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Génération 68

Génération 68
La Lauze239 pages
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Avis de Adam Craponne : "Réhabiliter l’action du PCF en mai 68, une mission pas si impossible… au moins au pays de Jacquou le croquant et en compagnie de Jean-Paul Salon"

Jean-Paul Salon nous délivre son message, on se laissera convaincre ou pas. Une chose est certaine c’est que l’absence d’une population étudiante en Dordogne à l’époque évite nombre de conflits et qu’un dialogue entre lycéens, enseignants, paysans et ouvriers a pu s’instaurer. 

En 1958 pour les législatives, la SFIO n’est plus depuis longtemps à l’avant-garde du prolétariat aussi elle se dit l’avant-garde de la Ve République, ce qui est très nettement moins révolutionnaire. Si l’auteur ignore l’information précise que nous donnons par contre il en porte très bien le contenu. Notons toutefois qu’au passage il fait un anachronisme  puisqu’il parle du fait que le général de Gaulle est investi le 1er juin 1958, comme président du Conseil (ce sera le dernier de la IVe République) par 42 voix venus de la FGDS (comprendre du parti SFIO). Ajoutons qu’a contrario 49 députés socialistes votent contre le gouvernement de Gaulle et que les absentions des élus SFIO à l’Assemblée nationale se comptent sur les doigts d’une main ; ceci alors que le secrétaire général de la SFIO est  ministre d’État  dans ce gouvernement.   

Rappelons que la FGDS, coalition des radicaux valoisiens d’alors, de la SFIO et de quelques mouvements divers se réclamant du socialisme réformateur, est née le 1er octobre 1965. Elle se donne dans un premier temps pour objectif de soutenir, avec l’appui du PCF, la candidature de François Mitterrand à l’élection présidentielle de décembre de la même année. Notons PCF et FGDS présentent ce dernier comme fils de cheminot, jouant sur le fait que le père de Tonton  (l’origine viendrait d'un nom de code que portait l'ancien Président pendant la Seconde Guerre mondiale) était employé à la maintenance avant de devenir ingénieur à la Compagnie de fer de Paris à Orléans, ceci à la Belle Époque.

La particularité de la Dordogne est que de 1962 à 1968, elle compte trois députés de gauche très à droite. Le radical Georges Bonnet (ministre des Affaires étrangères au moment des accords de Munich en 1938) et Robert Lacoste ont à la fois voté l’investiture du général de Gaulle au printemps 1958 et sont restés Algérie française, le troisième député FGDS est Louis Pimont qui doit tout à Robert Lacoste et a été le collaborateur de ce dernier lorsque Lacoste était Gouverneur général de l’Algérie. Finalement le plus à gauche des députés de la Dordogne avant les évènements de Mai 68 pourrait bien être le gaulliste Yves Guéna…  Le PSU, dit réformiste par Jean-Paul Salon, mais aux yeux de certains en 1968 au moins aussi (voire nettement plus)  révolutionnaire que le PCF ne semble pas avoir réussi à s’implanter dans ces terres laïques même s'il a justement comme secrétaire départemental  le très laïc Maurice Voiry, candidat aux législatives en 1968 comme deux autres camarades à lui.

En fait c’est toute la vie politique en Dordogne de 1958 à 1969 qui est retracée ici ; cela en portant à la connaissance des évènements nationaux. Ceci amenant d’ailleurs  une autre inexactitude page 178 à savoir que Giscard d’Estaing n’appelle pas à voter oui au référendum de 1969 mais indique qu’il ne votera pas oui. Ce qui ne veut pas dire que les Républicains indépendants de la Dordogne n'aient pas charcuté les propos de leur leader national pour lui faire dire ce qu'il n'avait pas dit.  

Toutefois l’essentiel du contenu de l’ouvrage n’est pas là et l’auteur commence en particulier par dresser un portrait économique, social et démographique de la Dordogne pour l’année 1968. Il est bon de noter que, si un cinquième des Français sont alors dans l’agriculture, pour le Périgord on monte au tiers. Sont rappelées les luttes sociales qui ont animé le département dans les années soixante.

Après un rappel bref des évènements parisien de début mai 1968, on attaque page 83 le récit des mouvements de grève et manifestations qui les relaient en Dordogne. Certains vibreront à la lecture de ce que rapporte avec brio Jean-Paul Salon qui domine parfaitement son sujet, faisant preuve d’une érudition vulgarisatrice de très bon aloi. On retiendra comme significatif ce commentaire sur l’action du PCF localement et nationalement :

« C’est donc bien sur le terrain de la remise en cause globale du régime qu’il se situe dans un mouvement qu’il qualifie comme une explosion du mécontentement accumulé au cours des dix dernières années » (page 130).

Le ressaisissement des forces conservatrices, derrière la bannière du gaullisme se fait à Paris comme on sait le 30 mai 1968 et le lendemain à Périgueux avec 8 000 manifestants dont Joséphine Baker. Reste que Mai 68 a sûrement été le chant du cygne pour la CGT et que le PCF au niveau national s’est coupé de la masse des étudiants. La jeunesse protestataire saura s’en rappeler…    

On se doit de remercier l’éditeur d’avoir accepté d’intégrer une très riche iconographie, de proposer une bonne vingtaine de pages de biographies sur les principaux acteurs locaux de Mai 68 (bien que l’on puisse regretter l’absence des leaders enseignants qui jouèrent un rôle non négligeable) et la dizaine de pages de repères chronologiques au niveau national pour la période allant de 1958 à 1969. Bref un joli pavé … de 239 pages !       

Pour tous publics Beaucoup d'illustrations

Adam Craponne

Note globale :

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