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Histoire partagée, mémoires divisées: Ukraine, Russie, Pologne

Histoire partagée, mémoires divisées: Ukraine, Russie, Pologne
Antipodes439 pages
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Avis de Patricia : "Des pays en concurrence sur le passé d’un territoire allant de l’Oder à la Volga"

L’histoire de l’espace de l’Europe orientale est complexe car elle est le fruit de l’éclatement de trois empires (Russie, Allemagne et Autriche-Hongrie), au sortir de la Première Guerre mondiale, d’importantes modifications de frontières au profit de l’URSS en 1945 et de tracés de limites changeants entre ex-républiques soviétiques. À ceci s’ajoutent les conséquences de l’existence de la Rus’ de Kiev et de la République polono-lituanienne ; ces deux pays ayant d’ailleurs chacun une durée de vie approximative de quatre siècles, mais à des époques totalement différentes, ce qui explique que ces deux entités aient pu occuper des espaces communs (notamment la Bukovine, la Galicie et la Ruthénie). Des lieux fortement liés à la mémoire d’un pays contemporain se retrouvent aujourd’hui dans un autre état. Ce ne sont d’ailleurs pas les seuls cas puisque l’on sait notamment que le mont Ararat, symbole de la République d’Arménie, se retrouve en Turquie depuis le début des années 1920 (il a fait partie du territoire de l’Arménie russe durant près d’un siècle) et que de très nombreuses cités autrefois germaniques ont maintenant, sous un autre nom, un avenir polonais, voire même russe (comme Königberg/Kalingrad).

Jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, des populations fort différentes du point de vue de la langue maternelle et de la religion cohabitaient dans une même ville et même dans certains villages. Ce n’est plus une question d’actualité pour la Pologne (alors que ce fut une grande source de tensions dans l’Entre-deux-guerres) mais est de nos jours un problème crucial en Ukraine. Ce dernier pays a non seulement connu un agrandissement spectaculaire en 1945 mais a été la seule des républiques soviétiques à connaître une modification positive de ses frontières à l’époque de l’URSS.

Cet ouvrage est composé de près d’une trentaine de contributions regroupées en quatre ensembles, à savoir "Espaces et territoires", "Évènements", "Figures", "Monuments, musées, lois et cultures mémorielles". Dans le premier groupe, on trouve une évocation de la Rus’ de Kiev et de la République nobiliaire polono-lituanienne. Cette dernière naquit en 1385 avec le mariage du grand-duc Ladislas II Jagellon (né vers 1360 à Vilnius et mort le 1 juin 1434 à Gróde) avec Edwige d’Anjou reine de Pologne, fille du roi Louis Ier de Hongrie, une des lointaines descendantes de Charles II d'Anjou , roi de Naples jusqu’en 1309 et comte de Provence, Maine et Anjou mais aussi neveu de Saint-Louis. Ce mariage se fait car Ladislas II Jagellon accepte de se convertir au catholicisme, faisant ainsi basculer les Lituaniens païens vers Rome alors que l’orthodoxie avait là un processus d’évangélisation. Rappelons par ailleurs que le duc d’Anjou, fils de Marie de Médicis, fut roi de Pologne brièvement entre 1373 et 1375 sous le nom d’Henri Ier, avant de devenir Henri III en France. D’autres souverains polonais finirent d’ailleurs leur vie en France ou aux marges de celles-ci, en raison des invasions étrangères comme Jean Casimir II Vasa au milieu du XVIIe siècle et Stanislas Ier (Leszczynski) devenu duc de Lorraine en 1737.

Les sarmates sont revendiqués comme ancêtres par la noblesse polonaise et tout un mode de vie et univers culturel en découle de la fin du XVIe jusqu’à la deuxième moitié du XVIIIe siècle dans le pays dont la capitale est alors Lublin. Aujourd’hui tant les prétendues valeurs du sarmatisme (une idée protochroniste qui justifie une identité unique) que la nostalgie des territoires de l’est fleurissent, en se gardant d’évoquer tant l’intolérance religieuse que le statut des serfs ruthéniens de cette ancienne république polonaise.

La Rous de Kiev a la particularité aujourd’hui d’être le mythe fondateur tant de l’Ukraine que de la Russie ; une remarque toute personnelle est qu’elle pourrait d’ailleurs l’être , mais ce n’est pas le cas, aussi de la Biélorussie. D’ailleurs cette dernière fut aussi une partie de la République nobiliaire polono-lituanienne et la bataille d’Orcha du 8 septembre 1514, victoire de soldats biélorusses, polonais et lituaniens sur les Moscovites, y fut célébrée assez largement peu après l’indépendance. L'histoire de la Retraite de Russie est d’autre part intimement liée à celle de la Biélorussie, en effet en 1812, l’empereur français évite l’anéantissement de son armée en franchissant la rivière Bérézina, près du village de Stoudienka. Toutefois c’est la Grande Guerre patriotique qui a progressivement servi de mythe unificateur central dans ce pays.

La christianisation de la Rous de Kiev se fit sous le règne de Vladimir qui fut baptisé en Crimée et Moscou considère que l’ensemble des Ukrainiens et des Russes constituent un seul et même peuple. Ceci n’est pas sans conséquences et a abouti à l’occupation russe tant de la Crimée que du territoire du Donbass.

Le second ensemble évoque bien des drames, dont en particulier l’Opération Vistule de 1947 qui vit des Ukrainiens, habitant l’est de la Pologne (dans ses frontières de 1945), déplacés dans les régions occidentales polonaises récemment prises à l’Allemagne. Auparavant, dans les deux sens, des transferts importants de Polonais et d’Ukrainiens s’étaient produits pour homogénéiser la population de la Pologne et de l’Ukraine. Ajoutons que, à la fin du mois de janvier 1946, des soldats du 34e régiment d’infanterie polonais, pénétrèrent dans le village de Zawadka Morochowska, peuplé d’Ukrainiens et commirent un massacre de nettoyage ethnique afin de réguler la population de la Pologne qui avait renaît de ses cendres.

D’autres évènements aux conséquences dramatiques sont évoqués auparavant dont le massacre de Polonais en Galicie devenue ukrainienne en 1945 par des nationalistes ukrainiens  de l’UPA organisation passée en opposition aux nazis, après que ses membres aient plutôt bien accueilli les Allemands et avoir bénéficié parfois de leur protection, un massacre de juifs dans un village d’Ukraine, la Grande Famine qui frappe l’Ukraine au début des années trente, le massacre des officiers polonais à Katyn (près de Smolensk).

Les personnalités évoquées dans la troisième division, le sont de manière individuelle à l’exception des cosaques zaporogues. On trouve après Bohdan Khmelnytisky, un noble polonais qui se réfugia chez des cosaques zaporogues ; il rassembla une armée de plus de 80 000 Ukrainiens (qui massacrèrent de nombreux juifs) et battit plusieurs fois les armées polonaises. Ce sont ensuite les figures de l’ancien page de la cour de Pologne Ivan Mazepas qui devint hetman des cosaques ukrainiens autour de 1700 et rêva d’une principauté autonome, Lénine dans ses rapports avec l’Ukraine, Félix Dzerjinski, Symon Petliuora qui joua un grand rôle dans la courte indépendance ukrainienne qui suivit la fin de la Première Guerre mondiale et fut accusé à tort d’avoir favorisé des pogroms, Staline avec l’idée qu’il se faisait de la Pologne, le dirigeant polonais de l’Entre-deux-guerres Josef Pilsudski, Andreï Cheptytsky métropolite ukrainien uniate de l’église et Stepan Badera nationaliste ukrainien ayant passé son temps d’adolescence dans le nouvel état de Pologne et qui ne serait pas devenu un allié de l’Allemagne contrairement à ce qui est généralement dit.

La dernière partie, consacrée aux lieux et idéologies mémorielles, se penche en particulier sur le devenir de monuments, objets et statues de l’époque soviétique, destinés à célébrer des moments d’indépendance, des événements clés de l’histoire nationale (qui peuvent d’ailleurs avoir une dimension religieuse), à des massacres ou des accidents (comme le crash à Smolensk de l’avion qui en 2010 transportait le président polonais Lech Kaczyński). Une comparaison est de plus faite entre les cultures mémorielles de l’Europe orientale et celle de l’Europe occidentale. On apprécie les nombreuses cartes de géographie historique en couleurs même si on aurait voir certaines dans des dimensions plus grandes.

VOICI LA TABLE DES MATIÈRES:

INTRODUCTION

Korine Amacher, Eric Aunoble .......................... 7

ESPACES ET TERRITOIRES ................................ 21

La Rous de Kiev (IX-XIIIe siècles)

Andreas Kappeler ...................................... 23

La République polono-lituanienne (1385-1793)

Daniel Beauvois ....................................... 39

La « Nouvelle Russie »

Denys Shatalov, Andrii Portnov .......................... 53

La Crimée

Korine Amacher ....................................... 67

ÉVÈNEMENTS .......................................... 83

Le Temps des Troubles (1604-1613)

Wladimir Berelowitch .................................. 85

Révolutions et guerres (1917-1921)

Éric Aunoble ......................................... 101

Ukrainisation

Viktoriia Serhiienko ................................... 113

La Grande Famine (1932-1933)

Nicolas Werth ........................................ 127

Le pacte germano-soviétique (1939)

Gabriel Gorodetsky .................................... 143

Katyn (1940)

Andre Liebich ........................................ 157

Le massacre de Babi Yar (1941)

Luba Jurgenson ....................................... 169

Les massacres de Volynie (1943)

Andrii Portnov ........................................ 181

Le 8/9 mai

Mischa Gabowitsch .................................... 195

« L’Opération Vistule » (1947)

Catherine Gousseff .................................... 209

Solidarno´sc´

Andre Liebich ........................................ 219

FIGURES .............................................. 227

Les cosaques zaporogues

Andreas Kappeler ...................................... 229

Bohdan Khmelnytsky (1595-1657)

Volodymyr Masliychuk, Andrii Portnov ................... 243

Ivan Mazepa (1639-1709)

Volodymyr Masliychuk ................................. 255

Lénine et l’Ukraine

Roman Szporluk ...................................... 267

Felix Dzerjinski (1877-1926)

Éric Aunoble ......................................... 281

Symon Petlioura (1879-1926)

Thomas Chopard ..................................... 293

HISTOIRE PARTAGÉE, MÉMOIRES DIVISÉES : UKRAINE, RUSSIE, POLOGNE

Staline et la Pologne

Dariusz Jarosz. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 303

Jósef Piłsudski (1867-1935)

Mariusz Wołos ........................................ 315

Andreï Cheptytsky (1865-1944)

Antoine Nivière ....................................... 329

Stepan Bandera (1909-1959)

Andrii Portnov ........................................ 341

MONUMENTS, MUSÉES, LOIS ET CULTURES MÉMORIELLES ........ 353

Mémoire et monuments

Vita Susak ............................................ 355

Europe centrale et orientale : compétitions victimaires,

histoires partagées

Paul Gradvohl ........................................ 375

Les cultures mémorielles en Europe au miroir des lois sur le passé :

une dichotomie « Est-Ouest » ?

Nikolay Koposov ...................................... 387

CARTES .............................................. 399

INDEX DES NOMS PROPRES ............................... 407

INDEX GÉOGRAPHIQUE ................................... 415

AUTEUR·E·S ........................................... 421

 

Pour connaisseurs Peu d'illustrations

Patricia

Note globale :

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