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Le Portugal et Venise

Le Portugal et Venise
L’Harmattan196 pages
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Avis de Alexandre : "Le Portugal pays de la saudade et Venise cité des mythes"

Voilà un ouvrage qui globalement relève de l’histoire et de la psychologie sociale ; il est d’ailleurs sous-titré Une étude en psychologie collective appliquée.  On sait que, dans le nord de l’Espagne, apparut le royaume chrétien des Asturies qui faisait face aux territoires conquis par les Sarrazins à partir de 711. Pélage fonde ce royaume en remportant sur les Maures la bataille de Covadonga qui se déroule pendant l'été. C’est le début de la Reconquista,  et Vímara Peres devient en 868, par ses exploits et la volonté du roi Alphonse III des Asturies, le premier comte de Portucale.  

Descendant du roi de France Robert II le Pieux (fils d’Hugues Capet), le comte Afonso Henriques (mort en 1185) se proclame roi du Portugal en 1139 ; le royaume est reconnu par le pape Alexandre III en 1179 ce qui lui consacre une légitimité. Michèle Bompard-Porte met en doute l’existence de la bataille d’Ourique en 1139 ; toutefois ce qui est important c’est que la signature de roi de Portugal apparaît en 1139 dans des documents.

En 1249, l'Algarve (le sud du pays) est reconquis sur les musulmans et le pays a quasiment les frontières d’aujourd‘hui sur le continent. Michèle Bompard-Porte dit qu’il faut également tenir compte de la date de 1385, année de la bataille d’Aljulbarrota. La victoire anglo-portugaise permet d'éteindre les prétentions de la Castille (pour deux siècles)  sur le royaume de Portugal. La maison d'Aviz ou dynastie jeanine est fondée par un frère illégitime du roi Ferdinand.  

On relève que : « L’expansion coloniale puis l’exploitation des colonies avait fait de Lisbonne une ville aussi cosmopolite que Venise. (…) Une élite de savants de toutes origines, chrétiens, musulmans, juifs, avait travaillé, notamment autour de la cartographie » (page 35).

On peut suivre l’auteure sur l’idée que les rois du Portugal se donnent depuis le départ une mission d’évangélisation et que cet objectif est réactualisé régulièrement. Le premier pogrom date de 1506 (suite à une épidémie de peste) et l’inquisition est installée en 1547 (avant le rattachement du Portugal à l’Espagne qui date de 1580). Selon l’auteure, de nombreux biens sont confisqués au profit du roi, de la haute noblesse et du clergé. Pour se débarrasser de l’occupation espagnole, la nouvelle dynastie portugaise des Bragance a dû s’appuyer sur Richelieu et l’Angleterre. Cette dernière exerce une certaine tutelle sur le Portugal depuis cette époque. D'après Michèle Bompard-Porte, les classes dirigeantes s’enrichissent à différentes époques mais l’argent est dépensé (parfois de façon somptuaire) sans que l’économie du pays ne se développe.

Aveiro, la Venise du Portugal (image absente du livre)

L’auteure évoque les réformes menées par le marquis de Pombal destinées à restreindre l’influence du clergé et de la haute noblesse pour favoriser la bourgeoisie ; elle rappelle également dans quelles conditions et avec quelles conséquences se passe la Première invasion du Portugal par les armées napoléoniennes. Notons un joli lapsus page 50 où elle évoque le roi des Asturies, alors qu’il s’agit du roi d’Étrurie ; Napoléon vient d’annexer le petit royaume italien de Charles-Louis de Bourbon à l’Empire français, aussi dans le plan du Partage du Portugal en trois parties, l’extrémité nord-ouest doit revenir à ce dernier pour constituer  le royaume de Lusitanie septentrionale. Une fois de plus, les Anglais interviennent mais on sait combien, en grignotant nombre de colonies portugaises, ils le firent payer ultérieurement. À un moment où naissait une opinion publique, la soumission du pays à l’ultimatum anglais qui prive le Portugal de l’espace entre l’Angola et le Mozambique est vécu comme un drame national reflétant l’humiliation imposée.

 Sur les rois portugais, Michèle Bompard-Porte fait porter quasiment l’origine de tous les malheurs :

« Les dynasties successives avaient abandonné les Portugais, d’ailleurs elles étaient incestueuses, hispaniques, parricides, fratricides, etc., folles, et pour finir en fuite » (page 53).

À ses yeux la République ne fait pas mieux, du fait de querelles intestines et du refus des notables de cette dernière de chercher un appui dans une classe ouvrière, qui se tourne en partie pour cela, vers l’anarchisme. On sait que Salazar, nommé en 1928 ministre des finances, va imposer progressivement au pays une dictature qui ne prend fin qu’en 1974 (quelques années après sa mort). Pour les dernières décennies, où l’émigration est redevenue très importante, Michèle Bompard-Porte écrit que : « l’afflux des capitaux européens a en partie été capté par de nouvelles cliques prédatrices, plutôt qu’utilisé à bon escient » (page 153).

La seconde partie de l’ouvrage est consacrée à Venise, avec un long développement autour de l’arrivée et du rôle des reliques. On retiendra en particulier ceci :

« L’histoire au long cours de Venise frappe par la constance de la politique commerciale : il s’agit de s’enrichir non grâce au seul commerce : il s’agit de s’enrichir non grâce au seul commerce, mais grâce au monopole du commerce – qui permet d’imposer les prix et prélever des droits de douane » (page 108)

« Au contraire des Florentins et des Génois, les Vénitiens n’ont pas été des banquiers très inventifs, mais autant que possible, des commerçants monopolistes. (…) Il convient de considérer les Vénitiens comme des guerriers marchands, ou des marchands guerriers » (page 109).   

Pour connaisseurs Aucune illustration

Alexandre

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