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Dien Bien Phu: La fin d'un monde

Dien Bien Phu: La fin d'un monde
Vendémiaire475 pages
1 critique de lecteur

Avis de Adam Craponne : "Qui pense à un camp retranché dans une cuvette ne pourra se laver les mains d’un échec"

Pierre Journoud avait déjà donné Paroles de Dien Bien Phu. Les survivants témoignent, un ouvrage paru chez Tallandier en 2004. On est surpris d’apprendre que Geneviève de Galard n’était pas la seule femme présente dans le camp retranché de Dien Bien Phu. En effet il y avait là aussi des épouses de  partisans thaïs enrôlés dans l’armée française et une vingtaine de prostituées vietnamiennes (on parle aussi de Maghrébines, voir https://www.liberation.fr/courrier/2004/05/07/les-prostituees-de-dien-bien-phu_478690). Après la chute du camp retranché, les Indochinoises furent traitées comme des traîtresses par le Vietminh. Certes cela relève de l’anecdote mais démontre d’entrée de jeu la parfaite connaissance par l’auteur de tous les aspects matériels de cette bataille. Du côté des forces communistes, il n’y avait aucune combattante mais les femmes apportèrent une grande aide en matière de logistique.

C’est le civil Luo Guibo et le général Wei Guoqing, assisté des généraux Mei Jiasheng et Deng Yifan qui en 1950 dirigèrent l’aide que la Chine apporta au Vietminh (page 22). Ceci changea largement la physionomie du conflit et concrètement se traduit par la prise de Cao Bang qui coûta la vie ou la liberté à 6 000 soldats qui servaient sous le drapeau tricolore.

Pierre Journoud explique bien les responsabilités du général Navarre dans l’insuffisance au camp retranché tant en hommes, en matériel, en dispositif de défense et surtout en incapacité totale d’envisager un dispositif de repli en cas de besoin. Les erreurs du haut commandement français ne furent pas compensées par l’héroïsme de ses troupes et la presse américaine ne tarit pas d’éloges sur ces dernières.

Toutefois le jeu américain était complexe et l’attitude des gouvernements anglais et français empêcha que se mette en place une totale internationalisation du conflit qui n’était d’ailleurs pas sans risque d’un engrenage avec la Chine. Bref accuser les USA d’avoir lâché la France pour éviter la chute de Dien Bien Phu est caricatural bien que les Américains pensaient déjà prendre la relève de vilains colonisateurs pour défendre l’Asie contre un basculement vers le communisme avec des résultats autrement probants. Ce que demandaient les gouvernements français aux États-Unis comme engagement final pour sauver Dien Bien Phu ne pouvait se faire sans contrepartie sur la menée ultérieure du conflit et il n’était pas sûr qu’un bombardement intensif des assiégeants vietnamiens aurait pu éviter une reddition des forces françaises.

On retiendra : « La défaite de Dien Bien Phu était avant tout celle de la France, de ses élites politiques et militaires. D’une certaine manière, elle était aussi celle des États-Unis. Tandis qu’elle renforçait les dirigeants français dans leur désir de se désinvestir de l’Indochine, elle allait au contraire favoriser la remobilisation des Américains autour du conteinment. Dien Bien Phu servit de catalyseur à leur pensée stratégique sur l’Indochine et crédibilisa l’idée d’y substituer à celles des Français leurs idées et méthodes » (pages 191-192). Dans la conclusion, l’auteur évoque combien l’épopée historique et les valeurs officielles de la France servirent de ressort au nationalisme vietnamien. On apprécie beaucoup les diverses cartes en fin d’ouvrage.       

Pour connaisseurs Peu d'illustrations

Adam Craponne

Note globale :

Par - 617 avis déposés - lecteur régulier

333 critiques
03/04/19
Cao Bang, les soldats sacrifiés d'Indochine
https://www.youtube.com/watch?v=jxadfRbYx50
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