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Les Pays de Savoie et la Grande Guerre : 1917, une année terrible?

Les Pays de Savoie et la Grande Guerre : 1917, une année terrible?
Université Savoie Mont Blanc; Laboratoire LLSETI224 pages
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Avis de Octave : "Les Savoisiens d’abord, les Auvergnats ensuite et la Suisse en prime"

Ce livre offre les actes d’un colloque qui s'est tenu à Chambéry les 27 et 28 novembre 2017. L’article intitulé "Tenir jusqu’à la victoire ? Le département du Puy-de-Dôme  face aux crises de 1917" n’est d’ailleurs pas le moins intéressant. Il révèlera en particulier à certains que les cas de tentative de meurtre d’un poilu sur une épouse adultère, généralement censurés, sont fréquents. On le comprend à travers cette phrase tirée d’un numéro de décembre 1917 du Moniteur du Puy-de-Dôme : « il ne se passe guère d’audience du Conseil de guerre de la 13e région militaire sans qu’il soit débattu d’un cas de permissionnaire ayant tué sa femme !». L’auteure parle de "violence domestique subie par les femmes" (page 183), et met cela sur le compte de l’alcool, il aurait été préférable de préciser ce que nous avançons. Par ailleurs, il est illustré, entre autre page 189, par une carte postale montrant deux femmes de Puy-Guillaume, à la limite du Bourbonnais, qui font les moissons.

Dans un autre article "Crise et restauration du moral en 1917 dans les Pays de Savoie : Une forte interaction front-arrière", on parle de deux courriers de Louis Bobier un soldat de l’Allier, né le 24 juin 1893 à Bourbon-l’Archambault, il sert au 11e régiment de chasseurs alpins à Annecy. Notons que sont présentes, page 82, deux photos de lui dans 500 Témoins de la Grande Guerre. Ces extraits de lettre tournent autour de l’Offensive Nivelle en elle-même et de ses conséquences. Nous n’en citerons qu’un: « Nous avions l’impression en montant aux positions le 16 avril au matin, non pas d’une armée qui se portait en avant mais d’une multitude d’hommes plier l’ennemi sous le choc. […] L‘artillerie sur le front était si compacte que, sur des kilomètres dans tous les sens, les pièces de tout calibre se touchaient presque. Elles sonnèrent sans cesse, écrasèrent l’ennemi de projectiles. Toute cette préparation monstrueuse, cet amoncellement de forces… Ces milliers d’hommes… Tout cela échoua » (pages 193-194). Une seule phrase évoque les instituteurs syndicalistes pacifistes, dont Lucie Colliard (née Lucie Claudine Parmelan le 24 janvier 1877 à Saint-Félix) qui passera en jugement avec la Pantinoise Hélène Brion en mars 1918.

Le premier article de l’ouvrage traitait de l’humanitaire et du rôle du CICR, ceci en raison de la proximité de la Suisse par laquelle transitent des trains de grands blessés ou d’évacués du nord de la France. Sujet également sensible, pour la Confédération helvétique, est la question de l’action des réseaux de renseignements qu’elle abrite. On cite, sans développer, Youssouf Saddik pacha, que nous savons en contact avec Bolo Pacha. Depuis la Suisse, les Français montent une opération visant à endommager une usine en Pays de Bade. L’Allemagne vise, en s’appuyant sur des anarchistes italiens, résidants en Suisse, à tuer des ministres à Rome, faire sauter la gare de Milan, la Banque de Rome et une poudrerie à Gênes.

Un autre article s’intéresse cette fois au service de renseignement des Français à Annemasse, ce qui permet d’évoquer le fait connu que la Hongrie refusait de ravitailler l’Autriche, ce qui entraîne à parler des amorces de paix séparée par la Double Monarchie. Par ailleurs ce même office recueille des informations sur les conséquences catastrophiques du blocus en Allemagne pour la santé des populations et sur les mouvements sociaux. Après la chute du tsar, les Allemands et les Autrichiens tentent de réorganiser une partie des régions peuplés de Slaves et Baltes ; les Français s’intéressent à ces projets car ils comptent s’appuyer sur les mécontentements qu’ils provoquent chez les peuples concernés. Le 19 avril 1917 à Saint-Jean-de-Maurienne se rencontrent des chefs d’état français, anglais et italiens à la fois pour reparler du gâteau respectif en cas de victoire et pour voir si on a intérêt à négocier une paix séparée avec l’Autriche-Hongrie. Ce sujet fait l’objet d’une communication particulière où on devine que si le nouvel empereur d’Autriche-Hongrie n’avait pas été si pusillanime, il aurait pu obtenir le feu vert de l’Allemagne qui y voyait un certain intérêt.

D’autres textes s’intéressent à la zone franche (fruit du Traité de Paris de 1815), à la catastrophe ferroviaire de Maurienne qui fit près de 450 morts (des poilus revenant du front italien), aux déserteurs et fusillés savoyards (ce qui permet d’apprendre qu’au niveau national, on avait quasiment atteint le chiffre de 100 000), à l’attitude du clergé savoisien et en particulier à ses réactions face aux propositions de paix de Benoît XV. On voit que si tous les sujets sont entrés dans un espace local, leur portée est bien plus générale.         

Pour connaisseurs Quelques illustrations

Octave

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