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Dans la tête de Xi Jinping

Dans la tête de Xi Jinping
Solin et Actes sud220 pages
1 critique de lecteur

Avis de Adam Craponne : "Vers la consécration de Xi Jinping, dirigeant plutôt poutinien voire brejnévien que gorbatchévien, au Congrès du Parti communiste chinois de 2017"

Le XIXe Congrès du PCC s’ouvre le 18 octobre 2017 alors que la grande lutte anti-corruption, lancée sous la présidence de Xi Jinping, s’est traduite par la sanction de 280 responsables nationaux, 8 600 cadres de haut rang et 1,3 million de cadres de base. Les arrestations de cadres ont été plus nombreuses ces dernières années que pendant les régimes de Jiang Zemin et Hu Jintao réunis et il est prévisible qu’elles diminuent drastiquement après ce congrès, mais cette campagne restera comme un bon moyen pour réprimer les opposants.

Xi a été officiellement désigné comme le "noyau" du parti, au moins depuis un an.  Xi est maintenant un leader de première importance, et il est même possible qu'il acquière certains des anciens titres de Mao comme "Grand Commandant Suprême". Une société de moyenne aisance, la fermeture à des idées de démocratisation du régime, la puissance militaire, l'étatisme économique, la culture traditionnelle chinoise (avec une forte référence à Confucius) et la réforme graduelle menée par l'État sont les axes du pouvoir actuel. Où il va mener la Chine dans les cinq prochaines années est sujet à interrogations.

On s'attend à ce que Xi Jinping remplisse le Comité Central avec un très grand nombre de membres de son propre camp. Le culte de la personnalité de Xi Jinping est déjà bien ancré, comme on peut le voir et l’entendre dans les bulletins d’information de la télévision chinoise. Par contre, se refusant de donner des interviews à des médias étrangers, il apparaît peu sur les écrans occidentaux en dehors de ses voyages officiels (en 2014 en France et en 2015 aux USA par exemple). En fait le 19e congrès sera une célébration du triomphe de Xi Jinping sur ses ennemis, et de la suprématie de son idéologie.

Xi Jinping a accédé au pouvoir en deux étapes : en 2012 il est à la tête du parti et un an plus tard il est nommé président de la République. On considère qu’il appartient à la cinquième génération des dirigeants de la Chine dite autrefois "populaire" ; les quatre précédentes sont celles de Mao, Deng Xiaoping, Jiang Zemin et Hu Jintao.

Xi Jinping est né en 1953, il est le fils de Xi Zhongxun qui fut, avant que Mao ne le fasse destituer, un vice-président de l’Assemblée nationale et un vice-premier ministre. Le chapitre "Le fils de la terre jaune" (la terre jaune désignant les alluvions du Fleuve jaune) raconte comment, le jeune Xi, né en 1953, dut quitter la  nouvelle Cité interdite (quartier de résidence des nouveaux dirigeants communistes). Il  fut envoyé par la Révolution culturelle dans la province du Shaanxi (dont la capitale est Xi’an et dont certaines régions servirent de refuge ultime aux participants de La longue marche) et résida sept ans dans un village relativement proche de ceux où vécut son père durant ses trente premières années.

Dans le chapitre suivant, l’auteur explique que pour le nouveau leader chinois, s’il y a deux périodes dans l’histoire du Parti communiste chinois (avec une coupure au moment de l’arrivée au pouvoir de Deng Xiaoping), il ne s’agit pas d’opposer l’une à l’autre mais de les percevoir comme complémentaires. Loin de démaoïser la Chine, il entend la remaoïser en insistant sur trois apports de la pensée de Mao : le pragmatisme, la ligne de masse et l’indépendance nationale. Rappelons que la ligne de masse assure la domination du Parti communiste chinois puisque que les adhérents de ce dernier doivent  recueillir les idées et éléments de connaissances du peuple chinois afin de les synthétiser, ensuite la pensée élaborée par les dirigeants du PCC est transmise à ces mêmes masses afin qu’elle se l’approprie et débouche sur des actions en rapport. Bien plus loin, à la page 209, on relève ceci autour de la pensée de l’actuel leader de la Chine : « Il faudrait donc appliquer les méthodes de Mao pour atteindre les objectifs de Deng. Faire du Xi avec Deng et Mao, du neuf avec du vieux. Ou du vieux avec du vieux (…) »

Cette image, fruit d'un montage, n'est pas dans l'ouvrage

Le chapitre suivant évoque le fait que depuis le premier empereur chinois Qin Shi Huangdi, et ceci au mépris d’une lecture de la pensée originelle de Confucius, la loi sert à conforter le pouvoir des puissants qui manipulent la Justice et que sans libéralisation de la Justice, tout Chinois peut être victime d’arbitraire. Il se clôt ainsi : « Xi Jinping voit les choses tout autrement. Sa conviction intime est que, pour ne pas se perdre, la Chine doit renouer avec la ferveur des origines, et non pas se diriger vers l’indépendance de la justice assimilée à la démocratie occidentale » (page 115).

Dans le chapitre "Le retour des Classiques", l’auteur nous explique que Xi Jinping multiplie les formules, tirées de proverbes chinois ou des canons taoïstes, légistes et confucéens. Ceci en particulier pour justifier qu’il ne faille pas bousculer la société chinoise par des réformes d’envergure ou des projets trop ambitieux. Le philosophe clé du légisme est Han Feizi qui « mettait en avant trois éléments : le shi – l’autorité –, le shu – littéralement la recette, c’est-à-dire les technique pour administrer le pays, bref la gouvernance – et le fa – la loi qu’il faut respecter sous peine de châtiments sévères » (page 124). Le problème avec Xi Jinping est qu’il met tout cela à son service, renforçant son autorité sur le PCC, a comme recette d’écarter ses rivaux au sein du parti et brimer les voix discordantes montant de la société chinoise, pour finir par placer la loi au service de ses ambitions.

Les derniers chapitres s’intitulent : "Confucius membre du parti", "Guerre culturelle", "La fin du profil bas", "le Xi-isme".  Les dernières pages de l’ouvrage interrogent sur la comptabilité entre le néo-autoritarisme et l’innovation technologique. Si Xi Jinping parvient à combiner les deux, on va vers "la dictature parfaite du XXIe siècle" (l’auteur ne le dit pas mais ayant sûrement des accointances avec un monde à la Orwell) mais faire appel à la création et l’innovation des Chinois tout en maintenant une chape de plomb en matière de droits des citoyens ne risque-t-il pas de faire sauter le couvercle de la marmite ? Le rajeunissement ou le vieillissement des dirigeants chinois pourraient influer sérieusement sur leurs réactions face à certains évènements. Notons, que bien que sous contrôle du PCC, dont ils restent les alliés, d'autres partis politiques (nés avant 1949) ont une vitrine légale en Chine comme la Ligue démocratique de Chine ou la Société de Jiusan. Toutefois le système est figé, et le parti démocrate chinois, créé en 1998, n'a jamais pu faire enregistrer son existence (voir son site internet http://www.hqcdp.org/english/).

Pour connaisseurs Aucune illustration

Adam Craponne

Note globale :

Par - 617 avis déposés - lecteur régulier

333 critiques
14/03/18
En Chine, ciné obligatoire pour un film à la gloire du président Xi
https://www.courrierinternational.com/depeche/en-chine-cine-obligatoire-pour-un-film-la-gloire-du-president-xi.afp.com.20180314.doc.12h63k.xml
233 critiques
29/12/18
Images en liberté surveillée au festival de photographie de Lianzhou
https://www.lexpress.fr/culture/photo-en-chine-la-censure-en-clairs-obscurs_2053206.html
394 critiques
20/02/19
Xi Jinping s’invite dans le smartphone des Chinois
https://www.lemonde.fr/international/article/2019/02/19/xi-jinping-s-invite-dans-le-smartphone-des-chinois_5425435_3210.html
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