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Albert Thomas : le socialisme en guerre 1914-1918

Albert Thomas : le socialisme en guerre 1914-1918
Presses universitaires de Rennes 191 pages
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Avis de Alexandre : "Thomas (…) chercha – pour la bourgeoisie – les meilleurs moyens de lier les prolétaires au char du capitalisme"

Notre titre est tiré d’une phrase contenue dans un article de L’Humanité qui annonce le décès en 1932 de celui qui est depuis 1920 le premier directeur du Bureau international du Travail.  Albert Thomas fonde en 1905 La revue syndicaliste et en 1910 il la fait fusionner avec La revue socialiste dont Benoît Malon était à l’origine. Le nouveau périodique prend pour nom  Revue socialiste, syndicale et coopérative.

D’optique réformistes ces deux titres entendaient développer des idées opposées à celle du guesdisme (qui voyait dans le syndicalisme un moyen de concientisation politique) et au syndicalisme révolutionnaire de la CGT d’alors. On trouve trace d’ailleurs, d’après nos propres recherches, de la présence d’Albert Thomas parmi le groupe socialiste broussiste de la Vienne. En effet il est signalé comme militant dans le journal de ce groupe possibiliste L’Éclaireur de la Vienne et du Choletais des années qui précèdent le moment de brève unité socialiste de 1899-1901 (la SFIO ne sera créé qu’en 1905). Il faut dire que le père d’Albert Thomas, boulanger à Champigny (dans la Seine), était d’une famille originaire du département le plus oriental issu de la province du Poitou.  

Albert Thomas est un exemple typique de la méritocratie républicaine, il est entré à l’École normale supérieure en 1898. En 1910, il était élu député d’une circonscription du sud-est de la Seine et faisait ainsi partie des 74 députés socialistes unifiés. Madeleine Rebérioux et Patrick Fridenson, dans  Albert Thomas, pivot du réformisme français, Le Mouvement social, n° 87, avril-juin 1974, avançaient que notre personnage était à l’origine des combats des socialistes français pour la croissance industrielle, la productivité, la démocratie sociale, la politique contractuelle, le développement des services publics, l’intervention de l’État et les nationalisations.

Jusqu’en 1914 les seuls ministres à se dire socialistes sont des socialistes indépendants, c'est-à-dire des hommes non liés à un parti et donc indépendants de tout et surtout du socialisme. Briand et Viviani en sont les deux exemples les plus connus. Durant trois ans à partir d’août 1914, pour la première fois, des ministres représentants le parti socialiste d’alors (à savoir la SFIO) vont siéger dans un gouvernement de la République et il faudra attendre 1936 pour revoir (dans une tout autre configuration) cette présence se reproduire.

 

Cette illustration n'est pas dans le livre

Adeline Blaszkiewicz-Maison non seulement va examiner l’action du plus entreprenant des ministres socialistes de la Première Guerre mondiale (les deux autres sont Guesde qui a un rôle de potiche et Sembat qui est incapable de rationaliser le marché du charbon) mais aussi s’interroge sur le fait que celle-ci n’a jamais été revendiquée par un quelconque courant socialiste, avance que le parti socialiste français n’a jamais cessé d’être tiraillé entre une frange social-libérale et un côté social-démocrate et enfin affirme que ses rares passages au gouvernement ont pu être ressenti comme un dévoiement de son idéal.

Le premier chapitre de l’ouvrage  Albert Thomas : le socialisme en guerre 1914-1918 est consacré à la biographie du personnage, le second aurait tendance à montrer que l’action du ministère de l’Armement fut plus en phase avec la technocratie que le socialisme (malgré les attaques des députés de droite sur le thème de l’étatisation), le troisième pointe les conséquences de la Révolution russe sur l’évolution politique d’Albert Thomas.

Pour des raisons originales, ce dernier fait tout pour que des délégués socialistes se rendent en 1917 à Stockholm pour la troisième conférence internationale (celle qui suit Kienthal) et est à l’origine de la sortie des socialistes des gouvernements d’union sacrée. En effet pour lui cette réunion pacifiste doit permettre de dénoncer l’impérialisme allemand et par ailleurs c’est parce que Painlevé lui refuse un ministère clé (les Affaires étrangères ou la Guerre) étape  pour un jour être le premier président du conseil socialiste (poste équivalent à celui de Premier ministre, mais avec des pouvoirs plus étendus).  

Au-delà de certaines thèses, on apprend des choses autour de certains faits comme par exemple une réelle amitié entre Loucheur et Thomas ou que Briand avait obtenu que la Russie impériale soutienne l’annexion de la Sarre (voire la région de rive gauche du Rhin) à la France en cas de victoire (page 122) et ceci permet de mieux comprendre l’obstination de Poincaré en 1919 sur ce dernier sujet. Cet ouvrage est issu d’un mémoire de master 2, lauréat du prix de la Fondation Jean-Jaurès et du prix Jean Maitron en 2013.     

Pour connaisseurs Aucune illustration

Alexandre

Note globale :

Par - 333 avis déposés - lecteur régulier

466 critiques
13/11/16
Grande Guerre à travers l'étude de l'opinion publique: Entretien avec Jean-Jacques BECKER vidéo https://hal-campusaar.archives-ouvertes.fr/medihal-01395221
298 critiques
04/09/17
Le départ d’Albert Thomas de son poste de ministre sera salué par l’Action socialiste : « L’histoire enregistrera le bel effort de Thomas produisant des munitions… »
http://archivescommunistes.over-blog.fr/article-l-action-socialiste-une-tendance-de-droite-dans-la-sfio-en-1916-1918-117725485.html
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