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La grande mer: Une histoire de la Méditerranée et des Méditerranéens.

La grande mer: Une histoire de la Méditerranée et des Méditerranéens.
Champs histoire/ Flammarion1089 pages
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Avis de Adam Craponne : "Méditerranée c'est une fée qui t'a donné ton décor et ta beauté"

Cet ouvrage était d’abord paru en anglais sous le titre The Great Sea dans l’année 2011. Pour l’introduction, l’auteur indique qu’il a identifié cinq cycles auxquels il consacre chaque fois une partie. « La Première Méditerranée a sombré dans le chaos autour de 1200 avant Jésus-Christ, soit le temps supposé de la chute de Troie. La Deuxième Méditerranée a vécu jusque vers 500 après Jésus-Christ. La Troisième Méditerranée aémergé peu avant d’être confrontée à une crise sans précédent due à la Peste noire, en 1347. La Quatrième dut affronter la concurrence grandissante des puissances atlantiques puis leur domination, qui prirent fin avec l’ouverture du Canal de Suez, en 1869. La Cinquième-et-dernière Méditerranée devint le passage obligé vers l’Océan Indien et finit par trouver une surprenante identité dans la seconde moitié du XXe siècle » (page X).

Il semblerait que l’auteur puise ses racines familiales dans la communauté des juifs livournais chassés d’Espagne au XVIe siècle et d’Oran (colonie espagnole alors) en 1667. Ils sont invités par le grand duc de Toscane à s’installer à Livourne devenu port franc à la fin du XVIIe sicle. Une dispora s’installe en divers endroits de l’Amérique et de la Méditerranée (ils sont assez nombreux principalement à Alger, Tunis et Sousse). Aussi ne s’étonnera-t-on pas que David Abulafra accorde régulièrement quelques pages au destin des juifs sur le pourtour méditerranéen, et on peut se réjouir qu’il aborde un tel thème.

Il indique ainsi page 302 que les juifs d’Alexandrie avaient perdu leur citoyenneté romaine sous Caligula et que l’empereur Claude leur restitua. Il rappelle par ailleurs les nombreuses révoltes juives dans les deux premiers siècles de l’ère chrétienne ; cela eut pour conséquence une nette augmentation de la diaspora et le passage de la religion de l’autorité des prètres et grands-prètres (issus des mêmes familles) à celle des rabbins. Au milieu du XVIe siècle, un évènement qui déstabilisa les fidèles de la religion juive sous l’Empire ottoman. L’aventurier Sabbataï Tsevi, originaire de Smyrne, se proclama Messie mais face à sa potentielle mise à mort en cas de maintien de ce discours, il se convertit à l’islam.

Une attention est portée pages 370 et 371 à la situation de Gaza au début du Ve siècle. Cette cité avait gardé alors une population majoritairement païenne. Manichéens, juifs et Samaritains y étaient également assez présents. Les habitants de Gaza étaient si peu favorables au christianisme que les églises ne pouvaient être construites dans la cité même et étaient situées à l'extérieur des murs dans le port de Maïouma. Les ordres de destruction des temples des idolâtres y étaient restés lettre morte. Ceci n’échappa pas au philosophe néoplatonicien Porphyre devenu évêque de Gaza en 393 et à l’archevêque de Constantinople Jean Chrysostome. En 402, à leur instigation, des troupes impériales furent envoyés dans cette cité et durant dix jours tous les temples furent incendiés. Les ruines du Marneion (consacré à la divinité locale bienfaitrice Marnas) firent place à l'Eudoxiana, une grande église consacrée le 14 avril 407.

Pour chaque chapitre les propos de l’auteur se centrent sur une demi-douzaine de cités (an nom renouvelés), leur situation géographique est présentée dans des cartes successives de l’espace méditerranéen élargi à celui de la Mer Noire. On est notamment surpris d’apprendre que l’Epidamnos des Grecs devenu la Dyrrachium des Romains et la Durrës des Temps modernes fut la deuxième ville de l’Empire byzantin au milieu du Moyen Âge. Devenue ottomane seulement en 1501, elle fut la capitale de l’Albanie de 1913 à 1920. Sa prise en 1185 par Guillaume II roi de Sicile, attisa notablement les dissensions entre Byzantins et monarchies de l’Europe occidentale. Cela déboucha sur la prise de Constantinople par les Latins en 1204. Les Vénitiens tirèrent un grand nombre d’avantages commerciaux suite à la chute de cette dernière cité mais cela fut éphémère car marchands pisans, gênois et catalans revinrent en force dans la Méditerranée orientale une cinquantaine d’années plus tard. C’est l’ensemble de la Méditerranée qui est victime des pirates jusqu’au début du XIXe siècle.

Pour connaisseurs Peu d'illustrations

Adam Craponne

Note globale :

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