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Les Pieds-Nickelés s’en vont en guerre

Les Pieds-Nickelés s’en vont en guerre
Vuibert85 pages
1 critique de lecteur

Avis de Alexandre : "Ce n’est qu’un début, Vuibert continue le combat !"

Comme nous l’avions signalé, l’éditeur Vents d’Ouest avait saboté la réédition de l’aventure des Pieds-Nickelés en Allemagne durant la Première Guerre mondiale. Nous attendions avec suspens et inquiétude la sortie en octobre 2013 des Pieds nickelés s’en vont en guerre chez Vuibert. Nous sommes heureusement surpris par la qualité de la reproduction : agrandissement de 10% par rapport au format d’origine (d’où gain de lisibilité face à des mots écrits petits), une colorisation esthétique. En fait, avec la guerre, les aventures de Croquignol, Ribouldingue et Filochard quittent pour une bonne partie la couleur (restrictions dues à la guerre). Benjamin Strickler a donc éliminé les couleurs qui jurent parfois entre elles pour certaines pages.
Il nous est offert ici les aventures qui en gros sont publiées toute l’année 1915 dans l’Épatant. Forton leur auteur est mobilisé mais il est classé en service auxiliaire. Il sert dans le 19e escadron du train et des équipements ; il est même brigadier fourrier à partir de décembre 1914. Il n’ignore pas la réalité du front et il a reçu une pension temporaire pour maladie contractée dans le service. Toutefois nos héros ne disparaissent qu’exceptionnellement du journal pour cause de courrier non arrivé à Paris.
Les Pieds-Nickelés arrivent eux sur le front en prenant un autobus parisien car ils désiraient quitter un quartier où la police les recherchait. Ce véhicule a été réquisitionné par l’armée et voilà nos trois héros parmi les lignards « à l’insu de leur plein gré ». Ce sont les soldats qui leur apprennent alors que France et Allemagne sont en guerre et les voici bientôt contractant un engagement pour toute la guerre. Forton tint parole, et comme beaucoup de poilus, ils ne démobilisèrent qu’en décembre 1919. Avec les 74 pages offertes, on est donc au quart de la production des aventures patriotiques de nos héros, il aurait été bien de le préciser dans la préface.
Nous sommes pour cette aventure sur le front ouest et nous y rencontrerons le Kronprinz (sa caricature est bien en phase avec toutes celles le représentant dans la presse française entre 1914 et 1918), un temps prisonnier des Pieds-Nickelés dans un zeppelin dont ils s’étaient emparés. Bien que nous soyons en 1915 en pleine guerre des tranchées, c’est la guerre de mouvement baïonnette au canon qui nous est présentée essentiellement. Toutefois, les tranchées ne sont pas totalement absentes, ni les mines, ni les troupes coloniales, et ni les Anglais … Le trio joue des tours à des soldats et officiers allemands ridiculisés par leur physique, et le nettoyage des tranchées se fait par un aspirateur géant, ce qui est nettement moins sanglant que les armes blanches.
Confier la préface à l’historien Jean Tulard était une chose logique depuis qu’il a commis un livre sur nos trois héros. Nous espérons seulement que s’il y a poursuite de la parution, on fera varier les préfaciers et l’on pourra se tourner en particulier vers François Coupez, président du Club des Pieds-Nickelés (Vents d’Ouest, qui ne fait pas que des maladresses, lui a confié des présentations de plusieurs aventures du trio). Jean Tulard, spécialiste du Premier Empire, ne devrait y voir d’autant moins nulle offense, que François Coupez réside à Pontivy, qui de 1804 à 1814 puis de 1851 à 1870 prit le nom de Napoléonville.
Ce n’est pas lui qui aurait écrit comme Jean Tulard dans sa préface que Forton avec les Pieds-Nickelés avant août 1914 s’adresse à un lectorat de jeunes garçons. De 1908 à 1914, le journal relève essentiellement d’un lectorat en grande partie d’appelés, ce n’est pas le seul et il existe tout une presse à leur destination. Pour le comprendre, il suffit de lire les premières aventures des Pieds-Nickelés, où le trio mène des campagnes électorales, rencontre Fallières, Combes, Déroulède, Jaurès, Arthur Meyer, Clemenceau, Pelletan, et part assister aux guerres des Balkans de 1912-1913. Il faut voir aussi comment le journal se présente dans son premier numéro :
« L’Épatant ! Ouvrez un dictionnaire et vous verrez que ce mot est parfaitement académique. Qui ne l’a déjà prononcé (…) Nous n’entrerons pas dans un panégyrique inutile (…) »
Ce qu’il aurait fallu signaler, c’est que L’Épatant est un journal qui change de lectorat du fait de la déclaration de guerre, sentant qu’auprès de combattants le comique-troupier ne fera plus recette, les Offenstadt décident de se tourner vers un lectorat de garçons entre 10 et 18 ans.

Accessible jeunesse

Alexandre

Note globale :

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