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Les féministes de la première vague

Les féministes de la première vague
Presses universitaires de Rennes 230 pages
1 critique de lecteur

Avis de Ernest : "Plutôt Boucle d’or se hérisse que Cendrillon se rebiffe"

Les Presses universitaires de Rennes avaient déjà publié en 2012 "Les féministes de la deuxième vague". "Les féministes de la première vague" est un ouvrage qui regroupe les contributions du colloque éponyme tenu  en mai 2011 à Sciences Po. Par première vague du féminisme, il faut entendre là celle qui se manifeste en France sous la IIIe République et non les actions en faveur de l’émancipation du beau sexe qu’ont pu mener sous la Révolution française des personnages comme Olympe de Gouges.  

Le livre est divisé en trois parties : La diversité culturelle, La question sociale et Les enjeux internationaux.  En première partie on trouve les auteurs et textes suivants :

TAÏEB Édith (docteur en sciences du langage The American University of Paris), Hubertine Auclert, féministe intégrale

CADIER-REY Gabrielle (MCF, Univ. Paris IV), De la philanthropie protestante au féminisme : Sarah Monod et Julie Siegfried, les deux premières présidentes du Conseil national des femmes françaises

POUJOL Catherine (ULB/ CIERL - Belgique), Philanthropie et spiritualité juive : Marguerite Brando Salvador (1846-1925) et Clarisse Eugène Simon (1855-1950)

BACOT Jean-Pierre (Dr HDR, associé Univ. de Bourgogne, CIMEOS), Les hommes, le féminisme et la franc-maçonnerie

EPSTEIN Anne (IEP/Université de Strasbourg, UMR PRISME-GSPE), Pas tout à fait des nôtres : Anna Lampérière, le féminisme et le solidarisme au tournant du XXe siècle

JACQUEMART Alban (doctorant en sociologie, EHESS), Georges Lhermitte, un militant singulier dans le mouvement féministe réformiste du début du XXe siècle

Pour la seconde partie on a les travaux cités sous-dessous:

AVRANE Colette (Dr en histoire, Univ. Angers), Jeanne Bouvier (1865-1964), une vie au service des ouvrières à domicile

FORMAGLIO Cécile (doctorante, Univ. Angers), Des beaux quartiers à la section Travail du CNFF : l’itinéraire de Cécile Brunschvicg (1877-1946)

CLARK Linda (Millersville Univ. of Pennsylvania, Etats-Unis), Les femmes dans les professions qualifies et le féminisme, des années 1880 aux années 1930

GORDON Felicia (Senior Research Fellow, Anglia Ruskin Univ., Cambridge,  Royaume-Uni), Comment se représenter dans sa profession? La carrière de la psychiatre Constance Pascal

ROLL Sandrine (Dr en Histoire), La réforme sociale via la consommation, un espace d’échanges et de rencontres entre les femmes catholiques et les féministes

THÉBAUD Françoise (PU émérite, Univ.Avignon), Marguerite Thibert (1886-1982) ou l’affirmation d’un féminisme d’expertise

MACHIELS Christine (doctorante Univ. Angers/ Université catholique de Louvain), Ce qui a fait de moi une féministe, plus encore, une révoltée sociale. Marcelle Legrand-Falco (1880-1985)

Enfin nous terminons avec : 

OFFEN Karen (Independant Scholar, Stanford Univ., Etats-Unis), La plus grande féministe de France: pourquoi a-t-on oublié l’inoubliable féministe international Ghénia Avril de Sainte-Croix?

PEDERSEN Jean (Prof. Univ. of Rochester, Etats-Unis), Marya Chéliga (1858-1927) : résistante polonaise, féministe française, militante internationale

REYNOLDS Sian (Univ. of Stirling, Royaume-Uni), Féministes pacifistes de 1938 entre Vichy et Résistance : trajectoires de 28 pétitionnaires

FELL Alison S. (Senior Lecturer, Univ. of Leeds., Royaume-Uni),Germaine Malaterre-Sellier, la Grande Guerre et le féminisme des années 1920

Par rapport aux communications tenues  au colloque, il y a quelques manques et on peut particulièrement regretter l’absence du texte sur un militante antinataliste, franc-maçonne et libertaire à savoir Nelly Roussel : une vie sacrifiée, d’ACCAMPO Elinor (Prof. University of Southern California).

De nous parler d’idées ne devrait pas dispenser pour autant d’être précis dans le domaine factuel, surtout quand comme ici il s’agit systématiquement de se centrer sur la vie et les œuvres d’une personne particulière. Ainsi est-on surpris de voir écrit qu’Hubertine Auclert est née à Tilly dans l’Allier, alors que Tilly est un hameau de la commune bourbonnaise de Châtel-de-Neuvre et une commune de l’Indre (aux limites de la Vienne et de la Haute-Vienne). En fait elle a vu le jour en 1848 dans l’Allier à Saint-Priest-en-Murat (entre Moulins et Montluçon). Hubertine Auclert s’auto-qualifie de "féministe intégrale", ce qui signifie qu’elle veut en une seule fois et non par étape l’égalité des droits entre la femme et l’homme (l’autorité maternelle, n’est pas séparable de la liberté de disposer de son salaire ou du droit de vote par exemple). L’ensemble des personnages évoqués se reconnaît dans ces objectifs, même s’ils peuvent y ajouter une dimension autre comme le pacifisme, la prostitution ou la lutte contre l’alcoolisme.  

Ce courant de pensée est bien éloigné des féministes matriarcales  de Marguerite Guépet, Lydie Martial, Céline Renooz (née à Liège) ou Héra Mirtel. Il est d’ailleurs regrettable que aucune de ces quatre femmes ne soient présentées ici. Ceci ne veut pas dire que leur nom ne soit pas cité mais c’est très accidentellement et sans évoquer le resort de leur idéologie (ainsi Lydie Martial apparaît page 85). Héra Mirtel, alias Louise Grouès, a par ailleurs eu droit à un ouvrage biographique très moyen et sans présentation des idées qu’elle développait ; il s’agit de "Louise Grouès : tout le ciel bleu, tout le ciel noir (1868-1931)".

Il est à noter qu’en Pierrette Glaisette, devenue Ghénia Avril de Sainte-Croix (1855-1939), on trouve un exemple de ces jeunes femmes suisses venues en région parisienne à la Belle Époque pour devenir gouvernante ou préceptrice, même si elle devient assez vite femmes de lettres ( voir "Le baluchon et le jupon: Les Suissesses à Paris, itinéraires migratoires et professionnels (1880-1914)" d’Anne Rothenbühler). En épousant le 17 mai 1900 à Paris un ingénieur divorcé François Avril, elle devient française et devient au tournant entre le XIXe et le XXe siècle ainsi la première femme à siéger dans une commission extraparlementaire française. Durant la Première Guerre mondiale le ministère de l’Armement met en place un Comité du travail féminin, chargé d’étudier la situation des ouvrières dans les usines de guerre. Ses dix membres sont issues de la section féminine du Musée Social, en  fait partie Avril de Sainte-Croix. Auprès de la SDN, elle est chargée des questions de prostitution, de trafic des femmes et des enfants et de prophylaxie des maladies vénériennes. Germaine Sellier (plus tard Malaterre-Sellier) est l’infirmière major de l’hôpital de Soissons durant le bref temps où la ville est occupée par les Allemands ; elle figure assez souvent dans des photographies au contenu héroïque à côté de Jeanne Macherez qui fut surnommée "la mairesse de Soissons" pour avoir joué le rôle d’interlocuteur principal auprès des forces du Reich.

Pour connaisseurs Aucune illustration

Ernest

Note globale :

Par - 233 avis déposés -

617 critiques
20/03/17
Des musées et des femmes: journée d'étude

http://www.mnemosyne.asso.fr/mnemosyne/journee-detudes-2013-2/
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20/11/17
Bibliothèque Marguerite Durand à Paris menacée de fermeture
http://information.tv5monde.com/terriennes/memoire-des-femmes-et-du-feminisme-il-faut-sauver-la-bmd-204325
466 critiques
10/03/19
La Bourbonnaise Hubertine Auclert a allumé l'étincelle du féminisme au XIXe siècle
https://www.lamontagne.fr/moulins/politique/allier/2018/03/08/la-bourbonnaise-hubertine-auclert-a-allume-l-etincelle-du-feminisme-au-xixe-siecle_12761219.html
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