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Histoire iconoclaste de la Guerre d’Algérie et de sa mémoire

Histoire iconoclaste de la Guerre d’Algérie et de sa mémoire
Vendémiaire 670 pages
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Avis de Adam Craponne : "L'Algérie, avec ou sans fusil, ça reste un beau gâchis, l'Algérie"

Les dernières paroles de la chanson L'Algérie de Serge Lama étaient pour mémoire : « L'Algérie, avec ou sans fusil, ça reste un beau pays, l'Algérie ».

Le problème avec la Guerre d’Algérie est qu’il y a pléthore de mémoires collectives (se déclinant évidemment sur le mode individuel) tant du côté français que du côté des musulmans algériens de l’époque. Il est difficile de faire de l’histoire quand les faits sont lus à l’aune de drames vécus. D’ailleurs je me rappelle, qu’à la toute fin des années 1970, une représentante ne réalisant pas en quoi son discours standard était inadapté à mon âge m’avait délivré à peu près ce discours : « voilà un livre d’historien, mais vous avez peut-être dû vivre certains faits autrement et vous avez bien raison de contredire ce qui est rapporté ». En gros, pour prendre un parallèle, Fabrice à Waterloo était meilleur historien que   Jean Tulard.

 

Guy Pervillé, qui enseigna l’histoire à Bordeaux et Toulouse, a derrière lui un demi-siècle de recherches sur l’histoire de l’Algérie coloniale qui débute en 1830 au moment où Charles X s’apprête à partir en exil. L’auteur cite d’ailleurs un discours Alexis de Tocqueville de 1841 (alors député normand) où ce dernier avance que la France, n’ayant plus un rôle premier dans la présent et l’avenir de l’Europe, doit s’accrocher à la grande tâche de colonisation de l’Algérie. Relevons que cet homme était anti-esclavagiste et catholique social. Cette affirmation d’Alexis de Tocqueville rejoint la pensée du général Bugeaud, qui assura la conquête de larges espaces du pays sous la Monarchie de Juillet avec une armée variant, dans les années 1840, entre plus ou moins 100 000 hommes (pas étonnant que des mots arabes commencent à passer dans la langue populaire française dès le milieu du XIXe siècle). Ce dernier déclarait :

« Oui, à mon avis, la possession d’Alger est une faute, mais puisque vous voulez la faire, puisqu’il est impossible que vous ne la fassiez pas, il faut que vous la fassiez grandement, c’est le seul moyen d’en obtenir un fruit » (page 29).          

L’ouvrage propose quatre parties : L’aventure française en Algérie : un récit explicatif, Les évènements et leur réécriture, Mémoires antagonistes, L’histoire et la mémoire dans le cas de la Guerre d’Algérie. L’auteur signale, dans son introduction, que l’on peut commencer par la quatrième partie pour savoir "d’où il parle" (l’expression est introduite par nous, pour désigner l’angle sous lequel il voit personnellement cette Histoire de l’Algérie). Des repères chronologiques sont offerts aux pages 617  à 624 ; ils courent de la fondation de Carthage en moins 814 avant Jésus-Christ à 2018 avec la responsabilité par l’État français dans mort de Maurice Audin. Notons que c’est dans la troisième partie (page 527) qu’est amorcée une comparaison entre le passage du pouvoir aux indigènes en Afrique du sud et en Algérie. Dans un cas la transition se fait sous l’angle du pardon et dans l’autre avec une volonté de rancœur.

En fait Guy Pervillé avance, dans sa conclusion, que les conséquences de la Guerre d’Algérie pèsent encore sur le destin de ce dernier pays et qu’en France certains auraient presque tendance à croire que les hostilités n’ont jamais cessé entre ces deux pays des deux côtés de la Méditerranée (un certain discours contre les Maghrébins ou plus largement contre les musulmans, renouvelant d’ailleurs les détails destinés à entretenir la haine, ceci étant une réflexion personnelle).

Il n’est pas sûr, les antagonismes passant d’une génération à l’autre malheureusement, que dans le grand public des deux pays, on soit prêt à accepter un discours historique. On sait par ailleurs que certains ouvrages se disant d’Histoire, délivrent un discours qui popularisent de vieilles idées contestables. On a vu ainsi récemment un livre sur Robert Lacoste banaliser la torture et un sur Jacques Chevalier laisser croire que l’élection des députés indigènes algériens à l’Assemblée nationale française se faisait dans une grande transparence (alors que le trucage était d’une banalité connue de tous). Pire encore des enfants d'Algériens, ayant des parents victimes (au sens large) de la Guerre d'Algérie, quoique de nationalité française, partent faire le djihad en Syrie ou sont prêts à commettre des attentas dans l'hexagone.    

Pour connaisseurs Aucune illustration

Adam Craponne

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