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L'empire ottoman et l'Europe

L'empire ottoman et l'Europe
Tempus / Perrin 807 pages
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Avis de Xirong : "Une Turquie plus européenne et une Europe plus turque que l'on ne croit"

Les Balkans furent, sous domination ottomane, pendant environ un demi-millénaire et des espaces appartenant à l’Europe dans le Caucase ou le sud de l’Ukraine le furent pendant plusieurs siècles. Il y eût un contact direct entre les monarchies chrétiennes et les univers musulmans dominés par les Turcs soit par terre soit par mer pendant plusieurs siècles. Par ailleurs, on sait que, jusqu’au milieu du XIXe siècle, les plus fidèles serviteurs des souverains de Constantinople étaient des chrétiens d’origine (parfois convertis certes). Le nom d’Istanbul ne date que de 1930 et celui grec de Constantinople se maintint pendant exactement 1 600 ans. N’oublions pas que dans un ouvrage, appartenant au patrimoine mondial de la littérature, traduit en français pour la première fois par Théophile Gautier en 1854, sous le titre suivent Le Baron de Münchausen surnommé le Baron de Crac ou La Fleur des Gasconnades allemandes, le héros combat puis sert les Ottomans ( voir http://www.crdp-strasbourg.fr/je_lis_libre/livres/Burger_AventuresEtMesaventuresDuBaronDeMunchhausen.pdf)

Illustration, autour du Baron de Münchausen, non présente dans ce livre

Aussi est-il bon de se pencher sur un ouvrage, paru pour la première fois en 2009 sous le titre assez long de Le Turban et la stambouline. L'Empire ottoman et l'Europe. Rappelons, que moins connu que le terme "fez" désignant un chapeau, le mot "stambouline" renvoyait à l’uniforme des fonctionnaire turcs. Le livre a reçu le Prix du Livre d'Histoire de l'Europe, décerné par un jury d'historiens européens.Dans son édition de 2017, c'est Soliman le magnifique qui est en couverture.

L’ouvrage se propose de retracer les relations entretenues par les Ottomans avec l’Europe. Celles-ci démarrent en 1345 quand le prétendant, qui deviendra empereur de Constantinople de 1347 à 1355) fait appel à l’émir ottoman Orhan pour triompher de ses concurrents au pouvoir. À la suite de quoi, il donne une de ses filles à son allié musulman et à partir de là de grignoter quelques espaces, d’abord dans les Dardanelles, pour y implanter des garnisons turques.

En 1371 à la bataille de la Maritsa (au sud-ouest d’Adrianople) et en 1389 à Kosovo Polje les Ottomans défont dans le premier cas les Serbes, Bulgares et Byzantins et dans le second cas d’ailleurs les Serbes, Albanais (on les oublie bien souvent, mais pas notre auteur), Bosniaques, Croates, Hongrois et d’autres à l’exception des Byzantins. À partir de cette date la progression des Turcs est plus ou moins rapide mais quasi constante jusqu’à ce qu’ils retrouvent devant Vienne d’abord en 1529 et 1683. On sait toutefois que dans les Balkans des seigneurs tel que Vlad Dracul en Valachie, continuèrent à mener la guerre aux Turcs. Ce prince chrétien qui mit en échec Mehmed II est entré dans la littérature sus le nom de Dracula.  

Jean Le Meingre, dit Boucicault rejoint à Montbéliard (à la limite de la Franche-Comté et de l’Alsace), alors aux mains du dernier comte de l'illustre famille de Montfaucon, les troupes franco-bourguignonnes qui mènent le combat, sous les ordres du roi de Hongrie Sigismond,  dans le cadre d’une croisade contre les Turcs. Elles perdennt ce combat lors de la bataille de Nikopolis (sur les bords du Danube en terre bulgare) en 1396. En 1480 les Ottomans pillent Otrante en Italie après que ses murs aient été pilonnés sans cesse par leur artillerie ; les habitants sont tous massacrés ou réduits à l'esclavage. La ville reste aux mains des Turcs de la mi-août à la mi-septembre de l’année suivante et c’est le conflit entre le prince Djem ou Zizim et son frère (le futur sultan Bajazet) qui facilite cette reconquête.

Les débuts de la scandaleuse alliance entre la France et la Turquie sont racontés dans le cinquième chapitre et c’est l’occasion de rappeler que le prince Djem ou Zizim, fils de Mehmed II qui s'empare de Constantinople, est enfermé au château de Bourgagneuf dans la Marche (aujourd’hui en Creuse), entre 1486 et 1488. Son lieu d’emprisonnement, à savoir la tour Zizim, est aujourd’hui classé monument historique.  Ce dernier meurt à Capoue et les raisons de sa mort (voire le nom de son meurtrier) n’étant pas livrées par Jean-François Solnon, on peut examiner les diverses hypothèses recueillies ailleurs que dans cet ouvrage. Une pneumonie a pu l’emporter mais il aurait pu être empoisonné soit par les Hospitaliers pour qui il n’était plus d’aucun intérêt, soit par son barbier turc à la demande de son frère le sultan Bajazet II.  

L’empire byzantin se mettant à recruter des mercenaires turcs, ces derniers ont le droit de pratiquer leur religion, aussi dès la fin du XIVe siècle, il y a une mosquée dans Constantinople. « Les innombrables faits d’armes qui jalonnent la chronique entre chrétiens et Ottomans n’excluent donc ni moments de paix, ni complicités coupables, ni spectaculaires reversements d’alliance relevés de mariages entre sultans et princesses chrétiennes » (page 45).

Jean-François Solnon est un Franc-comtois et on sait que nombre de natifs de Franche-Comté servirent les Habsbourg d’Autriche ou d’Espagne qui combattirent les Ottomans. Le plus célèbre est le cardinal de Granvelle conseiller de Charles Quint jusqu’en 1558 puis de son fils Philippe II de cette date à 1586 (année de la mort du cardinal). C’est d’ailleurs lui qui monta la coalition de divers états européens qui déboucha sur la victoire de Lépante en 1571, comme l’auteur l’évoque page 249.

L’alliance entre François Ier et Soliman le Magnifique eut pour conséquence entre autre le siège de Nice par les Ottomans et les Français en août 1543, sous la direction de Barberousse sur mer et du comte d’Enghien sur terre. Une lavandière Catherine Ségurane arrache un étendard vert frappé d'un croissant d'or planté à la tour Sincaïre, elle brandit son battoir à linge avec lequel elle tua un janissaire et elle parvint à galvaniser la résistance niçoise. Les assiégeants franco-turcs échouèrent donc ce 15 août (fête de l’Assomption) et se retirèrent les 8 et 9 septembre 1543 devant l'arrivée des troupes impériales conduites par le duc de Savoie Charles III avec le marquis napolitain Del Vasto.

Toutefois  on ne reste pas ici que dans l’histoire des combats et on découvre les échanges qui découlèrent des relations entre les Ottomans et les diverses puissances européennes. Les verreries et l’horlogerie étaient des cadeaux diplomatiques très prisés par les Turcs. Or il fallait bien quelqu’un de compétent pour les réparer, ceci explique la présence de 1705 à 1711 à Constantinople d’Isaac Rousseau qui, à son retour à Genève, procréa Jean-Jacques.

Illustration, autour dune céramique turque, non présente dans ce livre

Découverte par les Ottomans sur le plateau central asiatique, la tulipe passa en Occident très vraisemblablement par l’intermédiaire du seigneur flamand Ogier Ghislain de Busbecq né en 1522 en Flandre méridionale (donc dans la France d’aujourd’hui)  et décédé en 1592 à Saint-Germain-sous-Cailly  en Normandie. Il était en Turquie l’ambassadeur de l’empereur Ferdinand Ier de Habsbourg. Il envoya des bulbes à son ami Charles de l’Écluse, alors à Vienne qui, devenu professeur de botanique en 1593 à l’Université de Leyde, les popularisa largement (toutefois la tulipe n’était pas inconnue aux Pays-Bas lorsqu’il y arrive). Devenu ultérieurement secrétaire d'Élisabeth d'Autriche, Ogier Ghislain de Busbecq l’accompagna pour son mariage avec le roi de France Charles IX en 1570.

Par ailleurs le dernier duc de Lorraine Stanislas Leszcynski s’était exilé en Turquie à l’hiver 1712 à la fin de printemps 1713 ; Il commence par baptiser sa nouvelle résidence à Zweibrücken, sous le nom d'origine turque "Tschifflick" puis, devenu duc de Lorraine, popularise l’architecture, les décors intérieurs et les jardins à la turque dans son château de Lunéville.

D'autre part, on sait que les institutions turques régulièrement se modernisèrent en prenant des exemples sur l’Occident et ceci dès le sultan ottoman Selim et jusqu’à évidemment Mustafa Kemal. Cet ouvrage couvre 600 ans d’histoire et il est d’une extrême richesse culturelle.

Pour connaisseurs

Xirong

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