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L’enfant dans les romans scolaires : De la fillette exemplaire au valeureux aventurier 1869-1941

L’enfant dans les romans scolaires : De la fillette exemplaire au valeureux aventurier 1869-1941
L’Harmattan278 pages
1 critique de lecteur

Avis de Zaynab : "Un livre qui cite vos écrits ne peut-être entièrement mauvais"

D’abord définissons ce qu’est un roman scolaire ; c’est un roman de littérature de jeunesse s’adressant généralement à des élèves de cours moyen et de cours supérieur (celle dernière classe prépare au certificat d’études) découpé en une petite centaine de courts passages suivis d’une explication de vocabulaire, de question de compréhension et d’invitation à la rédaction. Il est prévu pour être lu dans une moitié de l’année scolaire.

« De 1870 à 1940, Francinet, André, Julien, Suzette, Elise, Peau-de-Pêche, Edgar… sont les personnages principaux de romans scolaires, manuels de lecture offrant un récit suivi, centré sur des enfants auxquels les écoliers et écolières de l’école primaire peuvent s’identifier. Les livres sont construits comme les récits d’une enfance ou d’une vie, ponctuée d’évènements prosaïques ou remarquables. Le premier objectif de cet outil pédagogique est de former l’écolier à la lecture courante, étape intermédiaire entre le simple déchiffrage des textes et la lecture expressive. Par delà l’entrainement au bien lire, les romans scolaires remplissent d’autres fonctions d’ordre didactique et moral durant les trois quarts de siècle de la Troisième République. (...)

Certains ouvrages connaissent un succès durable auprès des jeunes écoliers et des maîtres. Le plus célèbre d’entre eux est Le Tour de la France par deux enfants de G. Bruno paru en 1877 et utilisé au-delà des années 1950. De même, en 1920, Suzette, livre de lecture courante à l’usage des jeunes filles depuis une trentaine d’années, connaît un tirage de plus d’un million et demi d’exemplaires.». (pages 5 et 8)

La picarde Marie Robert Halt, l'auteure de Suzette, aurait d'ailleurs gagné à être classé à "Halt" et non à "Marie" dans la bibliographie. Il existe également, en nombre fort réduit, des romans scolaires pour les élèves de cours élémentaire ; dans cet exercice difficile ne sont risqués souvent pour la période en question des écrivains qui avaient été instituteurs (comme le poitevin Ernest Pérochon). L’alternative au roman scolaire est ce qu’on appelle le manuel de lectures choisies. Certes le "pape" en France des études en littérature de jeunesse a écrit que le terme "roman scolaire" n’apparaît qu’en 1935 avec le roman À  l’ombre des ailes d’Ernest Pérochon mais sa parole n’est pas d’évangile et il est malheureux que Jacqueline Freyssinet-Dominjon se soit risqué à lui faire confiance sur ce point. En effet il est nécessaire de distinguer l’apparition en sous-titre de "roman scolaire" (et nous ne discuterons pas la date de 1935) avec l’emploi dans la littérature pédagogique de ce terme. Dans un autre de nos textes, autre que celui que Jacqueline Freyssinet-Dominjon a lu, nous disions, que sans avoir fait une recherche systématique sur la question, on trouvait trace de cet emploi déjà en 1920 dans une revue à destination d’instituteurs sans que le terme ne soit défini, ce qui laisse à penser que dès la fin de la Belle Époque on devait employer ces mots de vocabulaire. 

Le sujet "L’enfant dans les romans scolaires"  est fort intéressant et les thèmes dégagés sont fort pertinents. Le plus intéressant est à mon avis celui de l’orphelin. Toutefois j’aurais aimé voir dans ce point la distinction faite entre l’orphelin d’un seul parent et l’enfant de l’Assistance publique. En effet la présence de ce dernier est forte déjà dans les romans pour adultes de la IIIe république qui ont une action contemporaine et d’ailleurs au moins un prix Goncourt a pour héroïne principale. Il s’agit de celui de 1920 Nêne écrit  par Ernest Pérochon. On trouve cette figure également dans certains romans scolaires et il est fort dommage que le plus intéressant (lieu de l’action, intrigue et personnalité de l’auteur) est complètement échappé à l’auteur. Celle-ci a, il est vrai, des excuses car cet ouvrage du fait de son sous-titre "livre de lectures courantes" avait aussi échappé  au "pape" des études en littérature de jeunesse. Un point, certes de détail, nous sommes en partiel désaccord avec une affirmation page 41 ; nous approuvons son affirmation pour après 1919. Par contre avant 1914 les enfants de l’Assistance publique (placés systématiquement à la campagne) ne retournent pas majoritairement à la ville (où ils sont nés) mais deviennent ouvriers agricoles ou métayers pour les garçons et trouvent à s’employer dans les fermes avant de se marier pour les filles.

En effet dans le numéro 29 des Cahiers Robinson daté de 2011 avait été recensé près de 250 titres parus dans l’hexagone entre 1812 et 2008. Toutefois le fait de comptabiliser là des manuels d’apprentissage de lecture niveau CP pose une question de fond et implique forcément nombre d’oubli dans cette liste. Nous allons tout dévoiler prochainement sur le blog de Grégoire de Tours afin d’approcher cet écrivain et cette œuvre méconnue à laquelle nous faisons allusion.  Les romans scolaires ont tous pour héros des enfants, aussi se pose la question du choix des manuels retenus, pourquoi d’Ernest Pérochon ne prendre qu’À l’ombre des ailes et pourquoi de Vildrac avoir écarté Bridinette… L’auteure essaie de répondre :

« Notre objectif n’est pas de faire une recherche quantitative, mais de rassembler  un corpus suffisamment saturé des différences et ressemblances possibles avec une répartition diversifiée des livres selon leur date d’édition ». (page 7)

Par ailleurs n’aurait-il pas fallu bien préciser dans la bibliographie si le livre en question était en usage dans l’enseignement public ou l’enseignement catholique ? (Ceci ne m’a pas gêné personnellement car je peux identifier dans quel camp on se trouve, mais ce ne sera pas le cas de nombre de lecteurs de cet ouvrage). Enfin j’aurais préféré que l’auteur ne consacre pas un chapitre au livre d’histoire de la IIIe République en étudiant quelle présentation est faite de l’enfance essentiellement des futurs souverains, de Jeanne d’Arc, du Guesclin et Hoche.  Cela a obligé J. Freyssinet-Dominjon à lire beaucoup d’ouvrages pour en tirer des réflexions superficielles sans arriver à faire de lien conséquent avec ce qu’elle dit sur les romans scolaires. Une lecture de 20 autres romans scolaires (au lieu d'autant de livres d'histoire) aurait porté son corpus de romans scolaire d’une petite quarantaine à une grosse cinquantaine. Elle aurait alors tout juste évoqué un cinquième des ouvrages en question, ce n'aurait donc pas été un luxe.  De plus on aurait eu besoin d’un index des auteurs et des titres vu le choix d’ailleurs pertinent de traiter des thèmes et non de faire le tour successif des livres.

Pour l’avoir écrit avant l’auteure, nous sommes entièrement d’accord avec certaines généralités avancées par elle. Le ton entre les romans scolaires de la période 1869-1923 est totalement différent de celui de ceux de la période 1924-1941. En cause en sont le vécu de la Première Guerre mondiale et les nouvelles instructions officielles de 1923. Le béotien découvrira que le discours patriotique et belliqueux appartient à la première période, la seconde vante les richesses économiques et aspire à la paix (au moins dans la majorité des manuels de l’enseignement public, préciserons-nous personnellement).  Ce n’est pas d’ailleurs la seule différence notable car les romans scolaires d’avant la Première Guerre mondiale se donnent un objectif encyclopédique, ils traitent d’histoire, de géographie et ponctuellement de techniques. Cela s’explique par le fait que la scolarisation touche encore une majorité d’enfants des campagnes avec des municipalités qui ne sont pas prêtes à faire d’effort pour l’achat d’autres manuels que ceux de français et de mathématiques. Outre que d’évoquer l’orphelin, sont étudiés les points suivants : l’écolier, frères et sœurs, destin des filles (en deux chapitres, l’un insistant sur deux ouvrages des années 1880 et 1890 et l'autre en particulier à l'ouvrage  À  l’ombre des ailes ), Paris, religion, lutte contre l’alcool, études des garçons, service militaire, courage.    

Cet ouvrage est une lecture indispensable pour toute personne qui commence à s’intéresser au contenu des manuels de lecture français sur la longue période. Pour avoir une vision globale complète de la question, il ne suffit pas de lire d’autres études sur des romans scolaires précis. En effet il resterait à trouver un texte qui montre l’évolution des choix faits dans les manuels de lectures choisies entre les périodes. On y découvrirait en particulier que des auteurs, comme Ernest Pérochon, voient leurs textes en destination des jeunes (donc des extraits de ses nombreux romans scolaires) ou des adultes reproduits ou adaptés (la rentrée des classes dans Nêne est reprise dans une petite dizaine de manuels dans l’Entre-deux-guerres). On apprécie les nombreuses illustrations en noir et blanc reprises des manuels, certaines provenant de Ray-Lambert (dont celle de couverture tirée d’une illustration d’un roman scolaire du Varois Édouard Jauffret).   

(Les illustrations de ce texte nous sont personnelles, mais concernent des livres étudiés ici; la dernière est aussi de Ray-Lambert mais tirée de l'ouvrage d'Ernest Pérochon étudié)

Pour connaisseurs Quelques illustrations

Zaynab

Note globale :

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