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La Chine et ses migrants: La conquête de la citoyenneté

La Chine et ses migrants: La conquête de la citoyenneté
Presses universitaires de Rennes. 404 pages
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Avis de Xirong : "Mingong de民 mín (le peuple ») et de 工 gōng (le travail)"

Ce livre, est une vulgarisation d’une thèse de doctorat. L’exode rural a été une des conséquences des réformes économiques qui ont été impulsées depuis quasiment quarante ans dans l’Empire du milieu. De part la classification, en 1949, des gens entre population rurale et population urbaine, les paysans qui émigrent en ville se trouvent en situation illégale. Même s’ils sont très largement tolérés, ils font là les métiers les plus durs et souvent les plus mal payés en étant privé de quasiment tous les droits sociaux.

Ceux-ci sont venus dès le départ des provinces centrales de la Chine pour aller vers toutes les régions côtières et Pékin. Toutefois, de façon un peu plus récente, cet exode s’est produit à Chongqing, une  municipalité qui a une superficie de 82 401 km2 et une population de plus de 30 millions d'habitants. Cette vaste agglomération urbaine, détachée de la province du Sichuan en 1997, est constituée de quarante subdivisions de niveau district  et elle a rang de région comme Pékin, Tianjin et Shanghai.

Elle est d’ailleurs dirigée, de décembre 2007 à mars 2012, par Bo Xilai, rendu populaire en particulier pour l’année 2009 par sa lutte virulente contre la maffia locale mais trois ans plus tard son ascension politique s'interrompt définitivement dans le cadre d'affaires financières et criminelles qui sont très largement médiatisées. Rappelons-nous par ailleurs qu’elle fut la capitale provisoire de la Chine durant le conflit sino-japonais qui se déroula de 1937 à 1945.

L’auteure s’est intéressée aux migrants ruraux de cette espace car c’est là que les efforts d’intégration de ces derniers à la vie sociale et économique ont été les plus importants. Sans expliquer complètement ces progrès, le fait que ces populations, dépourvues du droit de travailler et résider là,  étaient très majoritairement des Sichuanais, ayant en commun avec la population officielle de Chongqing le même dialecte, des références culturelles et un mode de vie. Toutefois cela n’aurait pas suffi pour faire passer certaines avancées et on verra quel groupe, quelle association, ou quelles individualités ont soutenu cet effort en faveur de ces mingongs.

Ceci a entraîné une progressive modification que le groupe dominant et les autorités avaient sur ce groupe marginalisé quoique important en nombre puisqu’on estime leur nombre à un minimum de deux cent millions (certains parlent de deux cent cinquante millions) pour une population chinoise qui atteint un milliard quatre cent millions. Le changement social s’est produit sous la pression de plusieurs dynamiques. Il faut noter que l’image du travailleur migrant a été parfois valorisée, mais en l’instrumentalisant ; il s’agissait d’opposer les  ouvriers des entreprises d’État défendant des avantages acquis et un emploi qu’ils occupaient depuis des lustres aux mingongs, quasiment néo-confucéens, par l’exemplarité des valeurs de dévouement, d’adaptation, d’abnégation, d’autonomie et de performance qu’ils incarnaient. Les travailleurs migrants sont alors présentés en « nouveaux héros qui se sacrifient pour la patrie, pour les autres, pour le bien commun » (page 244). Il ne semble pas que les changements souhaités par les migrants de leurs conditions de vie remettent en cause le rôle dirigeant du Parti communiste chinois dans l’organisation de la société chinoise actuelle où on naît toujours dans une bonne ou mauvaise "caste" selon le groupe où fut classer sa famille au début des années 1950.

 Voici le plan de l’ouvrage :

La citoyenneté sous le régime maoïste : une image inversée de la citoyenneté en Occident

  • Le concept de citoyenneté : de son élaboration en Occident à ses réinterprétations en Chine
  • Le système du hukou : la mise en place d’une société duale

La réintroduction du marché et l’apparition d’une nouvelle catégorie sociale : les travailleurs migrants

  • La réapparition des migrations spontanées et leur essor
  • La position des autorités face aux migrations : le maintien d’une logique de contrôle et de planication par-delà les divisions
  • Les mingong : des étrangers dans leur propre pays
  • Les obstacles à la prise de conscience des droits et leur dépassement

Le tournant du début des années 2000 et l’apparition d’un nouvel enjeu : intégrer les migrants

  • L’approfondissement des contradictions socio-économiques : la montée d’un discours « libéral »
  • Les facteurs idéologiques et politiques

L’intégration des migrants en ville : le maintien des caractéristiques fondamentales de l’appartenance sociale

  • Une intégration sélective et inégalitaire
  • La mobilisation pour le droit à l’éducation : repousser les limites de l’intégration

Le mouvement pour la défense des droits : vers la redénition de la « citoyenneté » chinoise ?

  • L’Affaire Sun Zhigang : l’affirmation d’une citoyenneté universelle et le recul de l’État policier
  • Le « weiquan » : une difficile conquête d’autonomie

Les illustrations en couleurs sont nombreuses, outre trois cartes de la Chine permettant de miieux comprendre les flux de migrants entre les provinces, on trouve vingt-cinq photographies, classées par thème, pour montrer l’univers des migrants ruraux.

Pour connaisseurs Beaucoup d'illustrations

Xirong

Note globale :

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