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Monsieur Onfray au pays des mythes

Monsieur Onfray au pays des mythes
Salvator 155 pages
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Avis de Ernest : "Les affirmations de l’un et l’autre ne sont pas paroles d’évangile"

L’ouvrage est sous-titré Réponses sur Jésus et le christianisme et l’auteur écrit au sujet de l’ouvrage Décadence de Monsieur Onfray que « envers le christianisme antique, ce livre ne témoigne d’aucune compréhension, d’aucune sérénité, mais plutôt d’une lancinante hostilité combinée avec d’innombrables ignorances » (page 10). Jean-Marie Salamito étant professeur d’histoire du christianisme antique à l’université Paris IV Sorbonne son avis mérite attention.

Dans un premier chapitre l’auteur pointe que Pline le Jeune et Suétone n’évoquent pas en effet la crucifixion mais parlent du Christ , réfute la pertinence des textes choisis par M. Onfray pour démontrer que Jésus n’a pas existé (citant en particulier Flavius Josèphe) et en oppose d’autres de chrétiens et païens qui avancent le contraire comme Tacite.

Le second chapitre rappelle que M. Onfray accuse l’apôtre Paul d’enseigner la haine en six directions, ce que évidemment Jean-Marie Salamito dément point par point. Ce dernier réfute en particulier que Paul souffre d’une impuissance sexuelle. Dans le troisième chapitre Jean-Marie Salamito lève un septième lièvre en allant contre l’idée que « Paul aurait écrit le texte fondateur de l’antisémitisme occidental » (page. 59).Maintenant je ne suis pas sûr que Paul en écrivant tout de même que les juifs ont tué le Seigneur Jésus et les prophètes tout en persécutant les chrétiens (page 99), Paul n’est pas alimenté un antisémitisme même si, d’après J.-M. Salamito, Paul est lui-même de race juive et qu’ « il vise les autorités religieuses de Jérusalem » et personne d’autre. Certes notre auteur historien fait la différence entre un antijudaïsme et un antisémitisme, l’un étant ancien et l’autre récent (du XIXe siècle) mais concrètement selon nous cela ne se traduit que pour le premier cas dans l’acceptation de juifs convertis au christianisme c’est-à-dire des juifs qui acceptent de perdre leur identité. J.-M. Salamito dans ce chapitre reconnaît que certains théologiens chrétiens comme Jean Chrysostome ont eu des pensées proprement infâmes à l’égard des juifs, ainsi ce dernier incitait à les massacrer.

Le fait qu’il meurt en martyr et aurait eu une action sociale le réhabilite aux yeux de J.-M. Salamito (page 89) dans le chapitre suivant. Notre historien, dans ce chapitre quatre, relève que M. Onfray se moque du contenu des débats théologiques mais il le fait en accumulant les termes exégétiques  pour créer des effets comiques et a tendance à lire le présent des acteurs à la lumière de ce que lui sait de l’avenir du christianisme mais que ces mêmes acteurs ignorent. Ce chapitre se termine en réfutant l’idée que saint Augustin aurait théorisé la guerre sainte, toutefois on aurait aimé voir sur la base de quels écrits M. Onfray le charge et notre historien le décharge.

Marie d’Égypte

Le cinquième chapitre s’intitule "Le savoir, le sexe, la vie" et J.-M. Salamito porte à la connaissance un discours de M. Onfray qui pointe un discours chrétien obscurantiste, misogyne et ascétique ; évidemment notre historien réfute tout cela accusant au passage le philosophe d’interpréter de façon erronée et malveillante certains textes comme celui qui lui ferait dire que sainte Marie d’Égypte pratique la prostitution lorsqu’elle se fait ermite. Je ne suis pas sûr que M. Onfray ait vraiment accusé cette femme de poursuivre une activité de prostitution au désert au regard du morceau de phrase cité par J.-M. Salamito.

Le sixième chapitre tend à vouloir démontrer que la religion chrétienne devenue majoritaire n’a pas exercé de violences vis-à-vis des païens (évocation en particulier du cas d’Hypathie à Alexandrie) ou des schismatiques (par exemple les donatistes en Afrique du nord, dans la région où saint Augustin est évêque). Tout est question d’interprétation et c’est cette partie de l'ouvrage qui m’a de loin le moins convaincu. Que M. Onfray se permette de minimiser le nombre de martyrs chrétiens et qu’il accuse l’empereur Julien d’avoir été assassiné par un chrétien scandalise notre historien. Sachant que l’historien contemporain (de cet empereur) païen Libanios a affirmé ce qui est rapporté par le philosophe concernant la mort de ce dernier empereur romain païen, on est surpris de voir Jean-Marie Salamito écrire, sans bien sûr citer le moindre historien de l’époque de Julien ou de la nôtre, ceci : « ce n’est pas l’hypothèse que retiennent aujourd’hui les spécialistes » (page 115). On craint à travers cet exemple qu’à trop chercher les poutres dans l’œil du philosophe l’historien n’ait pas glissé volontairement quelques épines douteuses dans ses propres yeux.

Le septième chapitre traite de la vision chrétienne du pouvoir, on ne peut que suivre notre historien lorsqu’il affirme que Jésus distingue la religion et le pouvoir. Si comme le savent nombre d’historiens de toute époque les auberges sont des lieux de racolage cela ne fait pas pour autant de la mère de Constantin une prostituée si Ambroise a employé à son égard une expression imagée visant à comprendre qu’elle était dévouée envers les gens dans le malheur. Personnellement je n’ai pas été convaincu par cette explication de Jean-Marie Salamito qui me semble assez fondée sur un raisonnement jésuitique. Maintenant que le père de Constantin ait sorti cette Hélène d’une prostitution occasionnelle est à porter à son crédit et bien dans le droit style de l’esprit de Jésus-Christ alors que  traiter Constantin de "fils de pute" est peu honorable. Au passage on remarquera que notre historien tient assez souvent à contrer son confrère philosophe sur des questions ayant un rapport avec la sexualité de certains personnages.

Dans son envoi à l’adresse de M. Onfray, qui clôt l’ouvrage, notre historien reproche au philosophe d’avoir donné du christianisme une vision caricaturale en s’appuyant sur de mauvaises lectures (à la fois des interprétations erronées propres et des écrits peu fiables d’autres). On peut lire en cette fin d’ouvrage ceci :

« Ce n'est pas le christianisme historique que vous condamnez, mais un produit de vos préjugés. Un étrange aveuglement vous a conduit à rater la cible que, de toute évidence, vous teniez ardemment à atteindre. Vous avez fait feu sur un produit de votre propre imagination. Que vous critiquiez le christianisme ancien ne choquerait en moi ni l'historien ni le citoyen ni même le chrétien, si vous y procédiez avec les armes de la raison, les ressources des sciences et un sens minimal des nuances. Mais que vous le fassiez avec une bibliographie bancale, des sources lues trop vite, des affirmations sans fondement, des généralisations abusives, de grossiers amalgames et une assurance qui confine au dogmatisme, cela déçoit en moi l'historien, attaché à l'exigence d'un travail rigoureux, le citoyen, aspirant à un débat ouvert et éclairé, et le chrétien, partie prenante, à sa petite place, d'une tradition religieuse qui, depuis ses origines, n'a guère négligé l'histoire ni sous-estimé l'intelligence.» (page 144)

Personnellement je pense que M. Onfray et Jean-Marie Salamito ont deux visions a priori du christianisme et que l’un comme l’autre font miel d’informations différentes ou interprètent de façon contradictoire un même texte. La lecture des deux ouvrages me semble fort intéressante et je pense que notre esprit critique peut s’accorder pour trouver foi (sic) dans certaines affirmations de l’un comme de l’autre. En tout cas connaître mieux le contenu du christianisme sous l’Antiquité ne peut que mieux nous ouvrir aux racines de la civilisation occidentale marquée par l’universalisme chrétien.   

Pour connaisseurs Aucune illustration

Ernest

Note globale :

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