Ecrire un avis

Laïcité: défense et illustrations

Laïcité: défense et illustrations
Revue politique et parlementaire233 pages
1 critique de lecteur

Avis de Benjamin : "S’attaquer à la laïcité, c’est non seulement s’en prendre à une histoire lointaine, mais au-delà c’est miner de l’intérieur notre cohésion en tant que Nation (Arnaud BENEDETTI et Vincent DUPY)"

Il s’agit du numéro 1114 d’avril-juin 2025 de la "Revue politique et parlementaire". Après un éditorial de deux pages puis un présentation en trois pages de ce dossier par Arnaud Benedetti (le rédacteur en chef de cette revue), l’historien Jean Garrigues et Daniel Keller ancien membre du Conseil économique, social et environnemental, suivent une petite quinzaine de contributions. On trouve, pour la partie du dossier, dans l’ordre:

Le principe de laïcité en profondeur historique par Éric Anceau.
Le compromis laïque de 1905 : un aboutissement politique et parlementaire inespéré par Christophe Bellon.
La Laïcité en France et la liberté de conscience par Blandine Kriegel.
Pourquoi la laïcité ne fait-elle pas consensus aujourd'hui ? Éclairages sociologiques par Céline Bryon-Portet.
Contribuer à une nouvelle politique éducative en faveur de la laïcité à l'école de la République: l’action du Conseil des sages de la laïcité (2018-2025) par Dominique Schnapper.
Le sport nouveau maillons faible de la laïcité ? par Médéric Chapiteaux.
Pourquoi faire de la laïcité une valeur de santé publique ? par William Dab. La laïcité et l’entreprise ou comment l’économie doit contribuer au respect de nos valeurs démocratiques par Patrick d’Humières.
Liquidité contre laïcité par Jean-Pierre Denis. « La laïcité est une conquête de l’esprit humain » par Ghaleb Bencheikh.
La laïcité induit-elle une obligation de discrétion dans l'espace public ? par Daniel Keller.
La laïcité à la française, une exception transposable ? par Valentine Zuber.
La laïcité n'est pas en crise, elle est mise à l'épreuve chaque jour par Frédéric Masquelier.

L’éditorial rappelle que Jean-François Colisimo avait montré dans son ouvrage "La religion française: Mille ans de laïcité" paru en 2019 que « la Monarchie s’est elle-même construite dans un État multiséculaire de tensions avec l’Église en général et la papauté en particulier pour forger une conception pré-laïque de la cité » (page 1). Cette idée se retrouve chez Éric Anceau à la fois dans l’ouvrage "Laïcité, un principe: De l’Antiquité au temps présent" et dans la première contribution de ce numéro de revue. Il évoque ici notamment aux recherches de Mohammed Ibn Najiallah sur les premières apparitions du mot "laïcité" qui remontent au début du XVIe siècle, toutefois les phrases ce dernier tire d’écrits d’Antoine Loisel (voir https://blogs.mediapart.fr/mohammed-ibn-najiallah/blog/100425/la-laicite-dans-la-litterature-ancienne-decouverte-archivistique). Sans préciser dans quelle phrase, ni dans quel ouvrage, on peut tirer ce mot, Éric Anceau le ramène à 1587; on devine qu’il s’agit du livre "De l’Université de Paris: et quelle est plus ecclésiale que séculière". Après avoir avancé que la loi du 15 mars 2004 constitue la première grande modification de l’esprit de la loi de 1905, l’auteur conclut qu’avec la loi du 24 août 2021 on passe à une laïcité offensive et proactive.

Christophe Bellon évoque les conditions de vote et d’application de la loi de 1905. Du texte de Blandine Kriegel, on retiendra la dernière phrase: « La République ne peut renoncer à associer sa diversité à la poursuite de l’unité » (page 35). Céline Bryon-Portet penche qu’il faut choisir entre la laïcité inclusive du type multiculturaliste sur le modèle américain ou opter pour une laïcité gallicane renforçant les mesures de neutralisation religieuse couplée à une politique résolument assimilationniste. Une voie moyenne mécontenterait un plus grand nombre et déboucherait sur une côte mal taillée. Avec l’option prise d’une laïcité gallicane un important travail d’instruction et d’éducation autour de la laïcité doit être entrepris dans l’enseignement secondaire.

Dominique Schnapper présente les textes produits par le Conseil des sages de la laïcité, après avoir décrit les conditions qui ont amené à la naissance de celui-ci. Médéric Chapiteaux rappelle la règle 50 de la charte du Comité international olympique qui interdit toute propagande politique, religieuse ou raciale. Elle pointe la diversité régnant entre fédérations sportives agréés dans l’application des valeurs de la République. Elle craint que le sport ne soit plus un vecteur d’unité mais devienne un levier de fragmentation.

William Dab ne pose pas la question des signes religieux mais s’interroge sur les valeurs. Il écrit: « dans une vision humaniste de la santé publique, la lutte contre le racisme, l’oppression et les discriminations est un objectif de santé publique » (page 60). Il poursuit: « la laïcité n’est pas une entreprise anti-identitzire, elle respecte les identités dans leur pluralité sans accepter que certains imposent leur domination. En cela ce devrait être une valeur cardinale de la santé publique en régime démocratique. (…) Une santé publique laïque prône l’émancipation et la liberté de jugement comme productrice de santé et lutte contre toutes les formes de dépendance » (page 62).

Patrick d’Humières évoque la discrimination positive en usage aux USA. Lui aussi associe laïcité et valeurs démocratiques et pense que l’entreprise doit promouvoir celles-ci. Jean-Pierre Denis avance que l’autorité de l’État est contesté, que des vagues de populisme montent et que l’individualisme relativise tout. Les interdits légaux existent mais ne peuvent rien contre les dynamiques prosélytes. La laïcité s’ajuste face à une société où les demandes sont multiples.

Ghaleb Bencheikh est président de la Fondation de l’Islam de France; il se prononce pour une approche laïque, humaniste et éclairée de l’islam. Pour lui le port du voile n’est pas un devoir canonique. Il vise deux dérives de l’islam ; la première est la radicalité l’autre le marché du spirituel où on se bricole sa propre religion en ajoutant au socle sunnite par exemple un peu de soufisme et une pincée de kabbale.

Daniel Keller conteste le fait que la loi de 1905 porte en elle l’idée de ne pas exprimer sa religion dans l’espace public. Ce sera nos valeurs qui amèneront à modifier éventuellement de nouveaux contours de discrétion religieuse. Pour lui l’importance numérique de la population musulmane dans l’hexagone amènera de nouveaux questionnements qui trouveront difficilement des réponses acceptables par le plus grand nombre.

Valentine Zuber revisite le paysage de pays occidentaux au regard de leur façon d’y faire vivre la liberté de conscience et de culte, la neutralité de l’État et l’égalité des citoyens. Elle relève que dans de nombreux pays européens existe un financement des cultes mais qu’il y également des pays sur divers continents qui ont un modèle séparatiste.

Frédéric Masquelier est maire Les Républicains de Saint-Raphaël mais aussi avocat. Il évoque comment il forme ses agents territoriaux la laïcité, fait appliquer les lois et en particulier celle contre le séparatisme qu’il juge « bien faible pour endiguer le problème ». Il souligne que la France est culturellement et structurellement héritière de la civilisation judéo-chrétienne.

D’autres articles ne sont pas inclus dans le dossier. Deux d’entre eux ont toutefois rapport avec la laïcité. Le premier est "Les Français, entre méfiance à l’égard de l’Islam et franc rejet de « l’islamisme »" par Philippe Guibert. La philosophie et les conclusions d’un sondage sont commentés. Il y est question en particulier de ce qui est perçu comme pratiques modérées ou radicales dans l’islam par la population hexagonale. Il est noté que pour le seul électorat de la France insoumise, le port du voile est perçu comme un signe de pratique modérée de la religion musulmane. On trouve également la reproduction d’un article "Laïcité et laïcisme" par Philippe Luc-Verbo ; cette contribution est parue dans la "Revue politique et parlementaire" en juillet 1952, donc assez peu de temps après le vote des lois Barangé et Marie de financement de l’enseignement privé. Le gaulliste de gauche Philippe Luc-Verbon vante les qualités des deux systèmes et appelle à une réconciliation entre les plus modérés du camp laïque et les moins intransigeants partisans de l’école privée.

On relève par ailleurs la contribution « Georges Mandel aurait toute sa place au Panthéon » par Antoine Mordacq. Rappelons que Mandel est chef du cabinet civil de Georges Clemenceau lorsque ce dernier est président du conseil entre 1917 et 1919. Il devient député de la Gironde en 1919 et, sauf une interruption de 1924 à 1928, l’est jusqu’en 1941. Si l’article mentionne bien son passage au ministère des colonies, il n’est pas précisé ce qui suit. Mandel signe les décrets des 16 janvier 1939 et 6 décembre 1939, qui régissent les relations entre les Églises et l'État dans la majorité des colonies. Ces textes permettent à toutes les sensibilités religieuses de bénéficier d’une aide publique.


 


 


 

Pour connaisseurs Aucune illustration

Benjamin

Note globale :

Par - 615 avis déposés - lecteur régulier

Connectez-vous pour laisser un commentaire
Vous aussi, participez en commentant vos lectures historiques facilement et gratuitement !

Livres liés

> Suggestions de lectures sur le même thème :
> Du même auteur :
> Autres ouvrages dans la même catégorie :