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Laïcité, discriminations, racisme

Laïcité, discriminations, racisme
Presses universitaires de Lyon334 pages
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Avis de Benjamin : "Situations complexes à rester perplexe"

L’ouvrage est sous-titré Les professionnels de l’éducation à l’épreuve. Dirigé par Françoise Lantheaume et Sébastien Urbanski, ce titre propose une douzaine de contributions, sans compter une préface de Smaïn Laacher professeur de sociologie, une introduction et une conclusion des deux directeurs de l’ouvrage, plus des annexes qui éclairent sur les modalités de réalisation et d’analyse d’une enquête réalisée dans la seconde partie des années 2010. Celle-ci porte sur les actions et ressources mobilisées face aux questions de religions, discriminations et racisme en milieu scolaire ; sont évoqués des faits vécus dans des établissements scolaires.   

France métropolitaine et d’outre-mer, Brésil, et Suisse sont les aires géographiques concernées, toutefois chez nos voisins d’outre-Jura cette enquête n’a pas pu être menée, faute d’autorisation. En effet le sujet a été jugée trop sensible et le travail finalement mené s’est orienté vers les contenus de la discipline  "Éthique et cultures religieuses". Ont été étudiés des textes en usage et leur réception par des enseignants pour une enquête par questionnaire et des entretiens. Ceci est l’objet de la communication intitulée "Enseigner dans un contexte de neutralité en Suisse : entre ouverture à l’altérité et approches normatives". On relèvera ceci : « lorsque la laïcité est évoquée par les enseignants, celle-ci l’est en lien avec le vivre-ensemble, une définition renvoyant plutôt au modèle de la tolérance attachée  à un réel social qu’il s’agit d’harmoniser » (page 212).

Cette contribution est dans la partie "Histoire, sciences de la vie et de la terre, éthique et cultures religieuses", cette dernière propose également d’une part une réflexion autour des difficultés rencontrées dans l’enseignement de l’histoire et d’un autre côté un exposé de situations délicates en matière de cours de science. Dans la conclusion du texte autour des sciences, on trouve ceci : « À partir d’un travail collaboratif et délibératif portant sur les pratiques prudentielles, et sur les logiques qui les fondent, la formation pourrait mettre les enseignants à l’épreuve de l’altérité et de la diversité des postures et des logiques d’action individuelles et professionnelles. L’enjeu serait de leur permettre d’identifier la diversité des systèmes de représentation et de valeurs qui fonde leurs actions et leurs postures éducatives » (page 191).

La première partie de ce livre s’intitule "Conflits d’interprétations, luttes de catégorisation" ; on y compte trois articles. Le premier évoque les problèmes de racisme et antisémitisme en milieu urbain et y est relevée une exceptionnelle intransigeance des enseignants et de l’administration à propos de l’antisémitisme (jusqu’à heurter un professeur d’histoire face à une interprétation abusive, par la direction et des collègues, d’une question d’un élève). En matière de racisme, on est face à des préjugés de la part d’élèves et même ponctuellement d’enseignant. Un autre texte montre que nombre de problèmes perçues comme liés au religieux ou à la laïcité sont étouffés dans des établissements scolaires dotés d’une qualification positive afin de ne pas nuire à leur réputation et voir fuir une partie de leurs élèves issus de milieux favorisés.

Enfin on s’intéresse au Brésil, pays laïque mais bien peu sécularisé, vu l’influence qu’ont là les églises (principalement le catholicisme et la myriade évangélique). L’école publique y propose un enseignement religieux au choix des parents. La culture afro-brésilienne est influente mais elle est peu étudiée et les adeptes de celle-ci souffrent tant du racisme que de l’intolérance religieuse.  La dernière phrase est : « Les enseignants interprètent diversement la laïcité selon les contextes, mais le poids de la religion majoritaire et la porosité entre espace public et espace privé en matière de croyance dans la société brésilienne légitiment l’utilisation à l’école de logiques prosélytes ou de domination chrétienne » (page 89).  

Le second volet présente des variations locales : expressions religieuses et légitimation de la culture scolaire dans les milieux urbains défavorisés, tensions et compromis à propos des signes ostensibles dans un lycée polyvalent, expression du racisme dans des établissements scolaires secondaires en milieu rural.  

La dernière partie traite en particulier de l’enseignement privé sous contrat où les situations problématiques sont rares car la réussite scolaire est privilégiée par parents et élèves, de plus le risque d’exclusion est très possible. Par ailleurs l’administration fera le maximum pour que la discrétion s’impose pour ne pas nuire à la bonne réputation et afin que la pastorale puisse éventuellement jouer un rôle. Une contribution pose le problème de l’équilibre de l’identité laïque ou catholique d’un établissement face à certains comportements hétérodoxes de parents ou élèves.

Un texte s’intéresse à la situation des établissements catholiques à La Réunion où les problèmes se posent différemment selon que l’on soit avec un public très favorisé socialement ou pas. D’une manière générale « cela conduit les professionnels des établissements privés à se rabattre sur une conception de la diversité comme norme à la fois floue et dominante, acceptée surtout quand la diversité réelle reste peu visible et ne pose pas de problème. Les professionnels des établissements privés catholiques utilisent des stratégies de compromis et de déplacement d’une catégorie à une autre pour traiter un problème présenté comme "religieux" en le qualifiant de problème d’ordre social ou culturel, voire de santé mentale, etc. » (page 276).

De la conclusion, on retiendra particulièrement : « Les différents chapitres montrent comment différentes logiques d’action peuvent se succéder, voire s’articuler, au cours d’une même situation ou d’une séquence de plusieurs situations. La logique communautarienne peut être un tremplin vers la logique industrielle (faire réussir les élèves), la prise en compte libérale des expressions religieuses individuelles peut être liée à une (re)qualification de ces dernières en affirmation adolescente, la logique libérale peut être une façon de favoriser la logique de l’opinion (image de l’établissement, notamment dans le privé sous contrat), les logiques civile et libérale peuvent être envisagées à la suite d’actions ancrées dans un premier temps dans la logique domestique (voir les chapitres sur le racisme). En outre la justification de l’action telle qu’elle apparaît dans les entretiens n’est pas sans effet sur l’action dans des situations à venir ».  (page 293)        

Pour tous publics Aucune illustration

Benjamin

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Par - 450 avis déposés - lecteur régulier

318 critiques
12/09/23
Le Candomblé au Brésil religion Afro-brésilienne https://brazil-selection.com/informations/culture-generale/religions/le-candomble-bresil/
162 critiques
07/10/23
Brésil : des enfants issus de 7 religions racontent leur pratique de la foi dans un contexte d'intolérance https://fr.globalvoices.org/2023/09/30/282035/
162 critiques
05/01/24
L’école discrimine-t-elle ? Mercredi 17 janvier 2024, 19h00 LIMOGES Espace Simone-Veil Conférence ouverte à tous, entrée gratuite. https://www.unidivers.fr/event/espace-simone-veil-limoges-2024-01-17t1900000100/
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