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La terre, l’or et le sang. L’année 1917

La terre, l’or et le sang. L’année 1917
SPM 419 pages
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Avis de Alexandre : "1917, les cartes sont rebattues !"

Il s’agit des actes d’un colloque tenu, à l’ICES de La Roche-sur-Yon, fin 2017 et on peut vraiment féliciter les contributeurs et l’éditeur d’avoir offert environ six mois plus tard les actes. Les textes les plus intéressants touchent les pays étrangers.

Les contributions concernant la France sont parfois moins originales à nos yeux, ayant tendance de plus, à l’occasion, à prendre comme vérité d’évangile ce qui est écrit dans L’Action française et en particulier par Léon Daudet. Ainsi peut-on s’autoriser de parler de relations de Malvy « avec des espionnes au service de l’Allemagne » en n’en citant qu’une qui ne l’était pas le moins du monde. Ce n’est pas parce que Hélène Berry dite Nelly Béril est accusée d’être un agent autrichien par celui qui voyait dans les panneaux publicitaire Kubb, sur le territoire français, des moyens d’informer les soldats allemands, qu’il faut reprendre sans précaution cette affirmation (page 185). Hélène Berry n’a jamais été d’origine autrichienne (voir la réponse du curé du Vésinet à Daudet à ca sujet) et n’a jamais été espionne.  Léon Daudet voyait des informateurs partout sauf dans son journal et pourtant L’Action française commet une quasi trahison en ne respectant pas les indications données par la censure et en publiant un article qui révèle que les Français ont percé le nouveau codage allemand utilisé entre l’Espagne et la France (1917 de Jean-Yves Le Naour, page 381). Quant à prendre dans un livre de Léon Daudet le contenu de la condamnation de Malvy, cela n’a de sens que si on l’a met en regard des termes employés par la Haute Cour.

Par contre la contribution portant sur des dimensions économiques et en particulier sur la question des prix agricoles en France et en Allemagne (page 57) ne manque pas de cachet. En plus de cette communication de Serge Schweitzer, on a d’autres textes autour de certains aspects financiers comme "L’économie de la guerre totale : L’exemple de la France (1914-1918)" et "Les débuts de la controverse anglo-américaine sur les dettes de guerre".  On relèvera de Renaud Maeltz, un texte fort complémentaire à la biographie de Laval dont il est l’auteur. D’après  Jean-Pierre Deschodt, la carte d’identité est instituée en France en avril 1917 et ne concerne au départ que les étrangers.

Kerenski apparaît bien apparaît bien maladroit dans ses manœuvres pour garder le pouvoir en août 1917 et on sait que les défaites militaires russes vont miner son autorité et entraîner la prise de pouvoir des bolcheviks. Le colloque se devait d’inviter Stéphane Courtois pour évoquer Lénine et la révolution d’octobre, ce dernier définit ce qu’il appelle le premier régime totalitaire par quatre caractéristiques : monopole du parti-État et terreur de masse (page 237).    

Au sujet de l’Allemagne, il est capital de comprendre que la chute de Bethmann-Hollweg se traduit par une dictature militaire pour le gouvernement du Reich. Le nouvel empereur d’Autriche-Hongrie semble bien manquer de constance dans son désir de mettre fin au conflit.  Ce qu’il faut bien apprécier ce sont les communications autour des Balkans ; sont en effet originales et bien charpentées les textes autour de l’alliance germano-bulgare par Charlotte Nicollet, de la Serbie dans la guerre vu sous l’angle diplomatique, des projets croates de réorganisation de la double-monarchie, de l’incendie de Salonique sous la plume de Nicolas Pitsos.

Cette dernière ville, devenue grecque, vit ses dernières années de multiculturalisme, la communauté israélite est alors la plus nombreuse (elle subira un pogrom au début des années 1930) et les Turcs, bien que dans une proportion bien moindre qu’avant 1912, sont encore très présents (ce ne sera plus le cas après la signature du Traité de Lausanne en 1923). Elle ne compte que environ 12% de chrétiens et d’origine diverse.  Cet incendie amène à des transferts de propriété entre juifs et grecs. Charlotte Nicollet se charge de nous faire comprendre que les ambitions territoriales de la Bulgarie sont largement contestées par ses alliés et pire que l’Empire ottoman entend récupérer le territoire qu’il a dû céder à ce pays en 1912. De plus la situation alimentaire est devenue catastrophique pour ce pays qui espérait une guerre courte, ce que rend impossible la décision de Berlin et de Vienne de lui demander ne pas violer les frontières grecques pour chasser les armées alliées de Salonique. Comme les Allemands et les Autrichiens assurent l’équipement et le ravitaillement de l’armée bulgare, Ferdinand Ier n’a qu’à s’incliner. Salonique n’a plus qu’à poursuivre son rôle de nid d’espion qu’un film français de Georg Wilhelm Pabst, avec de grands comédiens français des années 1930, rappelle.

La situation en Pologne est complexe, avec la création d’un proto-état et d’une petite armée qui lui est propre. On sait que l’Italie est entrée dans le conflit après s’être fait promis beaucoup et qu’une bonne partie de sa population était hostile à la guerre. Frédéric Le Moal montre combien en 1917 la situation économique et sociale se dégrade dans la péninsule, ce qui l’amène d’ailleurs à une crispation sur ces buts de guerre qui pesèrent dans les négociations secrètes, menées par les Alliés et l’Autriche-Hongrie, pour dégager des perspectives de paix. Stefan Wedrac aborde lui la fragilité militaire de l’armée italienne en cette même année 1917.   

Lawrence rapportait à Robert Graves, dans un courrier du 28 juin 1927 que lors de négociations Pichon se leva, cita Saint Louis et les prétentions de la France sur la Syrie en raison des Croisades.  Fayçal répondit alors : « Mais, pardonnez-moi, ces croisades, qui de nous les a gagnées ?». Des journalistes, souvent catholiquees, comme René Bazin (par ailleurs romancier), étaient persuadés que, les Turcs vaincus, la France mettraient sous son contrôle nombre de régions, lieux d'action des Croisades (voir Aujourd’hui et demain: pensées du temps de guerre). Aussi lira-t-on avec un particulier intérêt, afin de voir comment les Anglais prennent déjà toutes les choses en mains au Proche-Orient, les textes de Tancrède Josseran "La révolte arabe : l’Empire trahie" et celui de Gérard Hocmard "1917 : les Britanniques en guerre au Moyen-Orient". Mis-à-part la contribution sur les affiches de guerre, il y a peu de textes illustrés.

   

Pour connaisseurs Peu d'illustrations

Alexandre

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