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Jacques Chevallier

Jacques Chevallier
L’Harmattan 198 pages
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Avis de Adam Craponne : "Jacques Chevallier, l'homme qui pouvait éviter la guerre d'Algérie"

L’ouvrage est sous-titré Les fidélités successives du dernier maire d’Alger, ce qui est en soi une incongruité, même si l’histoire des derniers maires de l’époque française est complexe et que dans l’Algérie indépendante, on parle de Président du Conseil populaire de la Ville d'Alger.  Autant on était un peu gêné par la grande sympathie que l’auteur portait à Robert Lacoste, autant on est un peu gêné par l’antipathie que ce même auteur a pour Jacques Chevallier. Ceci ne l’empêche nullement de présenter des faits très intéressants et sûrement peu connus sur la période d’avant 1945 du personnage. La famille paternelle de ce dernier est installée en Algérie depuis 1884, sa mère descend d’une famille française établie en Louisiane et a donc la nationalité américaine.

Animé par une philosophie proche du christianisme social, à guère plus de vingt ans  il adhère à la Ligue des croix de feu du colonel de La Roque. En avril 1941, le général Weygand, alors Délégué général en Afrique française,  le fait nommer maire de la petite commune d’El-Biar.  Jacques Chevallier semble assez proche des idées du premier, à savoir pétainiste et antiallemand mais le  nouveau maire, comme le colonel de La Roque n’est pas antisémite.

Jacques Chevallier, dans les colonnes de L’Echo d’Alger, en tant que député et lorsqu’il est maire d’Alger de 1953 à 1958, va défendre une évolution du statut de l’Algérie où, en permettant aux musulmans d’accéder à plus de responsabilités et en prenant des mesures sociales, on irait vers un maintien d’une présence de pieds-noirs et un maintien de l’influence française dans ce pays s’il était amené à devenir indépendant. C’est cette mission impossible, du fait de la montée du FLN et de ses cadres les plus radicaux ainsi que de l’OAS qui nous ait contée.

Sur les crimes de l’OAS, tant en métropole qu’en Algérie, Alain Herbeth ne s’étend guère ni sur le fait que les Français d’Algérie ont été manipulés par les représentants de la grande colonisation et les ultras. Une fois de plus, il fait semblant d’ignorer que les députés musulmans élus en 1958 ne représentent rien, ne devant leur siège qu’à une fraude massive et que certains ont été menacés de morts par les ultras de l'Algérie française, s'ils osaient se présenter. S'il ne faisait qu'ignorer d'ailleurs, ce ne serait que grave mais en plus il la dénie par un argument que je ne m'autorise pas à qualifier (page 142). Jacques Chevallier prend la nationalité algérienne au moment de l’indépendance et une de ses filles vit encore "là-bas".

Comme chaque fois que je vois expliquer que c’est la chambre du Front populaire qui a voté les pleins pouvoirs au maréchal Pétain, je bondis (page 142). D’abord seuls les députés, et pas les sénateurs, avaient été élus plus ou moins clairement sur un soutien ou non au Front populaire (certains siégeaient dans le groupe radical ou de l’Union socialiste républicaine alors qu’ils étaient hostiles à cette alliance et à son programme). L’assemblée nationale de 1936 n’est pas celle de 1940, les radicaux et d’autres ont largement évolué depuis 1938, de plus ont été élus   à des partielles en particulier Déat et des élus PSF (comme Jacques Bounin), les députés communistes ont été déchus de leur mandat et nombre de parlementaires hostiles au maréchal Pétain sont morts ou prisonniers de guerre (la plupart SFIO), au bord du Massilia, sont déjà à Londres (dont Pierre Cot) ou n’ont pu rejoindre Vichy.  

Pour connaisseurs Aucune illustration

Adam Craponne

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