Avis de Octave : "Impliquer la jeunesse dans l’effort de guerre"
Sur ce site, dans notre article paru il y a juste un an, intitulé « Histoires en images et bandes dessinées durant et sur la Grande Guerre : des lectures abordables par les juniors », nous pointions ce qu’il faut savoir sur les reprises de ces contenus d’époque. Pour « Les Pieds Nickelés », la réédition de pages des aventures choisies, un peu au petit bonheur la chance, a été faite dans « Le Meilleur des Pieds Nickelés » par Vents d’ouest dans une qualité déplorable (réduction du format d’origine, ce qui rend la lecture des textes déjà bien petits peu lisibles sans loupe pour beaucoup d’entre nous), non respect des couleurs ou absence de couleurs (selon les pages) pour des gris sales. Bref on peut se demander l’intérêt de découvrir 15 % du volume où les Pieds Nickelés font leur devoir patriotique sur un tel support ; si l’on veut vraiment les découvrir on ira vers l’achat d’occasion des rééditions faites en 1966 par Azur sous le titre des « Pieds Nickelés s’en vont en guerre » qui présentait environ 250 pages sur les 300 produites. Au sujet des albums de « Bécassine », le dernier de ceux qui nous allons citer a une réédition qui date de 1991 et les autres ont une republication antérieure. Voici les albums qui prennent pour fond cette période : « Bécassine pendant la Grande Guerre », « Bécassine chez les Alliés », « Bécassine mobilisée », « Bécassine chez les Turcs ». Ils sont actuellement assez facilement disponibles à l’achat d’occasion. Les livres roses pour la jeunesse sont des petits romans qui sont accessibles pour acquisition de façon très plausible. Du n° 144 (sorti vraisemblablement fin décembre 1914) « Les enfants héroïques » de Charles Guyon au n°250 de l’été 1919 « Guignol fait la guerre », on a quasiment tous ces volumes sur un sujet en rapport avec la Grande Guerre. Toutefois Laurence Olivier-Messonnier n’en a consulté que cinquante-trois dont elle donne la liste. Pour connaître les aventures de « L’espiègle Lili » pour les années 1915 à début 1919, celles de Vallet, l’achat d’albums est très difficile ; la chance la plus probable est de trouver des numéros reliés de Fillette, à défaut il faut les acheter au numéro. Si nous donnons de telles clés, c’est que la lecture de cet ouvrage sans la connaissance au moins partielle de chacun de ses supports s’avère indispensable. Ceci d’autant qu’il n’y a dans « Guerre et littérature de jeunesse » une illustration très limitée (douze documents), dans un format extrêmement réduit et grisâtre à l’intérieur de l’ouvrage et ce n’est pas avec sur la couverture du livre. Il y en avait par contre une soixantaine dans « La guerre des enfants 1914-1918″, dont une dizaine en couleurs.
Cet ouvrage donne une vision très partielle de ce qu’était le presse pour les jeunes durant la Grande Guerre, bien que la moitié de ces titres disparaît et que les créations relèvent de l’exceptionnel, elle est encore abondante et ses principaux titres sont hebdomadaires. Par contre, grâce au choix pertinent de se pencher sur les supports choisis, on a une bonne idée de son contenu ; celui-ci varie d’ailleurs selon que l’on s’adresse aux garçons ou aux filles. Il est d’ailleurs bon de préciser ici que par notre étude du courrier des lecteurs présent avant que les restrictions de papier amènent à le faire disparaître, on sait que l’hebdomadaire « Fillette » est lu par nombre d’enfants du sexe masculin car il a pour eux des côtés très attrayants. Ceci n’est évidemment pas vrai pour « La Semaine de Suzette », d’ailleurs si l’auteure signale que la propagande de guerre y est plus modérée (on préfèrera plus subtile et moins volumineuse) c’est parce qu’on a un lectorat très différent dans les deux cas, cela aurait mérité d’être explicité. En effet selon nous « La Semaine de Suzette », vantée pour ses qualités morales (en fait moralisatrices) ne mettra pas en scène des héros faisant preuve de filouterie même face à l’ennemi (qui apparaît ainsi moins souvent comme benêt) et elle se refusera à la dimension scatologique également. De plus la part des histoires en images y est moindre et le style caricatural peu présent. Ce sont donc deux univers diamétralement opposés, conçus tous les deux pour a priori des enfants de sexe féminin qui sont évoqués dans cet ouvrage.
D’autre part « Les livres roses pour la jeunesse » ne sont qu’un aspect marginal de la production de livres pour enfants. Déjà il s’agit d’une collection dont les ouvrages ont l’aspect de brochure, ensuite ils varient entre trente et cinquante pages dans un petit format in-18 avec des illustrations et des blancs couvrant environ 10 % de leur surface, ce qui fait qu’il y a un volume de texte réduit.
Cet ouvrage de Laurence Olivier-Messonnier produit par contre une très bonne analyse de contenu dans le fond ; cette dernière est bien représentative de ce qu’est globalement la littérature de mobilisation de l’enfance. Aujourd’hui il est nécessaire de se familiariser avec cette production, pour en voir autre chose que les aspects de bourrage de crâne et exhumer les richesses littéraires insoupçonnées, comme dit la quatrième de couverture. « Guerre et littérature de jeunesse » remplit magistralement en ce sens sa tâche auprès d’un large public. Ce titre est, avec l’ouvrage d’Audoin-Rouzeau, l’outil indispensable pour tous les enseignants qui voudront proposer à leurs élèves entre 2014 et 2019 (centenaire de la signature du Traité de Versailles) la lecture d’une production de littérature de jeunesse de l’époque.
au musée Au Fil du Papier à Pont-à-Mousson, du 10 décembre 2016 au 3 avril 2017
au Centre de littérature de jeunesse de Bruxelles. Nécessité de s'inscrire
https://www.eventbrite.fr/e/inscription-dire-la-grande-guerre-aux-enfants-conference-49735068930