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Israël et le génocide des Arméniens

Israël et le génocide des Arméniens
Sigest 311 pages
1 critique de lecteur

Avis de Alexandre : "Au Proche-Orient, on plantait un dattier là où était enterrée une victime de mort violente, ce fut le cas pour Avshalom Feinberg"

L’auteur est un historien et essayiste israélien qui a dirigé le service pédagogique de Yad Vashem ; il est né en 1945 en Palestine et une première version anglaise de cet ouvrage est parue en 1995. Toutefois le contenu de cet ouvrage a été actualisé et mentionne même des faits qui ont eu lieu en 2016.

On sait qu’Hitler en parlant de son désir d’exterminer les Polonais (et non les juifs) avançait que ce crime serait oublié comme l’était à l’époque le massacre des Arméniens.  Le premier chapitre de la première partie, après l’introduction, essaie de dégager des parallèles, autour de la notion de génocide, entre l’extermination des juifs et les massacres des Arméniens (car ceux-ci furent nombreux et on sait que ceux en particulier de 1894-1896 firent des milliers de morts et d’exilés).

Le second chapitre met en exergue les juifs qui au tout début du XXe siècle s’insurge des traitements faits aux Arméniens dans l’Empire ottoman. C’est le cas du Nîmois Bernard Lazare qui s’oppose, et pas que sur ce point d’ailleurs, à Theodor Herzl qui fait des ronds de jambe au sultan Abdülhamid II (comme il en fait aux autorités tzaristes) qui a donné son nom aux massacres dits "hamidiens" de 1894-1896.

On passe ensuite au réseau d’espionnage pro-anglais Nili et en particulier  à un de ceux qui le dirige Avshalom Feinberg, né en Palestine en 1899 et mort en 1917, dans le désert du Sinaï, tué par des bédouins. Dans un de ses courriers, il se dit bouleversé du génocide des chrétiens arméniens par les Turcs de 1915 et il rédigea un rapport sur la question qu’il adressa à Henrietta Szold. D’après lui, si les juifs sont épargnés en 1915, c’est grâce à la protection des USA qui sont encore un pays neutre. Il prévoit que si la Russie subit encore des défaites les pogroms reprendront dans ce pays.  

On découvre, dans le troisième chapitre, qu’une tentative d’alliance arabo-judéo-arménienne contre les Turcs  se dessine à partir de 1917. On suit l’évolution des choses en passant évidemment par les accords Skyes-Picot et la déclaration Balfour et on entend un membre du gouvernement britannique déclarer :

« Notre souhait est que les pays arabes appartiennent aux Arabes, l’Arménie aux Arméniens et la Judée aux juifs » (page 141)  

Vers l’Orient compliqué, arriver avec des idées si simples, n’est pas sans risques comme l’Histoire le prouvera. Ceci nous amène au chapitre suivant qui évoque Gabriel Bagradian, un citoyen français d’origine arménienne, surpris en Cilicie par la déclaration de guerre de la Russie, l’Angleterre et la France à l’Empire ottoman entre le 2 et le 5 novembre 1914. La Turquie aurait pu rester neutre mais l’Allemagne a mis de gros moyens pour la faire passer dans son camp, envoyant fin octobre une escadre turque bombarder le port russe d’Odessa, sans déclaration de guerre et sous le commandement de l’amiral allemand Souchon. C’est un juif Werfel qui a raconté dans l’Entre-deux-guerres, par le biais du roman Les 40 jours du Musa Dagh, la résistance de villages arméniens du sandjak d'Alexandrette, sous le commandement de Gabriel Bagradian. La flotte française évacuera vers Port-Saïd en septembre 1915 une part de la population de ces villages. Musa Dagh se traduit par "la montagne de Moïse". L'ouvrage de  Werfel est paru en 1933, année de l'arrivée au pouvoir d'Hitler.

L'évacuation des Arméniens du Musa Dagh sur un navire de guerre français en septembre 1915

Avec des annexes très intéressantes présentant des textes phares se clôt cette première partie. La seconde traite du rapport qu’entretiennent l’état d’Israël et les Israéliens avec le génocide arménien. Et l’on va voir que selon l’idée qu’"un Juif vivant est plus important pour nous qu’un Arménien mort" (page 250), l’état d’Israël et les juifs américains (influant sur les décisions du Congrès américain) ne tiennent pas à froisser une Turquie et un Azerbaïdjan dont les relations sont bien meilleures avec Israël qu’avec nombre de pays arabes.  En 2015-2016 on n’a pu faire aboutir la reconnaissance du génocide arménien par la Knesset qui a renvoyé ce sujet à une décision du Comité de l’éducation. Ce dernier était pour que ces massacres soient mis en avant mais le ministère des Affaires étrangères s’est opposé à tout changement de l’attitude d’Israël sur la question d’un prétendu holocauste des Arméniens.  L’ouvrage est très largement illustré et aucun éditeur, qui publie des ouvrages historiques aussi intéressants, ne nous fait jamais un tel plaisir.    

Pour connaisseurs Beaucoup d'illustrations

Alexandre

Note globale :

Par - 361 avis déposés - lecteur régulier

1 critique
03/10/17
Excellent. Oui, malgré le soutien d'intellectuels juifs, comme S Klarsfeld et B H Levy en France à la cause arménienne, l'Etat d'Israël joue perso et oublie le continuum entre le génocide des Arméniens et la Shoah, et la communauté de destins...
671 critiques
25/04/19
Le refus d'Israël de reconnaître le génocide arménien est indéfendable
http://www.slate.fr/story/176208/israel-reconnaissance-genocide-armenien
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