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La Turquie dans la Grande Guerre : De l’empire ottoman à la république de Turquie

La Turquie dans la Grande Guerre : De l’empire ottoman à la république de Turquie
SOTECA 284 pages
1 critique de lecteur

Avis de Alexandre : "Qu’allaient-ils faire dans cette galère de guerre mondiale ces Turcs?"

Ce livre manquait non seulement par rapport à l’histoire de la Première Guerre mondiale mais également afin de mieux appréhender dans quelles conditions se fait le massacre des Arméniens, la prise du pouvoir des Jeunes Turcs en 1908 puis de Mustafa Kemal (héros de la Bataille des Dardanelles) en 1920 et la remise en cause totale trois ans après sa signature d’un des trois traités clés qui ont clos la Première Guerre mondiale. De façon plus générale on approche les évènements qui mirent fin à un Empire ottoman dont se revendique l’actuel Président de la République turque (et ancien Premier ministre) Recep Tayyip Erdoğan.

Lorsque se déclenche la Première Guerre mondiale, la Turquie ottomane n’est plus qu’un pays du Proche-Orient, avec en plus une fenêtre en Europe autour de Constantinople (territoire qu’elle a un peu agrandi là entre la Première et la Seconde Guerre balkanique). Elle a perdu son dernier pied-à-terre africain à savoir la Libye en 1912 au profit de l’Italie et presque toute sa partie européenne qui restait quasiment figée depuis le Traité de Berlin de 1878 (l'Autriche-Hongrie obtient là le droit d'occuper la Bosnie qu’elle annexe en 1908). Plus d’un million de réfugiés arrivent vers 1913 d’une Macédoine que se sont partagés divers jeunes états se revendiquant du christianisme orthodoxe.

En 1908 la révolution Jeune Turque démarre par une révolte de l’armée qui stationne en Macédoine. L’armée est de conscription depuis 1884 mais se pose la question du recrutement ou non de non-musulmans, la dernière réforme de l’armée date du printemps 1914 et les conseillers militaires allemands sont nombreux. Liman von Sanders (1855-1929) est à leur tête.

Les non-musulmans sont appelés mais ils ne doivent pas être plus de 10% dans chaque unité où ils servent. Ceux qui échappent à la conscription payent une taxe d’exemption du service militaire qui est fixé à deux ans.  Dès août 1914 la Turquie mobilise plus d’un million d’hommes. Elle se place au départ dans une officielle neutralité faite d’une certaine complaisance avec l’Allemagne et début septembre elle annonce l’abrogation des capitulations. Le Bagdad Bhan et l’Islam sont les clefs de la Welpolitik de Guillaume II. Berlin coupe les vivres à la Turquie et déclare que tant que la Turquie n’entera pas en guerre à ses côtés, elle ne versera plus aucune aide financière. Or la mobilisation a un coût journalier. Le système des capitulations a grevé l’économie de la Turquie, car chemins de fer, douane, poste, distribution de l’eau sont exploités par les pays européens et servent à rembourser les dettes contractées.

« La Triple Entente a déjà offert, le 20 septembre 1914, l’octroi d’un emprunt en échange de la démobilisation et du renvoi des officiers allemands et garantit l’abrogation complète de toutes les capitulations ». (page 61)       

La Bulgarie n’entrant en guerre qu’en octobre 1915, la continuité géographique entre la Turquie et les deux empires centraux n’existe pas. La Turquie craint fort un démembrement au profit des Russes et des Anglais. Cemal Pacha écrit d’ailleurs au tout début novembre 1914 : « Quand je vois tout ce que la Russie a fait pendant des siècles pour notre destruction, et tout ce que la Grande-Bretagne a fait ces dernières années, je considère la crise actuelle comme une bénédiction. Il appartient à chacun d’entre nous de vivre debout ou bien de sortir glorieusement de l’histoire ».

Cette caricature de 1915 n'est pas présentée dans ce livre

Le 29 octobre, à la demande de Berlin et sans déclaration de guerre, l’amiral allemand Souchon, avec une escadre turque, bombarde le port russe d’Odessa. En conséquence la Russie, l’Angleterre et la France déclarent entre le 2 et le 5 novembre la guerre à l’Empire ottoman.

« Le  14 novembre, le sultan-calife Mehmed Rechad appelle à la guerre juste, au djihâd, espérant soulever les populations musulmanes des colonies des pays de l’Entente ». (page 69)

Comme l’auteure l’a écrit, cet appel n’a vraiment des effets que dans une Libye conquise depuis peu par les Italiens et où la guérilla trouve un relief propice. Toutefois il donne un souffle à la pensée anticoloniale.

Au cours de la longue bataille du 22 décembre 1914 au 15 janvier 1915 vers Sarikamisch à proximité de Kars, les Turcs sont écrasés par les Russes. Les affrontements ont eu lieu en territoire arménien ou à proximité et de cette défaite turque dans le Caucase va découler le massacre des Arméniens accusés de complicité avec les Russes.

On sait que Winston Churchill se fit le protagoniste de l’expédition des Dardanelles qui se révéla désastreuse pour de nombreuses raisons, le seul succès est à chercher dans l’évacuation discrète et sans grand coût des soldats français et britanniques (au sens large car Australiens et Néo-zélandais furent nombreux). En 1915 et 1916 les Turcs attaquent la Canal de Suez et la réponse du loup anglais à la bergère ottomane est l’incitation à la révolte des tribus arabes ; on connaît le rôle de celui qui devint à cette occasion Lawrence d’Arabie. Si les Anglais échouent en 1916 en Irak armée britannique débarque et parvient à s’emparer de Bagdad en mars 1917. La "divine surprise" des deux révolutions russes permet à la Turquie d’obtenir Erdahan et Kars par le traité de Brest-Litovsk (3 mars 1918), cette reconquête dans le Caucase occidental sera conservée ultérieurement. La Bulgarie cesse combat le 29 septembre 1918 et la Turquie suit le 30 octobre.

Selon Jean-Pierre Derrienic fin 1918

« l’état du pays est effrayant. Près de trois millions d’hommes ont été mobilisés depuis 1914, 325 000 ont été tués au combat, un demi-million sont morts de maladie, et un demi-million ont déserté et vivent en hors-la-loi dans les montagnes. L’activité économique est entièrement désorganisée… » 

Odile Moreau propose une suite de chapitres bien charpentés portés par une réflexion qui s’appuie parfois sur le long terme (comme pour la fatwa retrouvant une fatwa de 1398 lors de la première guerre des Ottomans au Kosovo).   À l’intérieur de ceux-ci, elle développe une dizaine de points en deux à dix pages. Ces chapitres ont pour titre : "L’empire ottoman à l’aube de la Première Guerre mondiale", "L’entrée dans la Première guerre mondiale : les secrets d’une alliance", "Djihâd, guerre sainte et propagande", "L’armée régulière ottomane", "Les services spéciaux : Teşkilat-i-mahsusa", "En guerre sur tous les fronts", "Une guerre totale", "Le tournant de la guerre mondiale". On apprécie l’existence de deux cartes ; la première situe les principales batailles sur l’empire ottoman (page 35) et la seconde présente la fluctuation des frontières de la Turquie entre 1914 et 1923 avec bien sûr l’étape du désastreux Traité de Sèvres pour le pays (page 57).       

Pour connaisseurs Peu d'illustrations

Alexandre

Note globale :

Par - 321 avis déposés - lecteur régulier

321 critiques
19/03/17
221 critiques
11/05/17
En Israël découvertes archéologiques autour de la bataille de Megiddo opposant l'empire ottoman et allemand à la Triple-Entente en septembre 1918
https://www.i24news.tv/fr/actu/culture/144805-170509-des-artefacts-datant-de-la-premiere-guerre-mondiale-retrouves-en-israel
321 critiques
15/04/18
L’Empire ottoman pendant la Première guerre mondiale
https://www.youtube.com/watch?v=tyu-mnLashg
379 critiques
31/10/18
Le 30 octobre 1918 est signé l'armistice par lequel l'empire ottoman se retire de la guerre contre la Grande-Bretagne et ses alliés.
https://www.herodote.net/histoire/evenement.php?jour=19181030&ID_dossier=213
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