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Les protestants à l’époque moderne: Une approche morphologique

Les protestants à l’époque moderne: Une approche morphologique
Presses universitaires de Rennes610 pages
1 critique de lecteur

Avis de Ernest : "Que le peuple est heureux qui sait te révérer! On le verra toujours fleurir et prospérer"

Il s’agit d’approcher les formes de protestantisme sous les angles historiques, sociologiques et anthropologiques en évitant ce qui a été beaucoup fait à savoir les paradigmes interprétatifs. C’est-à-dire partir de l’époque contemporaine pour chercher ce qui dans le mouvement réformé annoncerait le capitalisme, la laïcité, la démocratie, l’émancipation du sujet et le féminisme. On tombe évidemment dans une description idéalisée du protestantisme alors que par exemple une liberté du fidèle dans sa relation à Dieu ne se traduisait pas pour autant une liberté individuelle et même pas celle de remettre en cause certains dogmes comme la Trinité (Michel Servet mourut sur le bûcher à Genève pour cette raison). Par ailleurs on se met alors à écarter ou minimiser dans la vision d’ensemble des mouvements réformés certains aspects jugés non modernes comme le millénarisme. L’ouvrage propose une suite de contributions qui s’intéressent à l’univers du protestantisme de l’Europe continentale, ce qui veut dire qu’il n’y a pas de textes touchant spécifiquement à l’univers britannique et donc à l’Amérique anglophone. Par contre l’univers balaie largement de la Transylvanie à la France pour la dimension est/ouest et court du XVIe au XVIIIe siècle.

On compte cinq parties où on s’intéresse successivement à la culture matérielle, l’espace, le temps, le langage et le corps. Dans l’introduction à la première partie, Olivier Christin rappelle que les réformés marquèrent leur identité non seulement par le choix de vêtements et de prénoms (ce que l’on sait généralement) mais aussi par des façons de parler, manger, choisir des décorations intérieures ou extérieures pour leur demeure. Les contributions de cette partie ont successivement pour titre : L’introduction des méreaux et des bancs dans les Églises réformées de France (rappelons que les calvinistes des origines distribuaient des méreaux aux fidèles qui étaient dignes de communier à la Sainte-Cène),  Église publique et religions tolérées : la Religion au cœur de la société, Pratique de la lecture de la Bible en milieu réformé au XVIIe siècle, L’utilisation dans le discours confessionnel des vasa sacra médiévaux en Hongrie et en Transylvanie modernes, Une culture alimentaire protestante dans la France méridionale.

La seconde partie est intitulée Espace public, espace privé et traite du temple privé de Catherine de Bourbon la sœur d’Henri IV, de l’espace domestique des protestants français, du partage d’un même lieu de culte entre protestants et catholiques dans le duché des Deux-Ponts (Zweibrücken) qui à partir 1681 appartient au roi de Suède luthérien ce qui ébranle bien plus les fidèles majoritairement calvinistes que les catholiques du territoire, mais aussi du fait que dans le choix de leur chants les protestants français avaient tendance à reprendre dans la vie quotidienne des psaumes et en particulier ceux de Clément Marot et de Théodore de Bèze (voir à ce propos https://www.youtube.com/watch?v=YAA3xqamkmI).   C’est pourquoi un extrait du psaume 89 du Psautier de Genève publié en 1729 a été utilisé pour notre titre.

Image absente du livre

La troisième partie porte le titre de Un temps protestant. Suivent les textes suivants : Histoire apocalyptique et rêves dans la communauté protestante d’après la Révolution : l’exemple de Jacques Mesnard (concerne le Dauphiné à la fin du XVIIe siècle), Repenser la Réformation (étude du contenu du pamphlet en langue néerlandaise Le Tonnerre impuissant de l’Enfer apparu lors de la Trêve de douze ans, c’est-à-dire au début du XVIIe siècle), Radicale, partisane ou idéaliste ? La représentation historique par De Hooghe  du déclin de la religion et de la Réformation dans ses Heiroglypha (Romeyn de Hooghe est un caricaturiste hollandais né en 1645), Les premiers lieux de cultes calvinistes dans le temps du récit historique (Saintonge, Poitou, Berry et Languedoc sont évoqués tout particulièrement), L’histoire au ras du sol : temps, mémoire et oubli au lendemain des premières guerres de Religion, Une ligne de changement de date à l’époque moderne : les paysages temporels confessionnalisés dans le Saint Empire romain (les conséquences de l’adoption en 1582 dans les régions catholiques ou du refus temporaire du calendrier grégorien en pays protestant puisque que sa reconnaissance s’échelonna là entre 1610 pour la Prusse à 1753 pour la Suède), Nicomède et la nuit dans le protestantisme moderne (les coreligionnaires en minorité se réunissant la nuit pour célébrer le culte), L’imposition des mains donné aux nouveaux pasteurs e France sous le régime de l’Édit de Nantes : les enjeux d’un rituel.   

La quatrième partie se nomme Langue, langage, dispositifs rhétoriques et s’intéressent aux écrits protestants et catholiques dénonçant la tyrannie du roi de France dans la seconde partie du XVIe siècle,  à analyser le contenu argumentatif du texte, paru en 1556, du prêtre normand Artus Desiré Les disputes de Guillot le porcher et de la bergère de S. Denis en France contre Jehan Calvin, prédicant de Genève, aux marqueurs linguistiques de l’identité protestante dans la littérature française du XVIe siècle  (Ronsard, du Bellay, Théodore de Bèze, Agrippa d’Aubigné en lien avec des textes de Guillaume Farel réformateur de Neuchâtel, Calvin et Bullinger pasteur à Zürich), des comparaisons entre le même passage de diverses traductions de la Bible en français datant du XVIe et du XVIIIe siècle, le discours de consolation à la fin du XVIIe siècle.

La cinquième partie a pour intitulé Le corps et les usages sociaux du corps et on y traite de la question de la sexualité à travers plusieurs contributions dont une a trait au mariage des pasteurs, de la sobriété du vêtement, des gestes de piété, de la résurrection (seul texte illustré mais largement et en couleur) et de la mort.

En conclusion, on peut dire que si la Réforme a bien été le moteur de nombreuses évolutions, il est effectivement heureux de partir de l’observation de faits de l’époque pour les synthétiser dans divers domaines. Ce sera  ensuite à d'autres de relier ce qui est exposé à des réalités du début du XXe siècle, mais avec plus de précaution que l’ont fait de grands noms tels Max Weber avec L'Éthique protestante et l'esprit du capitalisme. D’ailleurs des situations où les catholiques étaient minoritaires, comme dans le canton de Berne avant la création du Jura, ils avaient un esprit bien plus progressiste que les protestants de leur environnementet une fois créé le canton du Jura est rentré dans un dynamisme économique, si bien qu’en juin 2017 la ville de Moutiers a décidé de quitter le canton de Berne pour celui du Jura. On ne doit pas oublié non plus que le Ku Klux Klan se donnait comme objectif de brimer aussi les catholiques et que son actuel dirigeant Thomas Robb est un pasteur baptiste. Le réformé de l’époque moderne est par ailleurs plus l’homme de son époque que le représentant d’un protestantisme intemporel.      

Réservé aux spécialistes Peu d'illustrations

Ernest

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