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Le Mont des Oliviers

Le Mont des Oliviers
Turquoise 256 pages
1 critique de lecteur

Avis de Benjamin : "Dans la bande des trois, Djemal était sûrement le plus respectable"

L’ouvrage est sous-titré : L’Empire ottoman et le Moyen-Orient 1914-1918. Djamal ou Djemal pacha était un des trois dirigeants de la Turquie durant la Première Guerre mondiale. En juillet 1908 les Jeunes-Turcs arrivent au pouvoir et, après la tentative du sultan Abdülhamid II de le reprendre, il dépose ce dernier en 1909. Ils le remplacent par son frère Mehmet V qui n’a plus que des fonctions de représentation. En 1908 l’Autriche annexe la Bosnie-Herzégovine et à l’issue des deux guerres balkaniques, l’empire ottoman perd quasiment toute sa partie européenne (plus la Libye en Afrique), ne gardant plus que la Thrace orientale soit près de 24 000 km2, l'équivalent d'un peu plus des trois-quarts de la Belgique actuelle.  

L’auteur est officier dans l’État-major de Djamal Pacha durant la Première Guerre mondiale et il nous donne une image positive de ce dernier. Djemal Pacha est à l’origine un militaire, en 1913 il est ministre des Travaux publics et un an plus tard ministre de la Marine. Avec Enver Pacha et Talaat Pacha, il fait partie du triumvirat qui dirige l’Empire ottoman de 1913 à 1918. Djemal Pacha se rend en France pour négocier une alliance avec les Alliés avant le début de la Grande Guerre mais il échoue car l’influence de l’Allemagne est déjà très forte en Turquie (voir Djihad 1914-1918 : La France face au panislamisme).  Durant le conflit, il commande l’armée ottomane qui tente en vain de s’emparer de l’Égypte et réprime dans la grande Syrie les rebelles arabes, y gagnant le surnom de "boucher" ; dans cet espace la famine sévit du fait du blocus anglais. Après la signature le 30 octobre 1918 de l’armistice entre les Anglais (les Français sont absents des négociations) et les Turcs, les trois pachas sont pris par un sous-marin allemand qui les amènent dans un port germanique puis à Berlin.

Djemal Pacha est jugé en Turquie et condamné à mort par contumace au début de l’été 1919 pour sa participation aux crimes perpétrés contre les Arabes. Passé au service du gouvernement afghan, il se rend en Géorgie où il est assassiné par les Arméniens Artashes Gevorgyan, Stepan Dzaghigian et Bedros D. Boghosian en juillet 1922. Le chercheur Vahakn N. Dadrian reprend les idées que Djemal Pacha avance dans ses mémoires. L’historien penche pour sur son absence de responsabilité dans les massacres des Arméniens ; Djemal pacha affirmait même qu’il avait débloqué des crédits en faveur des quelques 35 000 chrétiens dans leur ensemble (les Arméniens ne furent pas les seules victimes) déportés en Syrie. L’ouvrage Le Mont des Oliviers, entre les pages 108 et 100 veut apporter des preuves convaincantes comme quoi Djemal pacha fit un certains nombres de gestes afin que les Arméniens déportés arrivent en Syrie où, dans la mesure du possible, il leur assura une certaine protection. Notons que le petit-fils de Djemal pacha est un des rares journalistes turcs à prôner la reconnaissance du génocide arménien et qu’il n’exonère pas son grand-père de toute responsabilité à ce propos.         

Image absente de l'ouvrage

Le récit démarre de la Deuxième Guerre balkanique, où les maladresses bulgares font que la Turquie se retrouve alliée des autres nations balkaniques et peut reprendre aux Bulgares une partie de Thrace dont Edirne ou Andrinople qui était devenue turque dans les années 1360. C’est tout l’espace du Moyen-Orient que le narrateur évoque, car il s’y déplace durant la Première Guerre mondiale, il prend le train avec Enver pacha et Djamel pacha à Amman pour arriver à Médine peut-être en 1915.  

« Médine est un bazar asiatique où le religion est matérialisée et transformée en marchandise ; Jérusalem, elle, est une scène occidentale où la religion est changée en scène de théâtre » (page 96)

L’auteur résume ainsi l’action des Ottomans au Moyen-Orient entre 1914 et 1918 :

« Nous utilisâmes l’exil en Palestine, la terreur en Syrie et l’armée au Hedjaz » (page 72)

Ils pointent l’arrivée des juifs européens :

« Les maires des villages sont des juifs anglais qui portent des smokings le soir. Les filles juives allemandes aux joues roses (…) retournent des vignobles à leur village en chantant. Quant aux Arabes musulmans, ils sont au service de ces maîtres. C’est l’Arabe journalier qui presse le raisin et le juif grassouillet qui le boit » (page 100).

L’ouvrage se clôt avec la bataille de Gaza en avril 1917, l’auteur nous épargne celle d’octobre qui, après en particulier une charge de cavalerie australienne se traduit par un repli des forces turcs. On relève le catastrophique équipement en uniforme et le manque de nourriture des soldats ottomans ; le lecteur fera le parallèle avec les offensives allemands d’avril 1918 en France ; les soldats à la fois se réjouissent de mettre la main sur des stocks de nourriture et en prennent un sacré coup dans le moral en voyant combien les conditions matérielles du soldat ennemi sont bien meilleures que les siennes. Pour l’anecdote, Falih Rifki Atay note que les troupes ottomanes, ignorantes du rôle de dentifrice, l’ingurgitent en appréciant son goût mentholé. Certains seront surpris de voir qu’en avril 1917, les Anglais ont déjà des chars en Palestine.

Incontestablement cet ouvrage est un document précieux car il permet de comprendre comment jusqu’à l’automne 1917 les Turcs font face à l’armée anglaise et aux préparations d’insurrection des populations arabes. Le contenu ne nie pas les malheurs infligés aux Arméniens mais il laisse entendre que toutes les autorités turques n’en furent pas complices. On apprcie l'index des lieux, des noms de personne et les nombrgéographiques de bonne taille.

Femme arménienne tatouée par des proxénètes syriens (image absente de l'ouvrage)

 

 

Pour connaisseurs Quelques illustrations

Benjamin

Note globale :

Par - 332 avis déposés - lecteur régulier

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04/11/17
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