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500 témoins de la Grande Guerre

500 témoins de la Grande Guerre
Midi-Pyrénnées495 pages
1 critique de lecteur

Avis de Octave : "« Mon Dieu, punissez-les ! Car ils savent ce qu’ils font » (Camille Rouvière à propos d’évêques écrivant que la guerre purifiera la France)"

Cet ouvrage veut nous faire découvrir des mémoires ou journaux personnels de « soldats de toute arme et de tout grade, du 2e classe au général, civils et civiles, notamment celles qui ont tenu un journal en pays envahi ». Les témoins voient leur nom classé par ordre alphabétique, et des informations sont portées sur leur lieu de naissance, le métier de leurs parents, leur situation professionnelle et matrimoniale au début de l’été 1914, leur après-guerre (s’ils ont eu la chance d’en avoir un). Les index sont intéressants, car ils permettent d’aller vers des unités précises, des thèmes (fusillés pour l’exemple, peur, blessure, ivresse …), des hommes de la région du lecteur, des personnages ayant une dimension historique (Briand, Brizon, Foch, Driant, Millerand …) évoqués dans une notice.

Ainsi apprend-on que Louis Barthas a écrit au kienthalien Pierre Brizon, que ce dernier est connu très favorablement par tous les soldats du régiment de Maurice Pensuet (originaire du Loiret) et par Camille Rouvière (qui a d’ailleurs servi aux côtés de Barbusse au début de la guerre). Dans de rares cas, aucune indication, pourtant connue sur l’origine géographique du témoin, n’est faite, comme pour le Berrichon Romain Darchy. On arrive au paradoxe que l’un des témoignages d’un compatriote, jugé des plus intéressants au niveau national, n’apparaît pas spontanément aux habitants du Cher, alors que l’index géographique les envoie se perdre vers Marius Piquemal qui a passé une semaine au camp d’Avord dans l’est du Berry. Jacques-Antoni Rodiet, médecin à La Guerche-sur-Aubois, est également signalépar une notice. Rares sont les départements de l’époque qui ne sont pas portés par un observateur comme les Hautes-Alpes, la Mayenne et le Territoire de Belfort (appelé alors « Haut-Rhin resté français »).

Pour la Mayenne, cette absence surprend, car avec 4,55%, ce département est le second département le plus frappé en matière de morts au champ d’honneur après la Lozère. Par ailleurs, Ma pièce, souvenirs d’un canonnier 1914 fut un des possibles prix Goncourt pour 1916 (soutenu en particulier par Mirbeau) ; il fut écrit par Paul Lintier,né le 13 mai 1893 à Mayenne, et est reproduit dans Avec une batterie de 75 : 1914-1916. D’autre part, vient de sortir Carnet de route d’un gosse des tranchées par Léon-Antoine Dupré (né à Laval où son père est médecin, il est dentiste dans la Manche à partir de 1922), ouvrage dont nous rendons compte peu après celui-ci. Certains départements sont mal lotis, ainsi le pédagogue Célestin Freinet représente à lui seul les Alpes-Maritimes. Si je prends un exemple que je connais bien, à savoir celui de la Vendée, le livre ne cite qu’un témoin, Denis Omer, pour l’ouvrage Un prêtre missionnaire dans la Grande Guerre 1914-1919. J’ai découvert ce livre car l’éditeur avait préféré omettre de préciser qu’il venait soit de Vendée, soit plus largement du Poitou. Cet ouvrage de Denis Omer me semble en effet très intéressant car il est écrit dans un esprit empreint d’une vision catholique très orthodoxe. Un prêtre missionnaire dans la Grande Guerre 1914-1919 est incontestablement plus porteur d’émotions originales (même si on ne les partage pas avec Denis Omer) que celles ptésentes dans Harcelés par une pluie de fer et de feu… d’Auguste Hervouet ou Journal d’un cavalier à pied 14-18 de Jean Michaud. Toutefois, ne manque pas d’attrait non plus le témoignage de Ferdinand Jauffrit, sous-officier au 93e RI basé à La Roche-sur-Yon, qui s’offusque de la distribution de poignards pour nettoyer les tranchées prises, confie son carnet juste avant une opération où il échappe à la mort de peu, raconte la distribution par les avions allemands de La Gazette des Ardennes, accordant à la lecture une place assez importante dans ses occupations, se réjouit de découvrir comment fonctionne une moissonneuse-lieuse et pense l’introduire en Vendée … Pour ceux qui voudraient en savoir plus sur ces souvenirs, 500 témoins de la Grande Guerre faisant l’impasse, on se reportera à Recherches vendéennes, n°7, 2000.

Les témoignages des Alsaciens-Lorrains ayant servi sous l’uniforme allemand sont nombreux, il est fait mention en particulier de ceux de Pierre Schlund, qui déserte à l’été 1914 pour passer du côté français, Félix Waag, officier de l’armée allemande dès le milieu de l’année 1915, Eugène Bouillon, qui combat à Courtrai et sert comme cuisinier dans un mess pour officiers à Bruxelles, Paul Jolidon, dans la marine jusqu’à ce que son bateau soit coulé par les Anglais. Eugène Lambert, journaliste francophile à La Lorraine basé à Metz, mène un travail isolé de propagande défaitiste dans l’armée allemande et de soutien aux prisonniers belges et français dont il est le gardien. Rappelons la sortie récente de Les Alsaciens-Lorrains dans la Grande guerre de Jean-Noël Grandhomme et Francis Grandhomme, et d’une manière plus large de L’Alsace au temps du Reichsland 1871-1918 : un âge d’or culturel ; sorti aux éditions du Belvédère, ce dernier titre tente de réfléchir sur l’identité alsacienne à la Belle Époque.

On bénéficie d’observateurs écrivains comme Pierre Loti, Louis Pergaud, André Kahn (grand-père de Jean-François Kahn), Drieu la Rochelle, Henri Barbusse, Roland Dorgelès, Gabriel Chevalier, Alain et Teilhard de Chardin, artistes plastiques avec Charles Vuillermet (voir la présentation de son livre sur ce site), André Mare, Pierre Dantoine, Ernest Gabart, Louis Leclabart. On note aussi des mémorialistes musiciens, en particulier Lucien Durosoir, violoncelliste, Louis Leleu, Lucien Retailleau, Maurice Maréchal. Pour ce dernier, n’est pas mentionné que son violoncelle de guerre « le poilu », fabriqué dans les tranchées à partir de caisses de munitions, est conservé aujourd’hui au Musée de la Musique de Paris. Le nombre de ceux qui furent parlementaires est non négligeable : Jean Calvet, Abel Ferry, Paul Ramadier, Renaud Jean, André Maginot … Parmi les témoignages féminins, on peut distinguer ceux des infirmières comme Léonie Bonnet (née Bellot) native du Lot-et-Garonne, ceux issus de l’arrière (ou de la zone des armées), avec entre autre la militante pacifiste Puech-Milhau (née dans le Tarn), et ceux des territoires occupés, dont Eugénie Deruelle, résidant à Sains dans l’Aisne, et Andrée Lecompt alors fille d’un médecin de Cambrai. On apprécie l’importante illustration qui permet de découvrir le visage des personnes présentes.

Octave

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