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Brève histoire de la Russie

Brève histoire de la Russie
Flammarion320 pages
1 critique de lecteur

Avis de Patricia : "Ce n’est pas le passé qui nous domine. Ce sont les images du passé. (George Steiner)"

Cet ouvrage est paru en version originale en anglais en 2020 ; en français il est sous-titré Comment le plus grand pays du monde s’est inventé. Alors que l’on célèbre le deux centième anniversaire de la mort de Napoléon le 5 mai 1825, l’on voit des ouvrages évoquer le pays à l’origine de sa chute, à savoir la Russie. Non seulement est présentée de manière détaillée la Campagne de Russie mais également une histoire globale de la Russie ou d’un de ses monarques.

Max Galeotti propose de dresser un portait impressionniste de ce pays, en regardant comment son identité propre s’est construite à travers différences influences venues tant de l’Europe centrale ou occidentale que de l’Asie. Dans son introduction, l’auteur écrit que la Russie a toujours un regard sur ses frontières au demeurant jamais fixées de façon assez définitive.

Max Galeotti construit son ouvrage autour de cinq parties : Cherchons un prince qui puisse réger sur nous, Pour nous punir de nos péchés, une tribu inconnue est venue, Autocratie, par la volonté de Dieu, L’argent est le nerf de la guerre, Je serai autocrate : c’est mon métier, Orthodoxie, autocratie, génie national, La vie s’améliore, camarades, la vie s’améliore, La Russie, à genoux, s’est relevée.

Chaque section est introduite par une photo très intéressante et on peut notamment découvrir qu’au parc Pobedy est installé un monument qui montre trois défenseurs de la Russie : un guerrier médiéval s’étant heurté aux Mongols, un fantassin ayant combattu la Grande Armée de Napoléon et un soldat soviétique de la Seconde Guerre mondiale.          

En fait comme pour la France l’histoire de ce pays commence véritablement avec sa christianisation, avec toutefois une différenciation qui n’est pas de paille puisque la conversion de Clovis se fait autour de 500, alors que celle de Vladimir date de 988.  Ce dernier jette les bases d'un État puissant et centralisé, s’appuyant sur le christianisme byzantin. Toutefois une amorce de pays apparaît avec le Danois Riourik qui n’était que prince de Novgorod de 862 à 879. Son successeur Oleg le Sage fit de sa capitale Kiev, cette cité avait été conquise en 864. Par la suite, dans ses heures de gloire,  la Rus’ s’étendit de la Carélie jusqu’à une petite fenêtre sur la Mer noire. Notons que nous savons  par nous-même qu’une certaine Anne de Kiev, fille d’Iaroslav le Sage (grand prince de la Rus’ de Kiev de 1016 à 1054) épouse Henri Ier troisième roi de la dynastie des Capétiens.             

Comme chez les Mérovingiens, avec les Riourikides ou Rurikides, les règles de succession ne sont pas fixées et cela entraîne bien des conflits ou partages entre prétendants au trône. Lorsque les Mongols arrivent au XIIIe siècle, la Rus’ est fragmentée en diverses principautés qui luttent entre elles et font face à diverses incursions étrangères. La Horde d’or va s’imposer et ce n’est plus à Kiev mais à Moscou que va renaître un état russe.  Chaque évènement important mis en exergue par Max Galeotti est prolongé par une réflexion sur ses conséquences dans la mentalité russe et l’esprit de Poutine.

Ainsi page 53 l’auteur avance que les visions de Poutine, héritées de la période médiévale (mais pas seulement car par exemple les Tatars de Crimée s’approche de la capitale russe en 1571 et les Polonais ont pris Moscou en 1610 ) sont celles d’une Russie assiégée et que seule l’unité permet de faire face, toute opposition au pouvoir étant antipatriotique.  

Les Romanov ne règne qu’à partir des débuts du XVIIe siècle et avec leur arrivée « un ramassis  hétéroclite et souvent meurtrier de mercenaires cosaques, de marchands-aventuriers adonnés au commerce des fourrures et d’aristocrates clairvoyants » se lancent dans l’exploration de la Sibérie (page 136). Durant ce XVIIe siècle se pose la question de savoir jusqu’où l’occidentalisation de la société russe peut aller alors qu’elle accueille de très nombreux étrangers notamment des artisans allemands et hollandais. Notons que Patrick Gordon, un Écossais catholique ne semble pas, selon la version russe de wikipédia, avoir été précepteur du futur Pierre Ier, comme l’indique Max Galeotti page 138.

Cependant  Patrick Gordon joua un rôle dans la répression de la révolte des streltsy, des hommes à charge héréditaire composant une  infanterie de métier permanente. Ceci interrompit le premier voyage de Pierre le Grand en Europe durant les années 1697 et 1698 ; il ne put alors venir en France et ce n’est qu’en 1717 qu’il se rendit à Paris  (voir https://www.youtube.com/watch?v=k4-9UmOAh08). On apprécie d’avoir régulièrement des cartes, c’est le cas page 153 avec la Grande ambassade de Pierre.

Sur la question de l’occidentalisation, l’auteur pointe page 178 que Catherine II prend le pouvoir sur une ligne russe orthodoxe en renversant du trône son mari Pierre III admirateur de la Prusse. Nous approuvons entièrement le contenu du texte intitulé "Des lumières pâlottes ?" au sujet des actions de cette dernière. En matière de politique étrangère, une des phrases de cette impératrice porte bien l’esprit permanent de conquête de ce pays : « Pour défendre mes frontières, je n’ai pas d’autres choix que de les étendre » (page 187).

Les petits-enfants de Catherine II profitèrent comme elle de l’assassinat du tsar légitime pour monter successivement sur le trône. On aurait pu préciser que le complot est largement à l’instigation de Londres dont les intérêts vont en effet à l’encontre des dernières orientations en matière de politique étrangère de Paul Ier. On a vu tout au long de cet ouvrage que le nombre de souverains russes assassinés est loin d’être négligeable. Toutefois échoue le coup d’état de décembre 1825 où certains officiers, ayant vécu souvent l’occupation de la France de 1815 à  1819 (les troupes russes sont présentes sur une bande allant de Paris à Sarrebourg, en passant par Reims et Nancy), prennent les armes dans le but d’instaurer une monarchie constitutionnelle (pages 207-208).

Nicolas II agit pour la répression des mouvements nationaux de 1848 et pas seulement dans son empire. Avec la Guerre de Crimée, déclenchée en fait par l’occupation par les Russes de la Moldavie et de la Valachie tributaires du palais de Topkapı, la Russie a réussi à se mettre à dos toutes les puissances européennes. Nicolas II, responsable du conflit, n’en voit pas la fin et c’est son successeur Alexandre II qui signe la paix. La défaite russe entraîne des réformes dont l’abolition du servage n’est pas des moindres. Toutefois les paysans doivent acheter les terres que leur famille cultivait depuis des générations. Dans les années 1870, des groupes passent au terrorisme et Alexandre II est victime de l’un d’entre eux en 1881. Les deux derniers tsars ne sont pas favorables à une démocratisation du pays même si le dernier est obligé de faire des concessions, de nouveau c’est une guerre désastreuse (face aux Japonais cette fois) qui enclenche certaines réformes.

On apprend que la Russie mobilisa plus de quinze millions d’hommes durant la Première Guerre mondiale, mais nombre d’entre eux n’étaient pas armés, même dans les assauts (les survivants s’emparant du fusil du camarade tombé). Les causes des deux révolutions russes sont bien exposées comme leurs conséquences sur soixante-dix ans. Notons que, parce que les Russes depuis de nombreuses générations, ignore le nom de Trotski, l'auteur fait de même.

 

La dernière carte montre les sept interventions militaires à l’initiative de Poutine dehors des frontières de l’ancienne URSS  (la Guerre politique secrète contre l’Occident et l’intervention en Syrie) comme à l’intérieur de l’ancienne Union soviétique (notamment la Géorgie et le Dombass) plus la présence de forces russes à l’étranger à savoir en Moldavie (région de Transnistrie) et Géorgie. Dans cette dernière perspective il faudra maintenant rajouter le Haut-Karabagh, juridiquement en Azerbaïdjan mais sujet de dispute avec l’Arménie.

 

La question posée page 296 de la survie politique de Poutine au-delà de 2024 ne se pose plus en matière législative puisque  Poutine vient de signer une loi qui l’autorise à rester au pouvoir jusqu’en 2036. Max Galeotti termine en parlant des aspirations actuelles des Russes bien plus préoccupés par leur niveau de vie, la corruption et la liberté de parole que par le fait que la Russie ait un statut de grande puissance. Notons personnellement qu’il semblerait que la vaccination contre le covid en Russie soit un succès porté au crédit de Poutine et entraînant une certaine reconnaissance à son égard de la part de la population.

Pour connaisseurs Quelques illustrations

Patricia

Note globale :

Par - 97 avis déposés - lectrice régulière

97 critiques
19/05/21
Le Maître d’armes d’Alexandre Dumas père évoque la tentative de coup d’état de décembre 1825
https://fr.rbth.com/art/86537-personnages-russes-litterature-occidentale
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