Suivre les derniers mois de la vie de Pierre Laval ne manque pas d’intérêt, elle permet de voir combien son orgueil lui coûta la moindre chance, dans l’ordre de ne pas être extradé par Franco, de ne pas être condamné à mort et de ne pas être gracié. Notons que l’auteure rappelle que Laval fuit en Espagne avec Abel Bonnard (dit "la Gestapette") et Maurice Gabolde. On doit à ce dernier en 1941 la création des sections spéciales auprès des tribunaux (avec effet rétroactif) ; il fut  garde des sceaux de 1943 à 1944. Son ouvrage posthume "Les carnets du sergent fourrier, souvenirs de la Grande Guerre" est sorti récemment chez L’Harmattan.    

Pour connaisseurs Aucune illustration

Adam Craponne

Note globale :

Par - 683 avis déposés - lecteur régulier

369 critiques
20/08/15
Jacques Henriot petit-fils de Philippe Henriot : où on voit que la filiation est aussi idéologique http://www.larepubliquedespyrenees.fr/2010/12/03/il-prend-l-histoire-en-plein-front,169067.php
29 critiques
14/03/17
Attention au lapsus, c'est Darlan qui a été assassiné à Alger
683 critiques
14/03/17
Effectivement c'est un lapsus, mais dans ce cas la courtoisie aurait été d'envoyer un message au webmaster pour inviter l'auteur de la critique à corriger. Personnellement c'est ce que je fais quand je m'aperçois que l'erreur est involontaire et n'est pas un anachronisme.
29 critiques
15/03/17
Loin de moins l'idée d'être discourtois, d'autant plus que j'apprécie vos commentaires, mais je n'avais pas pensé à l'intermédiation du webmaster. Toutes mes excuses.
683 critiques
15/03/17
Je pense que l'on doit se soutenir, en tant que contributeurs, d'où ma suggestion. Je vous remercie pour le contenu de votre message précédent.
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