Ecrire un avis

L’Algérie et la France: Deux siècles d’histoire croisée

L’Algérie et la France: Deux siècles d’histoire croisée
IReMMO ; L’Harmattan 2017 pages
1 critique de lecteur

Avis de Benjamin : "Le détournement aérien civil contraint par un autre avion: les Français à l’origine, vers le sol algérien, du fait du Picard Max Lejeune"

Rappelons que Max Lejeune a eu un parcours de guesdiste en 1929 à centriste réformateur en passant  par le jusquauboutisme sur l’Algérie française et qu’on lui doit, du fait qu’il fut (très brièvement il est vrai) professeur d’histoire-géographie, la création de l’Historial de Péronne dans la Somme, un département dont il fut un parlementaire pendant plus d'un demi-siècle.

L’auteur propose, en plus de l’introduction et la conclusion, quatre chapitres. Ceux-ci sont intitulés : La tradition historiographique française coloniale, Le système colonial entre politique et primat des armes, Antécédents, l’évolution historique sur la longue durée, Répliquer à l’ordre colonial : essai d’approche dialectique.  

Dans le premier chapitre, l’auteur évoque à juste raison le flot d’ouvrages ou documentaires filmés relevant de la nostalgérie.  Sur ce site on essaie de ne garder dans le lot de ceux-ci que ceux qui ont un intérêt iconographique conséquent (comme Les pieds-noirs: l’épopée d’un peuple), ce qui veut que personnellement nous évitons d’en présenter certains que nous avons pris la peine de lire (surtout quand ils font l'éloge de la torture).

Il faut bien dire que les historiens de l’époque coloniale ont construit l’histoire de l’Algérie, du Maroc et de la Tunisie aussi comme un moyen de valoriser l’élément berbère et de dévaloriser l’apport des Arabes. On discutera ce qu’avance l’auteur, à savoir que le mépris des gens du nord de la Loire pour les méridionaux (voir à ce propos La légende noire des soldats du Midi) entraîne un dédain renforcé des Français d’Algérie (très majoritairement issus du sud de la métropole) envers les indigènes. Ceci parce que trouver un fils d’optant alsacien au discours anticolonial (page 16) relève selon nous de l’aiguille dans  une botte de foin et ensuite parce que les Européens en Algérie étaient très majoritairement des descendants d’Espagnols et d’Italiens, voire de quelques Maltais en prime. Un quart de la population algérienne à la fin du XIXe siècle était non-indigène.

Dans la deuxième partie, on voit que des officiers des bureaux arabes sous le Second Empire aux officiers des sections administratives spécialisées (SAS) étaient bien autonomes et plus proches des réalités par rapport au pouvoir civil ;  il étaient souvent animés d’un paternalisme qui les amenaient à défendre les intérêts des indigènes au moins dans une certaine mesure. On mesure combien, en détournant l’avion des dirigeants algériens, les militaires français, avec l’accord nous dit-on ici de deux députés socialistes SFIO Robert Lacoste alors Gouverneur général et ministre de l'Algérie et Max Lejeune secrétaire d’État aux forces armées, vont conduire à la fin de la présence des pieds-noirs en Algérie (page 24). En fait il semblerait que Robert Lacoste n’était pas au courant et il certain que le Président du conseil Guy Mollet (un autre socialiste) ne fut pas consulté. Max Lejeune sabota l’initiative de son camarade de parti Alain Savary (futur ministre de l’Éducation du président Mitterrand) alors secrétaire d’État aux Affaires marocaines et tunisiennes qui entendait réunir quatre chefs historiques du FLN afin de négocier avec eux « un statut d’État indépendant en association avec la France dans un cadre fédéral maghrébin, étant entendu que Savary jugeait inéluctable l’indépendance de l’Algérie » (page 24). Plutôt que "d’occasions manquées" on devrait parler d'occasions tentées réellement pour doter cette colonie d'un régime non discriminatoire.

On relèvera ceci, qui d’ailleurs va avec notre idée personnelle que l’unité de l’Algérie c’est la France qui l’a construite, pris dans la troisième partie :

« Dans la mémoire longue des Algériens, le rapport avec les voisins du Nord est marqué par le contentieux et le traumatisme de l’exclusion ; ils ressentent aussi d’avoir été marginalisés par rapport aux voisins de l’est et de l’ouest : si une évolution assez semblable marqua l’ensemble du Maghreb, les centres intellectuels et culturels les plus prestigieux restèrent en-dehors de l’Algérie » (page 38).

  Mohamed Boudiaf

La quatrième partie évoque les étapes du développement du nationalisme algérien. Le début de la conclusion est d’une grande puissance de réflexion :

« Il y eut en Algérie une cruelle ambivalence de rapports avec des valeurs présentées comme universelles par le colonisateur – éducation, rationalité, démocratie–, mais bafouée par lui ou utilisées comme instruments de séduction ; donc de pouvoir, et constamment truquées pour assurer la tutelle coloniale. D’où en Algérie la propension réactionnelle à s’arrimer aux valeurs refuges crispées, mythifiées, de l’islamo-arabité qui furent d’autant plus proclamées qu’elles y avaient été davantage déstabilisées » (page 57)  

On voit bien dans cet ouvrage combien pesa la France dans l’histoire de l’Algérie et on aurait gagné, vu le titre de l’ouvrage, à avoir un chapitre spécifique (et non des informations marginalement) sur le poids que la présence française en Algérie pendant plus de cent trente ans eût sur l’histoire, la société et même la langue de la métropole. Cet ouvrage est avant tout une clef remarquable pour comprendre le destin de l’Algérie.  L’objectif de cette collection d’accessibilité d’une question complexe, ayant trait au Monde méditerranéen, est parfaitement réussi. 

Un ouvrage d’histoire avec un index, des cartes et autant de photographies est chose très rares ; si le coéditeur L’Harmattan renouvellait l’expérience avec sa seule propre production, il ne manquerait pas de voir les ouvrages d’histoire qu’il édite être salués aussi pour ces qualités là.        

Pour tous publics Quelques illustrations

Benjamin

Note globale :

Par - 271 avis déposés - lecteur régulier

350 critiques
16/04/18
Les soldats du refus, insoumis et déserteur pendant la Guerre d'Algérie. Table ronde et projection du film "le Refus" au musée de l'histoire vivante de Montreuil (93).
Samedi 5 mai 2018 à 14 heures.
Connectez-vous pour laisser un commentaire
Vous aussi, participez en commentant vos lectures historiques facilement et gratuitement !

Livres liés

> Suggestions de lectures sur le même thème :
> Autres ouvrages dans la même catégorie :