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Un Australien à Gallipoli

Un Australien à Gallipoli
Kramiek 72 pages
1 critique de lecteur

Avis de Alexandre : "Le roi m'a chargé de vous dire que vous aviez fait un travail spectaculaire"

Il est fort dommage que la première page qui, intelligemment montre trois cartes géographiques, en contienne une d’une exceptionnelle ineptie. Si heureusement les frontières et les côtes de la Turquie et de la Grèce sont en gros correctes pour 1914, le reste des limites en Europe relève du "grand n’importe quoi" pour tous les pays et on ne peut même pas rattraper le coup en se disant que ce sont peut-être les limites du front en avril 1915. C'est le seul défaut que je vois à cette très remarquable production.

C’est en effet, sur une "idée géniale" provenant en particulier de Churchill, lord de l’Amirauté depuis 1911, que l’Angleterre décide d’ouvrir un front en Turquie. En effet ce dernier pays est en guerre, du côté des Empires centraux, depuis la fin de l’année 1914. En contrôlant les détroits, on pourrait ravitailler la Russie en armes car elle en manque cruellement ; de plus un succès pourrait pousser la Grèce dans le conflit. L’échec de la bataille de Gallipoli va a contrario entraîner la Bulgarie dans le camp turco-germano-autrichien en octobre 1915. Ajoutons que Mustaphe Kemal, qui avait déjà combattu dans cette presqu'île les Bulgares lors des Guerres balkaniques, se fit connaître largement lors des combats de 1915 contre les Anglais et Français.

Aujourd’hui la Journée de l’ANZAC le 25 avril est, avec la fête nationale en Nouvelle-Zélande et Australie, le jour mémoriel le plus important dans ces deux pays. Ici ce sont les Australiens que nous suivons puisque les deux auteurs sont natifs de ce pays et l’un est même le petit-fils d’un soldat qui était présent aux Dardanelles. Les troupes de l'ANZAC sont également connues pour leur participation à la Bataille de la Somme de l'été 1916.

Le récit est pour le graphisme un hommage à La bête est morte de Calvo. Ce dernier décrit la Seconde Guerre mondiale pour l'Europe (avec toutefois une page sur la guerre dans le Pacifique), avec les nationalités représentées par des animaux particuliers. Ainsi les Allemands sont des loups, les Anglais des bouledogues, les Américains des bisons, les Russes des ours… De même que chez Calo, les Français de l’hexagone sont représentés par quatre animaux différents (cigognes, lapins, grenouilles et écureuils), Greg Holfeld a représenté, dans la BD Un Australien à Gallipoli, les militaires venus de Melbourne par diverses bêtes.

Si le soldat australien a droit au kangourou, par contre les gradés ont des têtes de cacatoès soufrés ou de koalas. Les Ottomans sont représentés par des caracals, des animaux proches du lynx dont le nom adapté du turc signifie "oreille noire" ; en fait ils vivent en Asie centrale (berceau des Turcs), en Iran et en Égypte ; l’auteur les a choisis aussi du fait qu’ils ont la réputation de bien marquer leur territoire. Les Anglais sont des lions, les Indiens des tigres du Bengale, les Égyptiens des chats et les Néo-zélandais des kiwis.

L’action démarre en août 1914 dans la campagne australienne, au moment où cette colonie anglaise apprend que l’Angleterre vient de déclarer la guerre à l’Allemagne, suite à l’invasion de la Belgique. Comme dans tous les territoires britanniques, au départ le recrutement des soldats ne se fait que par le volontariat. Durant toute la durée du récit d’août 1914 à décembre 1915, on suit à la fois le vécu des soldats et l’écho de la guerre perçue en Océanie. Autour de l’expédition à Gallipoli, on a à la fois un bon rendu des combats et des moments où ceux-ci cessent, en particulier pour ramasser les morts des deux côtés (ce qui donne lieu à une certaine fraternisation entre Ottomans et sujets britanniques). Si l’attaque s’est révélée comme un désastre, par contre l’évacuation est une réussite complète car elle se fait dans une très grande discrétion et par une ruse, due à un soldat, qui permet de faire déclencher (sans présence humaine) des coups de fusil en jouant sur le remplissage goutte à goutte de boîtes de conserve par de l'eau issue d'un réservoir.

Une demi-douzaine de pages documentaires s’ajoute aux soixante-cinq pages de BD. Sont représentés dans le récit Lord Kichener et dans les pages documentaires  Jim Martin qui s’est engagé à 14 ans 3 mois (en déclarant qu’il avait 18 ans) et est mort alors qu’il n’avait pas quinze ans.  L’ironie de l’histoire veut que le plus jeune Français mort au combat est Désiré Bianco, embarqué clandestinement à Marseille (d’où il était originaire) ; ce dernier est décédé à 13 ans 1 mois à Gallipoli en mai 1915, soit 5 mois avant la mort de Jim Martin. Les Français hexagonaux ou des colonies sont d’ailleurs totalement absents de la BD et dans la page documentaire on a seulement la mention de "navire français".       

coup de coeur !

Pour tous publics Beaucoup d'illustrations

Alexandre

Note globale :

Par - 358 avis déposés - lecteur régulier

358 critiques
14/06/18
Cecil Healy, né en Novembre 1881 à Sydney : un champion olympique mort au combat.
Historial de la Grande Guerre à Péronne
Mardi 19 juin 2018 à 18H30 / Café d’histoire
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