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Octobre 1917, la Révolution en débat

Octobre 1917, la Révolution en débat
Le Temps des cerises 305 pages
1 critique de lecteur

Avis de Alexandre : "Pour le verbe russe, il y a l’imperfectif et le perfectif, notons qu'il est question là d’interruption"

L’ouvrage est sous-titré Réflexions sur la Révolution russe et ses suites et est préfacé par Christian Picquet. Avant d’ouvrir le livre, on se pose quelques questions. La première est de savoir quand a été écrit ce livre, et en particulier s’il date d’avant ou d’après 1990, si l’on sait que son auteur a été le maire de Malakoff de 1965 à 1996 et si l’on avait une idée de son année de naissance à savoir 1918. La première édition de cet ouvrage est 1998. Par ailleurs le préfacier étant Christian Picquet, on se demande s’il ne s’agit pas ici d’un membre d’une famille communiste. On découvre que ce n’est pas le cas car c’est un René Piquet et non Picquet qui fut membre du bureau politique de 1964 à 1990 et de plus Christian Picquet est un pseudonyme de l’époque où le préfacier militait à la Ligue communiste révolutionnaire. C’est donc quelqu’un qui fut trotskyste de 1968 à 2009 et a rejoint le PCF en 2015.

Pour Christian Picquet, si la Révolution d’Octobre s’est prolongée dans la terreur stalinienne c’est que les communistes ne s’imposaient pas une exigence démocratique. Il affirme ensuite que le régime répressif a été porté par une couche bureaucratique qui a éliminé les vieux militants bolchéviks.

En fait c’est l’histoire de la Russie soviétique qui est revisitée de 1917 à 1991 ; le terme d’URSS n’apparaissant que fin décembre 1922 et disparaissant fin décembre 1991. Nous avons même une piqure de rappel sur la Russie de la Belle Époque avec un mot en particulier sur la Révolution russe de 1905 (certes avortée), mais où (ajouterons-nous personnellement) Trotski devient, à l'âge de 26 ans, président du soviet de Saint-Pétersbourg. L’auteur signale toutefois la présence de ce dernier à Paris en 1915 où il édite un journaliste pacifiste en russe mais ne lui attribue pas la rédaction du Manifeste de Zimmerwald.

Le second chapitre évoque les deux révoltions russes de 1917 et il rappelle que l’option de la paix avec l’Allemagne n’était pas celle du gouvernement Kerenski qui, en référence à la situation de la France en 1792, était plutôt pour la guerre à outrance. Toutefois le gouvernement Kerenski reçoit en pleine face la décomposition de l’armée et refuse d’organiser le partage des terres. Sur la suite des évènements, on retiendra que « l’intervention des bolcheviks et de leurs unités armés avait été déterminante dans la défaite de Kornilov et la conséquence directe en fut un nouveau saut de leur influence » (page 44). Pour Kerenski, il s’agit d’une victoire à la Pyrrhus puisqu’il la doit aux bolcheviks.

Illustration absente de l'ouvrage

Si bien que l’auteur intitule son point suivant "Le dilemme : transition pacifique du pouvoir aux soviets ou insurrection" ; on sait que fin octobre (dans le calendrier julien) les bolchéviks prirent la deuxième proposition. Il me semble que le terme de "junkers"  pour les troupes qui défendent le Kremlin me semble inapproprié (page 52) mais là n’est pas l’essentiel et il est bon (pour une rare fois) qu’un auteur évoque, dans un ouvrage généraliste, ce qui se passe à Moscou au moment de la Révolution d’Octobre.

Se pose parfois la question de savoir si cette Révolution a été un accident historique, mais là n’est pas le sujet ; en fait les bolchéviks répondent sur le moment aux aspirations d’une très grande partie de la population de la Russie. Le problème est qu’en dissolvant la Constituante en janvier 1918,  le Comité exécutif des soviets « contribua à terme à compromettre toute collaboration avec d’autres forces politiques. Elle donna prétexte à de nombreux soulèvements et à la formation dans leur sillage de gouvernements se réclamant de la Constituante dans diverses régions du pays » (page 55). Léo Figuères rappelle que pour Rosa Luxembourg cette dissolution était une grave atteinte à la démocratie révolutionnaire (ce même éditeur propose d’ailleurs un livre de celle-ci qui est un regard critique sur la Révolution russe).

Les chapitres suivants s’intitulent : "1918-1921 Années terribles, guerre civile, interventions étrangères, espoirs déçus", "De la NEP à la mort de Lénine", "De la NEP au tournant de 1928", "Les premiers quinquennats, l’industrialisation et la collectivisation agraire (1928-1933) ", "De 1933 à la veille de la guerre", "L’URSS en guerre (1939-1945)", "La reconstruction, la Guerre froide, la mort de Staline", "La déstalinisation, le XXe congrès, le départ de Khrouchtchev", "D’un nouvel essor à la stagnation (1964-1982)", "Une refonte déviée de son sens", "De la disparition de l’URSS au désastre russe", "Bureaucratie et carriérisme". D'ailleurs comme le disait Troski, après 1928, on donne dans le Thermidor est éloquent le passage page 142 sur les responsabilités des répressions de 1937-1938. 

De la conclusion, on retiendra :

« Lénine, Trotski, Staline et leurs compagnons s’étaient depuis longue date attachés à la cause de la transformation socialiste de la société et, sous l’impulsion décisive de Lénine, ils ne laissèrent pas passer l’occasion unique qui  se présenta après la Révolution russe. Eurent-ils tort ou raison ? Ce qui est sûr c’est que la première expérience d’un gouvernement non capitaliste, malgré ses limites, ses déficiences et ses dérives eut durant plus de sept décennies des conséquences considérables sur la marche du monde au XXe siècle ». (pages 250-251).

Et :

« Il n’est guère étonnant que l’affaiblissement puis la disparition de l’URSS et des pays non capitalistes européens aient coïncidé avec la plus grande offensive de régression sociale des forces capitalistes des États d’Occident » (page 252).

Ainsi que :

« Dans la situation où l’État se confondit de plus en plus avec le parti unique et où celui-ci dirigeait et administrait tous les rouages de la société civile, le bureaucratisme et l’arbitraire devaient s’aggraver à tous les niveaux de l’ordre social » (page 253).

Ceci est à mettre en lien avec ce qu’écrivait  Daniel Bensaïd à la même époque :

« À l'automne 1989, le mur de Berlin est tombé dans un grand fracas historique. Champagne et Alka-Seltzer ! Champagne, pour célébrer la mort d'un cadavre dont la décomposition corrompait depuis longtemps l'atmosphère. Alka-Seltzer, parce que les gravats du mur ne nous épargnaient pas. »

Notons qu’il existe une association des Amis de Léo Figuères, alors qu’il semblerait ne pas en avoir l’équivalent pour Georges Marchais. Il est vrai que les publications au nom de ce dernier n’ont pas le souffle et les remarquables capacités de synthèse que l’on trouve dans celles du premier. Par contre, en matière de football, il paraît que Georges Marchais était un puits de science et ses réflexions relevant de l’oral, on est sûr qu’elles étaient personnelles…   

Aucune illustration

Alexandre

Note globale :

Par - 368 avis déposés - lecteur régulier

682 critiques
25/09/17
"Pierre Pascal et Panaït Istrati en Russie soviétique, 1919-1929" le 25 septembre 2017 une conférence au Musée d'histoire vivante de Montreuil (93)
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