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Curieuse histoire de la médecine: la saga des héritiers de Thot

Curieuse histoire de la médecine: la saga des héritiers de Thot
Jourdan264 pages
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Avis de Patricia : "Aux grands chirurgiens, les grandes incisions ?"

En une vingtaine de chapitres, l’auteur témoigne de l’évolution de la médecine au cours des siècles et ceci pour diverses civilisations. L’auteur, en commençant par nous évoquer la Préhistoire, nous rappelle quelle fut du point de vue des maladies,  plus un âge d’or que l’on ne pense. Les Homo sapiens avaient « une alimentation variée et une nutrition de qualité. Il souffrait peu de maladies infectieuses dont beaucoup trouvent leur origine parmi les animaux domes­tiques et ne frapperont qu’à partir de la révolution agricole. Seul le chien avait été domestiqué par Homo sapiens. Ses déplacements constants en petites bandes empêchaient le développement des épidémies» (page 15). Par contre leur science médicale était courte et il semblerait qu’ils expliquaient leurs maladies par un esprit malin, voire par un sort jeté ; ceci explique que le docteur était le chamane.

On nous évoque la Bible et on nous montre que des passages de celle-ci peuvent renvoyer à une maladie possible comme le scorbut dans ce passage :

« La nuit, le mal perce mes os,

les plaies qui me rongent ne dorment pas…

Ma peau sur moi s’est noircie,

mes os sont brûlés par la fièvre » (Job, 30, 17 et 30).

Ceci amène Roger Detry à s'intéresser ensuite à Moïse Maïmonide, médecin, rabbin et philosophe anda­lou qui,  né en 1135, mourut en 1204. On lui attribue d’ailleurs la paternité d’une prière, dont nous ne donnerons qu’un extrait : « Fais que mes malades aient confiance en moi et mon Art pour qu’ils suivent mes conseils et mes prescriptions. Éloigne de leur lit les charlatans, l’armée des parents aux mille conseils, et les gardes qui savent toujours tout : car c’est une engeance dangereuse qui, par vanité, fait échouer les meilleures intentions de l’Art et conduit souvent les créatures à la mort » (page 25).     

Le Traité médical de Huang-ti (黄帝内经 Huangti Neijing) est le plus ancien traité connu de médecine chinoise ; une large place est faite à l’acupuncture. Si sa rédaction est attribuée au mythique Empereur jeune, l'ouvrage est en fait daté de quelques siècles avant Jésus-Christ. Ce livre Curieuse histoire de la médecine: la saga des héritiers de Thot prend parfois une tonalité humoristique que certains n’apprécieront pas, comme ici : « les eunuques de la Cour impériale conservaient (…) soigneusement leurs parties génitales pour pouvoir se présenter intacts dans l’autre monde. Les sinologues débattent toujours aujourd’hui de la nature du bocal de conservation (à cornichons ou à moutarde ?) » (page 30).

De la Chine, on passe à l’Inde avec Sushruta qui serait un des auteurs d’un traité de chirurgie appelé le Sushruta Samhita. En fait, à des époques différents, il y aurait plusieurs rédacteurs qui auraient enrichi successivement un ouvrage dont nous est parvenue la version élaborée au IVe siècle avant Jésus-Christ. On apprécie beaucoup ce tour des civilisations antiques qui ne manquent pas de nous conduire aussi en Égypte et au Proche-Orient. Thot, le dieu à la tête d’ibis, est le dieu du savoir : il sait et transmet. Toutes les sciences sont en sa possession ; Il connaît tout et comprend tout, d’où le sous-titre du livre. On relèvera ceci : « La médecine de l’Égypte antique associait magie, observations et connaissances empiriques. De nombreux témoignages, momies, papyrus, textes d’auteurs anciens, décrivent une Égypte terre féconde qui produit en abondance des drogues. Les unes sont des remèdes, les autres sont des poisons. Les Égyptiens utilisent les vertus curatives de certaines plantes auxquelles une discipline est d’ailleurs consacrée, appelée "chem". Les mots chimie et alchi­mie en dériveraient.» (pages 38-39). 

Né vers 130 de notre ère à Pergame (non loin des côtes orientales de la Mer d’Égée), Galien est le fils d’un architecte grec. Il vit au sein de l’Empire romain ; il est appelé par l’empereur Marc Aurèle comme médecin de son jeune fils Commode. Il entreprend de disséquer des cadavres de singes et de cochons et il eut le mérite d’avoir encouragé une approche expérimentale de la médecine. Il se fait le chantre de la théorie des humeurs ;  quand une humeur l'emporte sur toutes les autres, ou que son influence est excessive, les maladies physiques et psychiques surviennent. Le corps est  constitué des quatre éléments fondamentaux que sont l’air, le feu, l’eau et la terre possédant les qualités de chaud ou froid, sec ou humide. Les humeurs vont déterminer quatre tempéraments : le bilieux, l’atrabilaire, le flegmatique et le sanguin.

Roger Detry ne manque pas de présenter Ali Ibn Sina (Avicenne en français), né en 980 à Boukhara dans la province du Khorasan et mort en 1037 ; il vécut auprès de plusieurs émirs. À sa mort, il avait écrit environ quatre cent cinquante livres et traités en arabe, dont l’Al Qanûn fi al-Tibb (Le Canon du Médecin). Averroès n’est pas présenté, il est seulement cité comme médecin auprès de la dynastie des Almohades. Ces derniers, au Maghreb, ont favorisé la création des premiers hôpitaux qui furent construits au IXe siècle à Kairouan et à Tunis, et plus tard à Marrakech. L’origine des hôpitaux modernes pourrait cependant remonter à l’Empire byzantin. On a la trace, dans les années 370,  d’une telle institution créée par saint Basile, évêque de Césarée en Cappadoce. Avec l’avènement du christianisme, les hôpitaux se multiplient dans des bâtiments attenants  à des édifices religieux, ils sont financés par la charité et les contributions obligatoires des fidèles.

Celui que l’on considère comme le père de la chirurgie en France est largement évoqué, il s’agit d’Ambroise Paré. On lui doit un mélange, fait en particulier de jaune d’œuf et de térébenthine, qui était destiné à cicatriser les plaies ainsi qu’un traité de chirurgie. Son contemporain Vésale était au service de Charles Quint ennemi principal des souverains français que servit Ambroise Paré. Vésale « entreprit de disséquer, car selon lui seule l’autopsie pouvait confirmer la justesse des diagnostics et des traitements. Fidèle à la théorie de Galien, il était partisan des saignées, ce qui explique son intérêt pour l’anatomie des veines ».  

Le récit se poursuit par étapes jusqu’au XXIe siècle, il reste à découvrir de nombreuses singularités qui appartiennent à la grande et la petite histoire de la médecine. On peut regretter l’absence d’illustrations.     

Pour tous publics Aucune illustration

Patricia

Note globale :

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