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L’école et la république

L’école et la république
Lefebvre Dalloz275 pages
1 critique de lecteur

Avis de Benjamin : "Le projet républicain à l’aune des questions de laïcité ?"

Stéphanie Hennette-Vauchez est membre de la Vigie de la laïcité. Auteure d’une trentaine d’ouvrages, elle livre là son troisième titre autour de la laïcité. En effet en effet en 2014, elle cosigne (avec Vincent Valentin) L'affaire Baby Loup ou la nouvelle laïcité et en 2023 elle donne également Laïcité chez Anamosa. Son dernier ouvrage est sous-titré La nouvelle laïcité scolaire.

Dans son introduction, l’auteure écrit : « Le projet est d’analyser ensemble les transformations de l’école publique et de l’école privée et de leurs régimes juridiques » (page 12). La première partie de ce livre se nomme L’État et l’école privée de l’accommodement au contrôle; elle se compose de trois chapitres respectueusement intitulés : La loi Debré un partenariat bien accommodant, La montée en puissance du pluralisme religieux et la déstabilisation du montage de la loi Debré, La laïcité au cœur du nouveau programme normatif de contrôle de l’enseignement privé. Le second volet de cet ouvrage s’intitule La transformation de la laïcité scolaire : de la liberté à la neutralité; il se découpe également en trois chapitres, à savoir La laïcité et la libre expression des convictions religieuses à l’école, La loi du 15 mars 2004 et l’alignement de la laïcité sur la neutralité, Le nouveau régime de laïcité scolaire et la nouvelle articulation école privée/école publique.  

Dans son premier chapitre, l’auteure dresse une histoire des importances respectives de l’enseignement privé (majoritairement catholique, en dépassant 95%) et l’enseignement public depuis la veille de la Révolution en se référant à la liberté parentale du choix entre les deux types d’enseignement et à la liberté d’entreprendre (donc de créer des écoles). « D’abord liberté d’enseignement, puis liberté de choix des familles, la liberté de l’enseignement est articulée à une notion centrale : le caractère propre que les écoles privées sont en droit d’affirmer » (page 45).

Stéphanie Hennette Vauchez rappelle que le premier article de la loi Debré, repris dans le Code de l’éducation, avance que les établissements sous contrat se doivent d’accueillir « les enfants sans distinction d’origine, d’opinions ou de croyance, y ont accès ». S’il leur est interdit toute discrimination dans le choix des élèves, en fait il existe une sélection et personnellement nous connaissons un collège nîmois qui demande une lettre de motivation aux parents pour décider de l’admission en son sein. Il est évident qu’à travers la qualité stylistique de la rédaction et le choix des arguments, on peut écarter certains profils familiaux qui par exemple ne mentionneraient pas un lien existant avec une paroisse.

Stéphanie Hennette Vauchez explicite le mode de financement de l’enseignement sous contrat qui en fait ne laisse qu’un quart de son coût aux parents. Elle pointe également la possibilité d’exiger du personnel d’un établissement privé de respecter les dogmes catholiques comme celui de l’indissolubilité du mariage, ce qui peut justifier le licenciement d’un enseignant divorcé. N’est pas acceptable pourtant la pudibonderie, ajouterons-nous. Nous rappellerons personnellement que, licenciée en 2012 pour avoir joué le rôle d’une femme cougar dans un clip, une surveillante du lycée catholique de Juan-les-Pins, gagna aux prudhommes car elle avait une activité secondaire régulière de comédienne et que le contenu de la vidéo n’avait rien de pornographique. Une remarque de l’auteure précise que la loi du 24 août 2021 limite le choix de l’instruction familiale est soumise à une autorisation préalable afin de pouvoir écarter certaines motivations d’ordre philosophique ou religieuse (elle revient plus largement sur ce point autour de la page 150).

Dans le second chapitre, notre auteure s’intéresse aux particularités des écoles hors contrat, certaines se révélant d’ailleurs animées par des intégristes catholiques ou des juifs orthodoxes. La durée de l’enseignement religieux peut y avoir une place considérable, le choix des manuels ou des discours en particulier en matière d’histoire ou de non-enseignement de la théorie de l’évolution posent parfois problème (voir à ce propos https://rmc.bfmtv.com/actualites/societe/la-shoah-n-est-pas-enseignee-des-ecoles-privees-hors-contrat-pointees-du-doigt_AV-202203100251.html) et l’impasse faite sur certaines disciplines (https://www.bsmart.fr/video/16213-smart-education-emission-07-octobre-2022).  Elle évoque également le développement récent de l’enseignement privé musulman. Au chapitre suivant il est question des motifs pouvant entraîner la fermeture d’écoles hors contrat.

La question du port du voile trouve sa place au début de la seconde partie tout comme notamment la question des menus de substitution dans les cantines scolaires. Au passage, Stéphanie Hennette Vauchez pointe le fait que les élèves d’Alsace-Moselle ne doivent pas porter de signes religieux alors qu’ils suivent des cours de religion à l’école publique (pages 196-197). Plus loin, elle rappelle que le port du burkini est strictement interdit dans les cours scolaires de natation (page 208). On relève ce propos incontestable, mais qu’il est bon de mettre en évidence : « L’école publique a donc bien été le berceau, à partir de la loi de 2004, d’une redéfinition du régime de laïcité. Celle-ci s’est depuis lors, largement diffusée à d’autres sphères de la vie sociale : le lieu de travail ou l’espace public en général comptent assurément parmi les espaces sociaux où se sont multipliées, depuis le début du XXIe siècle, des obligations de neutralité religieuse plus ou moins directement articulées au principe de laïcité, selon les modalités qu’il est très intéressant d’analyser » (page 225).

Dans son dernier chapitre, Stéphanie Hennette Vauchez en rappelant notamment le cas des élèves sikhs, note que depuis la loi de 2004 l’école privée devient le refuge scolaire des jeunes refusant de renoncer à porter des signes religieux. Toutefois  certains établissements catholiques se sont vus reconnus le droit de proscrire voile ou kippa (y compris à des parents d’élève), alors que des crucifix ornent encore certaines salles de classe ou qu’à l’entrée d’une école primaire catholique du Gard on a pu voir une citation de Jean-Marie Vianney, curé d’Ars, invitant à la prière.  Dans les écoles privées musulmanes, on offre de plus un enseignement de l’arabe qui s’est raréfie dans l’enseignement public (page 237). 

Dans sa conclusion, l’auteure pointe le fait que les ratés de l’intégration (un désir notamment illustré par la Marche des beurs en 1983 et 1984) ont nourri le retour à l’identité islamique (de jeunes d’ailleurs issus de parents ou grands-parents nés dans des pays fort différents entre eux). Elle s’appuie sur des idées de Cécile Laborde, développées dans Français, encore un effort pour être républicain, pour affirmer que « plutôt que d’invoquer les principes abstraits de la grammaire républicaine (de la laïcité à l’universalisme ou l’égalité devant la loi), il importe de les confronter à la réalité des faits sociaux. Soulignant l’injustice qui caractérise le fait de requérir des individus qu’ils fassent preuve de vertus républicaines si et lorsque les conditions dans lesquelles elles sont légitimes ne sont pas réalisées, le travail de Cécile Laborde convainc que seul un retour critique sur le projet r »publicain est de nature à permettre de le (re)conceptualiser comme ferment d’une théorie républicaine de la citoyenneté » (page 250).  

Pour connaisseurs Aucune illustration

Benjamin

Note globale :

Par - 477 avis déposés - lecteur régulier

477 critiques
23/10/23
Conférence "Décembre 1905, une loi pour un droit : la liberté de conscience" par Hervé GARNIER mercredi 6 décembre à 19H (avec allocutions dès 18H). HÔTEL DU DÉPARTEMENT DE LOIRE ATLANTIQUE Salle de l'Auditorium 3 , Quai Ceineray, 44000 Nantes. S'inscrire https://www.helloasso.com/associations/comite-laicite-republique-pays-de-la-loire/evenements/9-decembre-1905-une-loi-pour-un-droit-la-liberte-de-conscience
168 critiques
11/01/24
La justice ordonne à la ville d’Étampes de retirer le terme « laïcité » placardé sur les grilles de ses écoles https://actu.fr/ile-de-france/etampes_91223/cette-ville-de-l-essonne-sommee-de-retirer-le-mot-laicite-du-fronton-de-ses-ecoles_60533547.html
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