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De l’attachée de presse au conseiller en communication

De l’attachée de presse au conseiller en communication
Presses universitaires de Rennes 178 pages
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Avis de Adam Craponne : "Les doreurs d’image, comme disent les Canadiens francophones"

Il s’agit d’une suite de communications, tenues  lors de la Journée d’étude en 2016 au CRULH de l’Université de Lorraine (à Nancy) pour un ouvrage sous-titré Pour une histoire des spin doctors.  Rappelons que dans le magazine M, le Monde de la semaine du 5 octobre 2013, à la page 44, Vanessa Schneider écrivait que les spin doctors  étaient : «  Ceux dont la profession est d'influencer l'opinion publique sur la personnalité et les faits et gestes d'un homme politique par des techniques de communication».

Dans l’introduction, Jérôme Pozzi avance que le story-telling et l’agenda-setting se sont imposés petit à petit. Il rappelle combien certains coups médiatiques peuvent faire flop et on se rappelle comment en organisant sa prise en charge par un automobiliste prétendu de passage, Édouard Balladur joua faux lors de la présidentielle de 1995.

Suivent les communications de Jean El Gammal (Professeur en histoire contemporaine, UL, CRULH) : « De la parole à la communication politique dans le monde anglo-saxon (années 1930 à nos jours) », Gilles Le Béguec (Professeur émérite en histoire contemporaine, Paris Ouest-La Défense ; Président du Conseil scientifique de la Fondation Charles de Gaulle) « Les journalistes dans les cabinets ministériels sous la Quatrième République », Sabrina Tricaud (Agrégée et docteur en histoire contemporaine, Centre d’histoire de Sciences Po Paris) : « La cellule de presse des Présidents : jalons pour une histoire politico-administrative, de Vincent Auriol à Valéry Giscard d’Estaing », Jérôme Pozzi (MCF en histoire contemporaine, UL, CRULH) : « Le fil d’Ariane des communicants gaullistes, de Michel Bongrand à Thierry Saussez : une histoire de famille ? », Riccardo Brizzi (Professeur de science politique à l’Université de Bologne) : « La campagne présidentielle de 1965 et les conseillers en communication », Pierre-Emmanuel Guigo (Doctorant en histoire contemporaine au Centre d’histoire de Sciences Po Paris) : « Le triomphe des communicants ? La communication des socialistes sous la présidence de François Mitterrand (1981-1995) »,  Léa Pawelski (Doctorante en histoire contemporaine à l’Université de Rouen – GRHIS) : « Les conseillers en communication de Laurent Fabius : quel rôle pour les communicants ? », Romain Mathieu (Docteur en science politique, UL, IRENEE) : « La fabrique d’un présidentiable. La prise en charge militante de la communication politique de Jean-Luc Mélenchon lors de la campagne présidentielle de 2012 », Gersende Blanchard Avant/après. Le rôle de la campagne dans la carrière des faiseurs de webcampagnes de l’élection présidentielle de 2012, Nicolas Lebourg (Docteur en histoire contemporaine, Montpellier, CEPEL) : « La fabrique du populisme: la communication du Front national »,  Nicolas Hubé (MCF en science politique, Paris I) : « Le porte-parolat du gouvernement et des ministères en Allemagne, sa longue tradition de contre-feux politique » et Didier Francfort « Conclusion- Politique, culture et communication, Quelques éléments de réflexion ».

Globalement la réflexion a porté tout d’abord sur les modes de recrutement aux responsabilités de conseiller en communication, l’évolution de leur tâche. Dans un second temps, on a essayé de mesurer les réseaux mis en branle par les spin doctors, le résultat des initiatives des conseillers en communication, les initiatives propres des candidats sans tenir compte de leur spin doctor, les raisons de fin de mission de ces derniers.     

Le passage d’une féminisation dominante à une masculinisation majoritaire du métier est mis en valeur par le choix du titre. Les discours anti-élites, fer de lance du populisme, ont repris du poil de la bête dans divers pays. Dans le choix des formules triviales, lors de la présidence du Front national par Jean-Marie Le Pen, j'ajouterai pour les législatives de 2012 (sauf erreur de date) : "donnons-leur un bon coup de pied dans les urnes".

Lors de la Troisième République, ce sont les journalistes qui servaient de propagandistes et étaient plus actifs au moment des élections législatives ; d'après notre avis, il est possible que nombre d’affiches politiques qui sont passées dans la mémoire des historiens aient été inspirés par eux. Gilles Le Béguec rappelle ces débuts en matière d’attachés de presse dans l’Entre-deux-Guerres. Il passe ensuite aux communicants de la IVe République, les partis se structurant beaucoup plus, il est plus fréquent de trouver des gens connus, en tant que militants d’un mouvement, comme conseillers en communication d’un ministre. En annexe de son article, il fournit une liste intéressante de journalistes passés par les cabinets ministériels entre 1945 et 1958. On y trouve en particulier Raymond Aron, Roger Bouzinac, Pierre Daix, Roland Faure, Claude Mauriac et Pierre Viansson-Ponté.           

Un auteur parle longuement de l’ensemble de la carrière de Thierry Sausset qui fit en particulier la campagne électorale de Jacques Chirac en 1988. Un autre texte revient sur la précampagne visant à promouvoir Gaston Deferre en 1964 en vue de la présidentielle de l’année suivante, ce fut un flop comme une citation de Roland Cayrol l'explique. Ajoutons que le maire de Marseille fut aussi victime du flou de ses soutiens. Une réflexion personnelle nous amène à rappeler que le lancement par Le Nouvel Observateur de la candidature de Ségolène Royale pour la présidentielle de 2007 ne manquait pas de ressemblance avec ce qui s’était fait plus de quarante ans avant.

En 1968 naquit l’Association internationale des conseillers politiques, ceux-ci avaient acquis en influence auprès des candidats et la campagne de Jean Lecanuet en 1965 fut la première en France à s’appuyer sur l’impact télévisuel. Dans ce même pays, à partir des années 1980, l’influence des gens issus du milieu publicitaire se détache en matière de communication politique.

Pour connaisseurs Aucune illustration

Adam Craponne

Note globale :

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