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La laïcité ça repose Dieu

La laïcité ça repose Dieu
Le passeur208 pages
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Avis de Benjamin : "Un regard herméneutique sur sa propre religion conduisant à bénir la laïcité"

La première édition de ce titre date de 2020 et on est là face à une version légèrement augmentée. Son contenu reprend et approfondit les ides portées par le spectacle de Marie-Christine Bernard Et si Dieu était laïc ?. L’auteure a passé vingt-deux ans dans une congrégation religieuse, elle est aujourd’hui laïque et est devenue une théologienne spécialisée dans l’anthropologie. Elle qualifie cette dernière comme « une étude de l’humain, autrement dit recherche des lois générales qui permettent de le qualifier comme tel, en tant qu’espèce animale spécifique » (page 11).

Pour cette chrétienne militante (en délicatesse avec certains aspects du catholicisme), la laïcité est une opportunité pour vivre la pluralité en société, mais aussi aujourd’hui une chance pour l’expression de chaque religion. Elle permet de construire une nation avec des gens très différents. Marie-Christine Bernard pense que Dieu est largement instrumentalisé pour produire un vacarme fait en son nom produisant parfois de la violence.

Elle s’élève contre le cléricalisme et l’enfermement des traditions qui briment en particulier les femmes. Le repli identitaire est porteur du sentiment de peur. Dans son introduction, l’auteure donne une présentation globale du contenu de son ouvrage : « D’abord, je rappellerai les principales lignes qui composent le cadre de notre laïcité. Puis, j’évoquerai les raisons qui donnent naissance et consistance aux religions. Ensuite, je montrerai dans quelle mesure l’institution catholique a pu progressivement s’enfermer dans un cléricalisme coupé du laïcat. Enfin, je parlerai de la principale ligne de résistance laïque qui travaille dans l’Église depuis qu’elle se comprend comme religion, et en quoi elle prend sa source dans l’enseignement de Jésus-Christ, tel qu’il nous est accessible par les Évangiles. Lorsque j’ai la chance de parler avec des croyants musulmans, je suis toujours étonnée et touchée de constater combien ils sont nombreux à partager mon analyse, mutatis mutandis, ils souffrent d’enfermements "cléricaux" équivalents dans leurs traditions » (page 18).

Elle approuve le contenu de la loi CRPR (Confortant le Respect des Principes de la République) du 24 août 2021 car elle pense que l’on doit réagir face à des projets possibles irrespectueux des droits des personnes et pour que la société française garde une unité nationale devant le danger du communautarisme. Pour Marie-Christine Bernard l’histoire de la France est très marquée par l’empreinte chrétienne. Selon elle, « la force du christianisme a été d’apporter les outils de sa propre critique au nom de la raison conceptuelle : pour contrer un rapport obscurantiste aux mythes, ouvrant la voie vers la science ; pour construire une société (au sen du "vivre ensemble" ainsi qu’on en parle aujourd’hui) d’ordre (pour associer une stabilité nécessaire à la croissance humaine) et de paix (pour assurer la possibilité de l’existence humaine), ouvrant la voie vers la démocratie » (page 40).

Cela se discute d’après nous et notre auteure concède déjà au moins des errances, tant dans l’Église que dans les mouvements protestants, dans ces objectifs ; elle les met au compte de certains membres de la hiérarchie.  Elle ajoute que l’Église se montrant « incapable de –faire s’approcher de l’idéal dont elle se réclame– parce qu’elle se désintéresse du sort concret des personnes et des sociétés, l’État va le faire (page 41).

Face à la présence de certaines revendications portées en France par des musulmans, l’auteure rappelle que « la religion n’est pas séparable de la culture qui la porte (même sous forme de traces)  et qui l’apporte. Toute représentation du divin implique une représentation de l’humain, de la société d’appartenance et de son lien avec le pouvoir (politique) comme avec les autres, dont l’autre sexe (mœurs), et avec le lieu, l’espace et le temps (sacré/profane) » (page 66). Les croyants gagneraient à comprendre que le message d’origine dont ils se réclament a été porté par une société particulière (voir plusieurs sociétés originales) et que la mentalité des personnes change au cours des siècles. Elle poursuit en ajoutant que « toutes les religions donnent prise à des dérives de toute sorte. Pour ne pas s’y laisser emporter, il faut développer une véritable intelligence spirituelle. Elle est sagesse, c’est-à-dire éveil d’une conscience morale éclairée par un ensemble fait de savoir fondé, d’enseignement tiré de l’expérience, d’attention au réel, d’intuition, etc., le tout assumé dans une aspiration constante au bien, au bon, au vrai » (page 87). Marie-Christine Bernard poursuit son discours critique en s’élevant contre le cléricalisme, et avance que Jésus-Christ avait justement décléricalisé la religion qu’il prônait ; plus loin encore elle s’élève contre tout obscurantisme.

Pour connaisseurs Aucune illustration

Benjamin

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