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Le martyr de Kiev

Le martyr de Kiev
Vendémiaire284 pages
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Avis de Octave : "Saint Vladimir roi de la Rus' de Kiev, priez pour tous"

Le 15 décembre 1917, un armistice russo-allemand est signé à Brest-Litovsk et des négociations de paix s'engagent. La ligne de cessez-le-feu est proche de la ville de Kiev et après une reprise des combats, elle est occupée par les troupes germaniques suite à la signature le la paix entre l’Allemagne et l’URSS de mars à novembre 1918. Il est prévu de créer une république ukrainienne vassale de Berlin, mais après l’armistice les nationalistes ukrainiens  sont maîtres de Kiev.  

Durant l’année 1919 l’Armée rouge reprend la ville et s’y maintiennent jusqu’à fin août de la même année, les troupes blanches s’installent en cette fin d’été pour quelques semaines et le 16 décembre 1919 les Soviétiques reprennent la ville et la gardent mis-à-part un bref intermède en mai-juin 1920 où Kiev se retrouve aux mains des nationalistes ukrainiens. Bref entre 1918 et 1920, seuls les anarchistes ukrainiens de la Makhnovchtchina (de Makhno qui mourra à Paris en 1934) et un groupe de nationalistes galiciens ne pénètrent pas à Kiev. Le seul point commun entre tous ses groupes, hostiles à l’Armée rouge (commandée par Trotsky) est malheureusement de partager un antisémitisme virulent. "Le martyr de Kiev" est largement illustré de photographies et caricatures ; on retient particulièrement une photographie de personnes faméliques et Trotsky, portant autour du cou un pendentif avec l’étoile de David, assimilé à un King-Kong (avant la lettre) surplombant un immense tas de crânes humains.  

L’ouvrage met en évidence la fait que l’Ukraine a été tiraillée entre des camps devenus vite irréconciliables du fait de l’importance de leurs exactions. En six chapitres, l’auteur montre l’Ukraine est déjà ravagée par la guerre civile en 1919 et 1920 et par la famine en 1921. Rappelons que l'Holodomor est la famine qui frappa ce territoire en 1932 et 1933 et fit environ quatre millions de morts dans cette région, alors que cette famine due à la dékoulakisation fit trois autres millions de morts dans le reste de l’URSS. Durant la Seconde Guerre mondiale, l’Ukraine perd huit millions des siens et on peut estimer que le nombre d’Ukrainiens a diminué d’un tiers entre 1914 et 1945. D’autre part des groupes nationalistes poursuivirent une guérilla contre les Russes de retour jusqu’au début des années 1950.

En 1945 l’Ukraine a trouvé des frontières qui correspondent à peu près aux zones où les Ukrainiens sont majoritaires et on sait qu’en 1954 Kroutchev lui a attribué la Crimée. À la lecture de ce livre "Le martyr de Kiev", on perçoit bien les ressentiments que les Ukrainiens peuvent avoir envers les Russes du fait que leur intégration à l’URSS (avec un gouvernement aux mains des Russes) se paya très cher. Le lecteur peut se dire que le système répressif soviétique s'est fait la main en Ukraine et que le camarade Trotsky a mis sérieusement la main à la pâte.

Le Vatican ne fut pas inactif, il aurait aimé voir naître un état ukrainien qui aurait compté un nombre non négligeable d’uniates comme le rappelle Marcel Launay dans " Benoît XV 1914-1922" paru en 2014 au Cerf. On s’aperçoit en lisant en complément  "Recherches sur la France et le problème des Nationalités pendant la Première Guerre mondiale : Pologne, Lithuanie, Ukraine" paru en 1995 sous la direction de Georges-Henri Soutou, que la France (comme l’Angleterre) jouèrent un rôle trouble dans ces premières années d’indépendance. Après avoir refusé tout contact officiel avec une Ukraine vassale de l’Allemagne, elles appuyèrent bien plus les forces blanches que les indépendantistes ukrainiens ce qui fait dire au leader ukrainien Petlura qu’en misant sur le blanc, ces deux pays occidentaux favorisent le rouge (il est évident que la dernière chose que souhaitent les paysans ukrainiens est le retour du régime tzariste, et ils préfèrent à cette perspective les espoirs qu’ils mettent dans l’Armée rouge). Cette complaisance vis-à-vis de l’impérialisme russe ne serait-elle pas une constance pour la diplomatie française ? 

Pour connaisseurs Quelques illustrations

Octave

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340 critiques
30/07/15
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