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Le parti des communistes

Le parti des communistes
Hors d’atteinte720 pages
1 critique de lecteur

Avis de Adam Craponne : "Aujourd'hui, que reste-t-il à ce parti si habile à conquérir des municipalités ? Vierzon, Vénissieux, Aubervilliers, Montreuil, Montreuil !"

L’ouvrage est sous-titré Histoire du Parti communiste français de 1920 à nos jours. En 1979, Guy Konopnicki, ancien président de l’UNEF-Renouveau publiait  le pamphlet  Vive le centenaire du PCF !. Dans le récit de Guy Konopnicki, le passé d’une cinquantaine d’années du PCF était revisité en mettant de manière ironique en lumière particulièrement certaines contradictions qui avaient agité ce mouvement.

En 1979, on était au chant du cygne du communisme municipal ; on compte alors 1 500 maires au parti pour 36 000 communes, mais en volume de population on a peut-être près de 10% des Français qui ont leur premier magistrat adhérent au parti.  C’est une époque où des villes comme Saint-Étienne ou Reims avaient un maire communiste et où la banlieue rouge méritait vraiment son nom.  Toutefois on sait que c’est grâce à la dynamique de l’union de la gauche que ces municipalités furent conquises. Ces années du Programme commun, allant avec un renouveau militant qui diversifie la sociologie globale des adhérents et dans une moindre mesure des cadres, prennent fin en 1978.

Après le score bien médiocre de Georges Marchais à l’élection présidentielle de 1981, le passage au gouvernement ne dure que trois ans, c’est la seconde fois qu’il y a des ministres communistes et il y aura une troisième occasion entre 1997 et 2002 avec les gouvernements Jospin.   

Cet ouvrage parcourt magistralement l’histoire de qui est la cheville ouvrière du parti à savoir les permanents et les élus . Il montre bien comment le parti se transforme en prenant certains tournants. Notons qu’en 2018, pour la première fois de son histoire, la direction sortante est désavouée, ce qui donne l’occasion à Fabien Roussel de devenir secrétaire national. Ses origines familiales et son parcours professionnel sont très significatifs du profil largement nouveau des cadres du parti. Sa mère a été employée de banque alors que son père fut tant conseiller général et maire-adjoint de Béthune que journaliste à L’Humanité. Il est très largement soutenu par André Chassaigne, professeur puis principal de collège, devenu député du Puy-de-Dôme depuis 2002 en s’emparant d’un siège tenu presque en continuité par la SFIO et le PS depuis 1962 (il y eut deux brèves interruptions de trois et quatre ans, au profit d’un UDF).Pour ce dernier la généalogie ouvrière remonte au père, alors qu’il faut aller la chercher chez les grands-parents avec Fabien Roussel.

Dans son introduction, l’auteur écrit page 19 que « plonger dans l’histoire du PCF, c’est revenir sur les métamorphoses de la classe ouvrière, de la naissance de la grande industrie taylorienne à la déstabilisation de la condition ouvrière, en passant par la féminisation du salariat ». En effet si la SFIO garde, après le Congrès de Tours, une certaine influence sur la classe ouvrière avec en particulier des militants et dirigeants issus assez souvent de la tradition guesdiste (dont Paul Faure son secrétaire général par ailleurs rédacteur en chef du Populaire), on peut dire qu’après 1945 le parti socialiste est très largement celui des classes moyennes et qu’on ne compte plus en ses rangs de députés issus de la classe ouvrière, comme pouvait l’être Jean Bouveri, ouvrier mineur à Blanzy en Saône-et-Loire avant de devenir maire Montceau-les-Mines  puis sénateur et député de ce même département.

Si on apprend que ce n’est qu’en janvier 1922 que les majoritaires de Tours remplacent le signe SFIO par celui de SFIC (soit plus d’un an après le Congrès de Tours), on n’ajoute pas que L’Humanité porte en sous-titre "journal socialiste" jusqu’à la même date. Le jeune parti des communistes ne manque pas de mettre en avant les quelques figures historiques du socialisme de la Belle Époque, voir de la Commune qui sont restées à la SFIC comme Marcel Cachin ou Rémi Zéphirin Camélint (qui joue d’ailleurs un rôle dans l’appropriation de L’Humanité par les partisans de la IIIe Internationale). Dans les départements du Nord de la France, les gens de la SFIC se réclament haut et fort de Guesde, dont les écrits sont d’ailleurs déconseillés en 1925 dans L’ABC du communisme de Nikolaï Boukharine, un ouvrage paru à la Librairie de L’Humanité (page 200). Pour le quinzième anniversaire de la mort de Guesde, une grand manifestation communiste a lieu dans le Nord, savons-nous en consultant nous-même L’Humanité. Ajoutons personnellement que Jules Guesde était dans le camp des minoritaires au Congrès de Tours et que la Société des Amis de Jules Guesde, créé en juin 1933, n’a pour membres que des militants socialistes dont Roger Salengro.

L’action du PCF en direction des paysans n’est pas oublié en particulier avec les pages 254 et 255 où sont évoqués tant Jean Guéret que Marius Vazeilles et Renaud Jean. La question du rapport au féminisme est d’abord abordée avec l’action d’Hélène Brion alors qu’elle est encore à la SFIO. Il n’est pas signalé qu’elle enseignait à Pantin. On évoque également par exemple  Lise Ricol (future épouse London) dans ses actions en direction des filles et femmes à Vénissieux, commune conquise en 1935 par la SFIC. Grâce à l’index des noms de lieu, on trouve d’ailleurs trois occurrences de Pantin, l’une par rapport à Guitton, l’une évoquant le succès des communistes en 1959 à la mairie et la dernière relevant qu’en 2020 La France insoumise et le PCF font liste commune dans cette ville, qui a alors un maire socialiste précisons-nous. Outre l’index des noms de lieux, on a un index des noms de personnes et un index thématique. On apprécie beaucoup ces choix.

Dans notre titre de chronique, on pourra reconnaître un pastiche de la comptine Le Carillon de Vendôme, dont on prendra connaissance de l’intérêt musical et historique https://eduscol.education.fr/chansonsquifontlhistoire/Carillon-de-Vendome. Elle fut écrite pour compter l’espace réduit aux mains de Charles VII, dit "le roi de Bourges", celui qui précède le moment de la reconquête grâce en particulier de Jeanne d'Arc.

Pour connaisseurs Aucune illustration

Adam Craponne

Note globale :

Par - 690 avis déposés - lecteur régulier

690 critiques
23/09/20
Municipalités communistes en 2020
https://d3n8a8pro7vhmx.cloudfront.net/pcf/pages/12034/attachments/original/1593629444/listemun2020.pdf?1593629444
Notons la conquête de Commentry, sur la droite, par un proche du PCF. Ce fut la première municipalité socialiste au monde et qui resta dans le giron de la SFIO en 1920
690 critiques
24/09/20
1920: le congrès de Tours et la naissance du parti communiste français
https://www.youtube.com/watch?v=_RRWC9YcU68
272 critiques
28/09/20
Le Parti communiste français se félicite de l’élection de Marie-Claude Varaillas en Dordogne, Gérard Lahellec dans les Côtes-d’Armor, Jérémy Bacchi dans les Bouches-du-Rhônes, et de la réelection Céline Brulin dans la Seine-Maritime. La présence des communistes est ainsi renforcée au Sénat avec 2 sénatrices et sénateurs supplémentaires dans les Bouches-du-Rhône et la Dordogne.
https://www.pcf.fr/actualite_elections_s_natoriales_le_pcf_progresse_avec_deux_s_n
Par contre au niveau de la syntaxe, il n'y a pas de progrès, au contraire. Le sens de la seconde phrase ne correspond pas à l'idée à exprimer
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