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Première Guerre mondiale: Le pacifisme des instituteurs syndicalistes

Première Guerre mondiale: Le pacifisme des instituteurs syndicalistes
Éditions du Croquant 320 pages
1 critique de lecteur

Avis de Alexandre : "Hélène Brion est née à Clermont, Clemenceau, c’est pas bidon, la mit en prison"

La "fille spirituelle de Jaurès", selon son avocat maître Bloch, fut une des rares syndicalistes emprisonnée pour "propagande défaitiste" en fait comme une dizaine d’autres enseignantes du primaire (pour des motifs officiels variés), sur l’ensemble des quatre années de guerre, elle est dénoncée pour propagande pacifiste. Hélène Brion était alors institutrice à la maternelle de la rue Candale à Pantin et avait dès un peu avant-guerre d’importantes responsabilités au sein de la Fédération nationale syndicale des instituteurs (appelée FNSI) de la CGT qui a pour journal L’École émancipée.

Ce document n'est pas dans l'ouvrage

Rappelons à ce propos que le syndicalisme est interdit officiellement (et plus ou moins toléré) aux fonctionnaires jusqu’à la victoire du Cartel des gauches en 1924 et donc qu’à la Belle Époque des sanctions frappent certains instituteurs pour simple raison d’être syndiqués. L’avocat Pierre Laval défendra, d’ailleurs à la Belle Époque, nombre d’instituteurs menacés d’être licenciés pour antimilitarisme ou syndicalisme ; naîtront là des amitiés qui perdureront bien souvent jusqu’à la triste fin du maire d’Aubervilliers.

Notons que les instituteurs de l’époque sont majoritairement membres des Amicales et qu’en 1914 surtout dans la moitié ouest (où l’école publique est en butte à la concurrence de l’école privée et à la pression de maires antirépublicains) et dans les départements urbains nombre de militants amicalistes sont également syndicalistes à la CGT. Depuis 1909 les Amicales ont deux syndicalistes à leur tête : le président Louis Roussel et le secrétaire général  Émile Glay. Par ailleurs la franc-maçonnerie joue alors un rôle non négligeable pour changer de poste, les nominations sont faites par le préfet et entièrement selon son bon vouloir qui est beaucoup plus influencé par une suggestion d’un notable républicain du département que par un avis d’un inspecteur primaire, même relayé par l’inspecteur d’académie.

Loïc Le Bars souligne à juste raison que les trois députés Français présents à Kienthal en 1916 étaient « les députés Alexandre Blanc et Jean-Pierre Raffin- Dugens, qui, avec Pierre Brizon (…) avaient été instituteurs et demeuraient syndi­qués. Le premier représentait le Vaucluse, le second l’Isère et le troisième l’Allier. En fait si Pierre Brizon était passé par l’École normale de Moulins, il n’avait exercé que comme professeur d’école normale et professeur dans ce qui allait devenir l’enseignement technique. C’est Pierre Brizon qui rédige le manifeste de Kienthal qui déclare : « À bas la guerre ! Vive la paix ! La paix immédiate et sans annexions ! Vive le socialisme international ! »

Loïc Le Bars, après une introduction, propose les chapitres suivants : Le désarroi, De L’École émancipée à L’École de la Fédération , La révocation de Julia Bertrand et « l’affaire Gabrielle Bouët », « Protester contre les paroles de haine »,  La FNSI dans la minorité pacifiste de la CGT,  Lettres venues du front,  De Zimmerwald à Kienthal , Un combat pour le présent ou un témoignage pour l’avenir ?,  La polémique sur la « censure » exercée par la rédaction de L’École de la Fédération ,  Une place centrale dans le mouvement pacifiste, Printemps 1917 : l’espoir, La fin de l’année 1917 : désillusion et répression ,  La seule fédération restée minoritaire. De la conclusion, on retiendra :

« Ces "modestes" enseignants ont su raison garder et ne se sont pas laissé submerger par la vague nationaliste et xénophobe qui a incité tant de beaux esprits, d’écrivains à la mode ou d’éminents universitaires à proférer des insanités dont la stupidité, cent ans après, ne cesse de nous stupéfier. Ils n’ont pas voulu dispenser cet « enseignement de la haine », cette « culture de guerre » que les plus hautes autorités entendaient imposer à l’École. Ils ont surtout estimé qu’il était de leur devoir de le dire, de prendre date pour l’avenir mais aussi d’entreprendre tout ce qui était en leur pouvoir pour tenter de la faire cesser le plus rapidement possible, d’oeuvrer à la renaissance d’une l’Internationale où les « renégats » n’auraient plus eu leur place et qui seule pouvait imposer la paix, même si l’issue de ce combat pouvait paraître bien incertaine et quels que fussent les risques encourus ».  (page 314)

Cet ouvrage vient combler un manque car jusqu’à présent mis-à-part l’ouvrage récent Militants contre la guerre 1914-1918 de Julien Chuzeville (qui parle vraiment très peu des instituteurs en fonction, à distinguer comme on l'a vu des anciens instituteurs ou les évoque en tant que militant SFIO et pas comme syndicaliste), on ne disposait que de biographies individuelles pour approcher le pacifisme durant la Première Guerre mondiale. Nombre des noms cités apparaissent dans plusieurs ouvrages centrés sur la façon dont les Français ont vécu la Première Guerre mondiale et en tête ceux d’Hélène Brion, Fernand Loriot (natif de l'Orne, enseigne en banlieue parisienne principalement à Puteaux et Aubervilliers), du couple Mayoux (alors en Charente), du couple Bouët (en Maine-et-Loire),  Marie Guillot (en Saône-et-Loire), Lucie Colliard (alors en Haute-Savoie), Raoul Rebeyrol (né dans le Lot-et-Garonne) et de Pierre Brizon (ce dernier étant forcément peu évoqué ici, puisqu’il n’est plus enseignant, on se reportera à sa biographie). Il était bon de faire connaître plus dans le détail leurs actions et les relations qu’ils entretiennent entre eux.  

Pour connaisseurs Aucune illustration

Alexandre

Note globale :

Par - 330 avis déposés - lecteur régulier

616 critiques
04/05/16
De Zimmerwald (sept. 1915) à Kienthal (av. 1916): renaissance de l'internationalisme

https://blogs.mediapart.fr/laurent-ripart/blog/020516/de-zimmerwald-sept-1915-kienthal-av-1916-renaissance-de-linternationalisme

On note une vision superficielle de Kienthal, en ne citant pas Pierre Brizon (voir l'ouvrage sur lui). Loriot est par contre mentionné.

330 critiques
02/05/17
1917 : Le visage de la révolte. Conférence de Joëlle BEURIER et Jay WINTER à l'Historial de Péronne. Samedi 20 mai à 17H

390 critiques
20/05/18
Des instituteurs gersois sont «Morts pour la France» conférence. Le 26/05/2018 à 15 h 30, vous êtes attendus nombreux au cinéma, rue du moulin, à Fleurance, par les associations Grand'Angle et La Floureto et le conférencier du jour Pierre Magniont. Entrée gratuite.
390 critiques
07/08/18
La classe ouvrière est forcée de marcher actuellement dans une lutte fratricide

https://blogs.mediapart.fr/dimitris-fasfalis/blog/020818/la-classe-ouvriere-est-forcee-de-marcher-actuellement-dans-une-lutte-fratricide
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