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Le Gard dans la guerre 1939-1945

Le Gard dans la guerre 1939-1945
De Borée 452 pages
1 critique de lecteur

Avis de Alexandre : "Père Gard est collaborateur; Père Gard est agitateur"

L’ouvrage fait un tableau du Gard à la veille de la Seconde Guerre mondiale, pointant en particulier l’importante minorité protestante de ce département dont est issu le président de la République Gaston Doumergue. Une part non négligeable des parlementaires en sont eux-mêmes originaires, en fait quatre sur neuf. Le PCF a pu conquérir deux sièges de député et est à la tête de quelques municipalités ; un de ces parlementaires l’instituteur Fernand Valat (également maire d’Alès) rejoint la Collaboration par le biais du Parti ouvrier et paysan  français de Marcel Guitton. Comme ce dernier, mais seulement des les jours qui suivent le débarquement en Provence. La façon,  dont sont perçus localement les évènements qui conduisent progressivement à la Seconde Guerre mondiale, est contée.

Photographie non proposée dans ce livre

Vient ensuite la vie de cet espace bien ancré à l’arrière durant la Drôle de guerre. L’union nationale se fait en excluant les communistes restés fidèles au virage du parti consécutif du Pacte germano-soviétique et il est bon de rappeler combien la répression est féroce, à l’encontre des militants du PC,  sous le gouvernement Daladier. L’Exode amène 150 000 réfugiés dans le Gard. Les auteurs poursuivent en évoquant les mesures discriminatoires prises par le gouvernement de Vichy en particulier contre les juifs et les réactions d’opposition, prises par de nombreux responsables du culte calviniste, à l’initiative  du pasteur Marc Boegner installé à Nîmes en septembre 1940.

Dans la fonction publique l’épuration est sévère à l’encontre des francs-maçons et syndicalistes, l’inspecteur d’académie Don Sauveur Paganelli est révoqué ; il sera un temps préfet à la Libération. Est évoqué le devenir des étrangers allemands ou espagnols opposants à la dictature sévissant  dans leur pays. Les gitans, nombreux dans ce département, sont interdits de déplacements voire internés en Arles pour certains.

C’est Angelo Chiappe, frère de l’ancien préfet de police de Paris, qui devient préfet du Gard et qu’il le restera jusqu’en février 1944 ; il se montrera un acteur zélé de la politique du gouvernement de Vichy (entre autre pour le STO) puis obéira fidèlement aux directives des Allemands après novembre 1942. Ce sont 10 700 soldats de la Wehrmacht, dont 2 158 à Nîmes, qui s’installent dans le Gard. C’est  en faisant preuve de "dignité courtoise" que ce préfet appelle à accueillir les Allemands lorsqu’ils envahissent la zone sud. Il est le père de l’historien Jean-François Chiappe qui sera un temps vice-président du Front national. On apprend que le gouvernement de Vichy abroge le 27 août 1940 le décret Marchandeau qui punissait l’injure et la diffamation par voie de presse, les journaux reprenant donc des faits et gestes attribués à des personnes dites d’origine juive. Un triste, mais détaillé tableau, est fait de l’ensemble des mesures qui frappent les juifs. Celles-ci se concluent par des rafles et le rôle de la jeune CIMADE (créé dans l’univers du protestantisme) est approché dans son aide aux israélites. Dans le Gard, sur 380 juifs déportés 12 ont survécu.

On dispose d’un long exposé sur les moyens de propagande du nouveau régime et une revue est faite des Gardois qui s’engagent dans la Révolution nationale et des milieux qui lui sont hostiles. La dégradation des conditions de vie fait que l’adhésion au régime reste limitée. Dès les 24 et 25 novembre 1942 à Alès on manifeste contre l’envoi en Allemagne de mineurs dans le cadre du STO. Il est bon de rappeler que dès 1940 les communistes s’opposent immédiatement au régime de Vichy, tout en étant toujours sur l’idée de guerre entre deux impérialismes, coincés par la signature du pacte germano-soviétique. Sans préciser beaucoup lesquelles, on évoque des actions de la milice contre les maquis ; cette dernière semble forte de 700 hommes officiellement mais seuls la moitié d’entre eux désirent en découdre, les autres étant devenus membres pour des raisons non idéologiques. Les opérations des troupes allemandes contre les maquis et en particulier en février 1944 celle de la 9e Panzerdivision SS Hehenstaufen sont assez développées. Est proposée une évaluation des forces des maquis avant l’exposé des évènements qui conduisent à la Libération de Nîmes le 23 août. Le 31 août à Bagnols-sur-Cèze, se rencontrent le général de Lattre de Tassigny et le commandant Vigan-Braquet dont une partie des troupes est incorporée le corps franc dans la Première armée française qui atteindra Ulm fin avril 1945.

On ne dispose pas d’index des noms de personnes et de lieux et cela est fort regrettable. J’aurais aimé être certain que n’est pas malheureusement évoqué  le paléontologue et préhistorien fort connu Emmanuel Passemard devenu conservateur du muséum d’histoire naturelle de Nîmes qui fut chef de la Milice dans cette ville (personnalité évoquée dans Le chardon et le bleuet de Janet Teissier du Cros) et que n’est pas signalé un ancien communiste, bien connu de nous, qui paiera ses actes de propagande vichyste auprès des mineurs d’une rafale de mitraillette le rendant aveugle jusqu’à la fin de ses jours (il est mort à la fin des années 1980). Une quinzaine de pages est consacrée à l'Épuration.

Photographie non proposée dans ce livre

Pour connaisseurs Quelques illustrations

Alexandre

Note globale :

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