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Burkini, autopsie d’un fait divers

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Avis de Benjamin : "Un acte individuel peut porter une norme en devenir"

L’auteur part du fait médiatique qu’a constitué la première Affaire du burkini, celle sur les plages, pour mener une réflexion sociologique sur les problèmes que rencontre la laïcité française. Rappelons qu’il y eut une seconde Affaire du burkini, celle des piscines médiatisé pour la ville de Grenoble. Le conseil d’État a jugé fin juin 2022 que, pour satisfaire une revendication religieuse, cette ville avait dérogé à la règle commune en autorisant le port du burkini dans ses piscines. 

 

Le sujet du livre de Jean-Claude Kaufmann est lié au fait qu’en août 2016, le Conseil d’État désavoue les arrêtés municipaux pris, dans certaines communes de la Côte-d’Azur, en avançant qu’on ne peut décréter une neutralité des plages ou avancer une menace  à l’ordre public pour interdire le burkini. Pour bien suivre le raisonnement de Jean-Claude Kaufmann, il faudra suivre pas à pas celui-ci. On retiendra toutefois ici le contenu de ces citations très significatives:

 

« Dans la société de l’époque, la prostitution était très répandue, et le Coran ne l’avait pas interdite. Les quelques règles de décence vestimentaire édictées avaient pour but d’éviter les équivoques et les méprises, pour que l’on puisse reconnaître au premier coup d’œil qui était une prostituée, qui une femme légitime et de prévenir ainsi tout risque de désordre » (page 25).

 

 « (les personnes) qui se sentent menacées de stigmatisation ou plus simplement d’une perte d’estime de soi sont condamnées à se replier dans des cocons protecteurs qui les séparent du reste du monde en leur offrant une réponse évidente et unique aux questions de la vie. À s’enfermer dans des totalités significatives qui leur  fixent une identité aussi indiscutable qu’une croyance religieuse. Nous sommes entrés dans l’époque de l’irrésistible montée des croyances identitaires » (page 92).

 

« En délivrant l’individu d’une partie de l’angoisse et de "la fatigue d’être soi", (la religion) peut, dans cette nouvelle fonction de type thérapeutique, lui assurer équilibre psychologique, calme et sérénité » (page 92).  

 

« La modernité issue des Lumières se croyait fille de la Raison, dont la victoire sur les ténèbres mystiques était annoncé comme inéluctable. Or les développements sociaux les plus récents montrent davantage que la rationalité doit en fait composer avec de nouveaux univers de croyance, qu’elle impulse elle-même à mesure qu’elle s’approfondit. Les croyances contemporaines sont moins un résidu des temps anciens qu’un produit de la modernité la plus avancée. La laïcité affronte ce problème qu’elle est incapable de gérer, les conditions de son exercice devenant de plus en plus difficile, elle ne sera jamais plus comme avant » (page 93).

 

« La laïcité ouverte ne peut donc mener qu’à une impasse. Car son idéal, certes généreux, consistant à respecter les libertés et les minorités, aboutit à renforcer le fractionnement de l’espace démocratique en une myriade de petites croyances qui s’ignorent ou s’affrontent. Hélas, le rêve déçu de la grande laïcité des Lumières ne fait pas mieux, contraint de se replier sur des principes devenus cassants et abstraits, incapable de contenir le flot de la nouvelle spiritualité montante. L’affaire du burkini révèle dramatiquement que l’équation entre laïcité républicaine et libertés démocratiques semble désormais insoluble à l’âge des identités »(page 97).

 

« Quelque soit le stade d’installation d’une norme (premier geste d’audace ou simple imitation ultérieure), la personne qui passe à l’acte la renforce; la moindre initiative individuelle a des effets collectifs puissants. Les normes collectives ne résultent de rien d’autre que de choix individuels. "C’est mon choix" dit la femme voilée et elle le pense vraiment. Mais ce choix aura des conséquences considérables pour les autres femmes » (page 160).

 

On l’aura compris la liberté de culte a finalement débouché dans l’hexagone sur une myriade de croyances identitaires réclamant de pouvoir s’exprimer telles qu’elles ont choisi d’être sans désir de dialogue avec d’autres croyances.

 

Signalons page 95 un scoop, à savoir que le Concordat, en vigueur en avril 1802, prévoyait l’interdiction de la soutane dans l’espace public. Toutefois la règle ne fut pas appliquée selon l’auteur, en fait l’interdiction est levée en avril 1804. En 1792 la soutane avait été décrétée également comme non autorisée.

Pour tous publics Aucune illustration

Benjamin

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